Drame
30 novembre, 2007
Premier stage d’externe, en traumato.
Staff du matin, on se présente les dossiers des patients qu’on a vu la veille, et on discute éventuellement des cas difficiles.
La salle se remplit doucement de plein de blouses plus ou moins blanches. Dans l’ordre d’immaculité (ça existe si je veux) : le grand chef de service, les chefs de cliniques, les internes, les externes.
Mon interne, mon interne préféré, mon poisson-pilote à moi que j’ai, celui dont j’ai agrippé en début de stage, pour ne plus la lâcher, la blouse moins blanche que blanche, m’accueille avec un visage décomposé.
Il me chuchote : « Il faut que je te parle après le staff« .
Je me décompose moi aussi. Je quémande des explications, mais la salle se remplit vraiment, et l’heure n’est plus aux discussions. Il a tout juste le temps de m’expliquer que oui, c’est au sujet d’un truc que j’ai fait, et que oui, c’est assez grave. Mais pas trop-trop, ajoute-t-il devant ce qui doit me servir de visage.
La première idée qui jaillit dans mon cerveau malade :
« Oh mon dieu, j’ai tué un patient« .
Je passe le staff autour de l’hypothèse, en grand dialogue avec moi-même.
- Mais c’est pas possible ! Tu tiens des jambes au bloc, quoi ! Comment on peut tuer quelqu’un en tenant sa jambe au bloc ?!
- Et si je m’étais mal lavé les mains ? Et si j’avais refilé une infection à un patient pendant une opération ?
- Oui, bien sûr. Et sur l’analyse bactériologique, y a marqué « Infection mortelle à microbes-des-mains-de-l’externe« , et tout le monde sait que c’est toi. Idiote…
La fin du staff arrive enfin. Avec elle, le poids de mes responsabilités.
Mon interne m’emmène dans un coin, pour discuter de ma faute.
Pas la mienne, en fait, de faute, il s’avérait.
La faute à l’autre externe.
La veille, elle avait vu dans le service un patient du grand chef de service. Qui voulait le joindre.
Comme il était injoignable, elle avait pris un bout de papier et un crayon, elle avait écrit : « Je rencontre aujourd’hui votre patient Mr Truc, actuellement hospitalisé dans le service à la chambre 14bZ3, qui souhaite vous contacter« , et elle avait laissé le papier dans le tiroir-à-courrier du chef.
Voilà.
Fin de l’histoire.
C’était ça le drame.
C’était ça mon patient mort, mon ostéite fulminante, ma septicémie mortelle, ma veuve éplorée.
Une blouse grise s’était adressé directement à une blouse super-blanche, sans passer par la cohorte de blouses indéterminées intermédiaires.
Soulagement.
Ce n’était pas moi.
1 décembre, 2007 à 0 h 01 min
Ouffff……… J’ai eu peur, mais finalement ce n’est qu’une histoire de lessive qui lave plus blanc! L’autre externe s’en est-il remis?
Vive la voie hiérarchique!
http://fourmipat.over-blog.com/
11 décembre, 2007 à 20 h 52 min
La voie hierarchique, à l’hôpital, est parfois… surprenante.
Et bravo pour votre blog, en passant. Bon courage avec les fourmis. Ce sont des petites bestioles solides, mais visiblement moins que vous ;)
16 octobre, 2010 à 21 h 34 min
[...] moi qui fait les ordonnances, mais le patient les demande toujours au vrai docteur, à la blouse plus blanche que blanche, à la chef, celle aux bouclettes bien disciplinées et qui n’arrive jamais avec un nez de [...]