J’ai passé quelques temps à assurer des consultations parallèles aux urgences.
Comprendre : vous venez aux urgences parce que ça fait trois semaines que vous toussez, ou parce que vous vous êtes cogné le petit orteil il y a 15 jours, ou parce que vous savez que c’est gratuit. (Ca ne l’est pas, hein, mais ça peut vite le devenir. Suffit de pas payer). Plutôt que de tripler le personnel d’accueil qui va s’épuiser à essayer de vous expliquer que vous n’avez rien à faire aux urgences, on colle un interne dans une petite salle à côté, on vous rebalance sur lui et tout le monde est content.

L’interne, parce que ça lui permet de faire ses premiers pas en presque-cabinet, seul face à face au patient.
L’hôpital, parce que ça fait autant de plaintes, de conflits et d’arrêt de travail pour surmenage en moins.
Vous, parce que vous l’avez, votre consultation sans-rendez-vous-sans-payer.

Ca a été extrêmement enrichissant.
Et extrêmement perturbant.

A la fin des six mois, j’allais de Oh mon dieu en Oh mon dieu.
Oh mon dieu, ça strouve, je suis raciste.
Oh mon dieu, ça strouve, je déteste mon métier.
Oh mon dieu, je suis trop mauvaise.

Prenons une minute pour nous replacer dans le contexte. Soins de proximité, immédiats, gratuits-pas-vraiment-mais-presque, pour tout ceux qui n’ont pas de médecin généraliste préféré sous le coude. Biais de sélection énorme. Pauvres, immigrés, sans couverture sociale, ne parlant pas français. Plein. Partout. Tout le temps.  Une salle d’attente pleine à craquer de déshérites.
Et bordel, il est déjà 11h30, et j’en ai encore 6 à voir avant midi.

J’ai fini par redouter la femme arabe de cinquante ans.
Je la voyais dans la salle d’attente que je la détestais déjà. Elle parle trois mots et demi de français. Des fois, pour me faire plaisir, elle ramène quelqu’un qui en parle quatre et qui fera office de traducteur. Elle est trop malade. Trop trop trop malade. Le chaud. Ca fait le chaud tout là tout là, jusque là dessus la tête.
Elle remonte la main au dessus de la moitié gauche de son corps. Le pied gauche le genou gauche la cuisse gauche la hanche gauche le sein gauche la tête et au dessus de la tête. Oui oui, elle a chaud au dessus de la tête. Cherchez pas. Et puis elle a les fourmis la nuit, ça gratte ça gratte ça gratte, elle peut pas dormir. Et puis c’est chaud chaud chaud, elle sue, elle trempe les draps. Et puis des fois elle a un trait sur le front, au milieu, et ça fait pffffff au milieu du front, comme ça, de gauche à droite, et elle est trop fatiguée. Et puis ses doigts sont bloqués bloqués, et elle veut la piqûre que sa cousine elle l’a eue une fois et qu’après elle était plus bloquée.
Elle n’arrive à répondre à aucune de mes questions. Elle me répète la même chose, toujours.
Elle est obèse, inexaminable. Elle met une bonne demi-heure à enlever ses 54 couches de vêtements. Elle m’appelle « ma fille » en souriant, merci merci ma fille.

Je viens donc de passer au bas mot 20 minutes pour réunir des informations incompréhensibles et inexploitables. La chauderie hémicorporelle gauche avec paresthésies et pffffiouterie du front, moi, je connais pas.
Quand j’essaie de décomposer, de rationaliser, de m’obliger à ne pas caser tout de suite tout ça dans la case « Elle me les brise », j’attrape des sueurs froides. Tumeur cérébrale, dysthyroïdie, AVC, tuberculose, gale, lymphome, ménopause, maladie systémique bizarre avec symptômes à la con… Tout s’embrouille. Ca peut n’être rien, ça peut être tout, et je ne comprends rien à ce qu’elle me raconte et j’ai encore 5 patients à voir avant il y a 20 minutes.

Plus je ne comprends rien et plus je lui en veux.
Plus je lui en veux et plus je deviens agressive.
Plus je deviens agressive, plus je deviens mauvaise.
Plus je deviens mauvaise, plus je m’en veux.
Plus je m’en veux, plus je lui en veux, et la boucle est bouclée.
Allez hop, tu vas me prendre 7 gouttes de Rivotril avant de dormir et s’il te plaît, quand ça ne marchera pas, reviens quand ce ne sera pas moi.
La honte.

Il doit y avoir un truc culturel. Auquel je ne suis pas habituée.
Les occidentaux, ils sont gentils et disciplinés. Ils ont le bon goût d’avoir des lombalgies, ou des colopathies. Des trucs dont j’ai entendu parler à la fac, et que je traite à grands coups faciles de médicaments probablement inadaptés mais recommandés noir sur blanc dans mes jolis cours.

Bon, c’est très faux, hein.
Il y a des tas de pfiouterie au milieu du front chez de bons français bien blancs, avec qui je suis tout autant mauvaise. Mais quand même, la chauderie hémicorporelle gauche, c’est très fréquent chez les femmes arabes obèses de cinquante ans. Et les lombalgies, c’est très fréquent chez les femmes françaises obèses de cinquante ans. Et je pense qu’il y a des tas de symptômes occidentaux qui sont du même ordre que la chauderie, sauf qu’on a appris à les mettre derrière des mots, des diagnostics et des traitements bien établis. Et que du coup, je suis probablement aussi mauvaise avec eux, sans même le savoir. Ce qui est peut-être encore pire.

Perturbant, vraiment.

44 Réponses à “Chauderie hémicorporelle gauche”

  1. evil Dit:

     » Ca fait le chaud tout là tout là, jusque là dessus la tête.
    Elle remonte la main au dessus de la moitié gauche de son corps. Le pied gauche le genou gauche la cuisse gauche la hanche gauche le sein gauche la tête et au dessus de la tête. Oui oui, elle a chaud au dessus de la tête. Cherchez pas. Et puis elle a les fourmis la nuit, ça gratte ça gratte ça gratte, elle peut pas dormir. Et puis c’est chaud chaud chaud, elle sue, elle trempe les draps. Et puis des fois elle a un trait sur le front, au milieu, et ça fait pffffff au milieu du front, comme ça, de gauche à droite, et elle est trop fatiguée.  » => Ménaupose ? :p

  2. sophie Dit:

    On ne dit pas ménopause ?

  3. evil Dit:

    Houla c’est vrai :) Désolé j’ai eu une dure journée hier :)

  4. Yepok Dit:

    Ben voilà pareil en lisant ça, j’ai pensé ménopause.

    Nan moi je dis que quand la tenancière elle a un problème de diagnostic, n’a qu’à nous demander à nous qui n’y connaissons rien (enfin, moi, en tout cas).
    ;-)

  5. evil Dit:

    Je dirais même plus : traitement par Abufene 3 par jour max 10 jours à renouveller si besoin :)

  6. docteur coq Dit:

    moi, j’dis, c’est difficile la médecine, mais c’est l’intérêt d’y trouver du plaisir tout le long d’une carrière… j’ai les mêmes à la maison, et c’est au choix une vieille fausse couche non digérée, un père violent, une mauvaise intégration.. en tout cas, rien qui se soigne à l’hopital mais qui nécessite du suivi de généraliste, de l’écoute et du savoir faire…

  7. Dominique Dupagne Dit:

    Bonjour rrr

    Moi, quand j’étais jeune, je savais pas quoi faire avec ça. Et puis j’ai croisé un médecin dans un service où j’étais interne, et il m’a appris. C’était génial.

    Il écoutait la dame, recherchait des signes de gravité (fièvre, perte de poids) et s’il n’y en avait pas, il disait d’un air très pénétré, droit dans les yeux de la dame « Madame, je sais ce que vous avez. C’est très désagréable, c’est une hémichauderie gauche, je vous plains, ce n’est pas agréable. Rassurez-vous, ce n’est pas grave. Mais il n’y a pas de traitement, cela partira peut-être tout seul, soyez patiente. »

    Et la dame partait tout contente… La première fois, je suis resté la bouche ouverte, j’ai cru que la dame allait gueuler, dire qu’on se foutait d’elle. Mais non, à chaque fois, la dame repartait avec le diagnostic qu’elle avait apporté, et elle était toute contente d’avoir une étiquette à son mal. Parfois, il prescrivait un « truc » bénin, mais même pas toujours.

    Grande leçon de médecine.

  8. Guillaume Dit:

    D’accord avec Dominique. Le seul fait de prendre le temps d’écouter (même si on comprend rien de rien de rien : sourire, penché en avant, bras pas croisés… le langage non verbal +++), puis de nommer ce que l’on voit : « c’est embêtant, mais c’est pas grave »… même si on dit « je sais pas ce que c’est ,mais je suis sur que je ne vois rien de grave »…, ces quelques attentions font beaucoup. De la grosse ouzbèke de 60 ans qui a une patraquerie générale aiguë, aux parents tout gentils qui ont peur que leur petit dernier s’arrête de respirer s’ils le laissent trop pleurer la nuit…
    Sinon, voir aussi les travaux de Tobie Nathan sur l’ethnopsychiatrie: pas pratique à mettre en œuvre au quotidien mais intellectuellement très très très intéressant. Plus pratique, l’ouvrage d’isabelle Levy, pour appréhender la différence au quotidien : http://www.levyisabelle.net/ouvrages_croy_laicit.html
    Bon courage !

  9. david vincent Dit:

    On perd vite pied dans une consultation comme ça. balancez-lui un diagnostic au nom bien compliqué et elle sera très contente.
    Le magnésium fait des merveilles dans ces cas-là, il faut le donner avec conviction, l’effet placebo en rajoute.
    Il faut accorder de l’importance aux gens, ils sont tous contents… et je crois qu’ils ne viennent plus importuner avec des « chauderies méditerranéennes ».

  10. Guillaume Dit:

    Je ne suis pas sûr que balancer du magnésium avec conviction et un diagnostic au nom bien compliqué soit accorder de l’importance aux gens…
    Au mieux ils n’écoutent pas (puisqu’on ne les a pas écoutés non plus), au pire ils deviennent vraiment médico-dépendant (tu vois, « ma fille », j’avais raison, c’est très grave ce que j’ai, d’ailleurs le docteur il m’a donné des comprimés et j’en prendrai encore plus quand ça n’ira pas mieux)
    désolé…

  11. anita Dit:

    J’allais écrire que tu es mûre pour l’ethnopsychiatrie. Mais Guillaume l’a déjà dit.
    Bon, spa toussa, mais faut que j’aille consulter, j’ai une vertèbre qui bouge quand je tousse.

  12. Thomas Dit:

    Ce doit être un mal de saison… Lawrence Passmore en parlait justement il y a quelques jours !

    http://grangeblanche.hautetfort.com/archive/2008/04/27/yamalla.html

  13. mirisa Dit:

    j’ai une collègue de travail d’origine kabyle;
    elle m’a parlé une fois du problème de ses parents,immigrés donc,toutes les semaines chez le médecin pour de multiples doléances avec réel retentissement physique et traitements ad-hoc.
    et puis venait le temps du séjour en vacances au « bled »:et là,à sa toujours grande perplexité,elle voyait ses parents prendre un coup de jeune:adieu plaintes et bobos,adieu médicaments (au risque de préjudice par la suite),et vive la vie.
    et puis c’est le retour en France…bonjour docteur,ça ne va pas bien du tout…

  14. maubousss Dit:

    « reviens quand ca sera pas moi » hé oui mais ça marche encore quand tu remplaces mais apres, une fois installé(e) c’est foutu , y r’viennent et c’est toujours toi…

    Terrible constance des problèmes : j’ai connu le même genre de situations ( au pluriel, car ça s’applique à tout ce que je lis sur ton blog) il y a 20 ans….

    Continues …..

  15. Rrr Dit:

    “reviens quand ca sera pas moi” hé oui mais ça marche encore quand tu remplaces mais apres, une fois installé(e) c’est foutu , y r’viennent et c’est toujours toi…

    Hééé oui ^^ Je sais.
    Mais en même temps, je me dis que peut-être (peut-être) je me sentirai un peu moins pressée par le temps (trouver un diagnostic ou soulager, là, tout de suite, à la première et probablement unique consultation), un peu plus impliquée et un peu moins mauvaise (j’espère !) quand ce sera MES patients.

    Et que je me sentirai le champ libre pour chercher la fausse-couche mal digérée du Dr Coq, pour écouter, pour m’intéresser, pour prendre le temps, et pour être plus efficace et moins nocive que mon Rivotril-botte-en-touche.

    Cela dit, la technique du Dr Dupagne semble savoureuse. M’est avis qu’il faut un peu de bouteille pour l’appliquer sans se prendre les pieds dedans, mais quel pied quand on y arrive…

    Doit être passionnant, l’ethnopsychiatrie, le peu que j’en avais touché à la fac en sciences humaines m’avait vraiment intéressée. Faudra que je me penche sur le sujet. En faisant gaffe à mes lombaires.

  16. anonyme Dit:

    Le blog est constant dans son génie.

    Mais les commentaires de ce post font peur de stupidité.

    Un médecin.

  17. Sss Dit:

    Oui, que diable, redevenons sérieux et tournons le dos aux commentateurs potaches !

    De toute façon, c’est celui qui le dit qui l’est.

  18. david vincent Dit:

    Moi j’aime pas les anonymes qui le restent :(
    Il y a une solution pour ne pratiquement plus avoir d’hémichauderie corporelle gauche, c’est de se faire sa clientèle (plus tard) dans un endroit qui nous convient. Et on laisse ces pathologies à ceux qui se sentent capables de les manager.

  19. Gabriel Dit:

    Une amie exmédienne ( Exmed.org) m’a fait découvrir ce blog très intéressant.
    Le cas décrit par rrr me rappelle tout à fait celui d’une patiente algérienne vue pour la 1e fois il y a bien 20 ans; ne comprenant rien, mais vraiment rien à ses mimiques et à ses propos en arabe, après un examen à peu près correct, ne sachant que faire d’autre, je pique son index pour rechercher un éventuel diabète ( femme grande et puissamment bâtie): glycémie à plus de 4 gr! Hospitalisation urgente d’emblée…multiples complications de ce diabète méconnu, insulinothérapie depuis.
    comme beaucoup de déracinés, elle allait infiniment mieux quand elle retournait chaque été en Algérie et retrouvait ses racines, comme chacun de nous est content de retrouver son chez-soi au retour de vacances !
    Bonnes et fructueuses suites, jeune rrr, et courage de la part d’un retraité depuis 10 ans déjà.

  20. Radéchan Dit:

    Ton blog respire l’humanisme.
    Je voulais juste te dire de ne pas avoir peur de t’installer : j’ai remplacé 2 ans, dont 6 mois à temps plein, à ronger mon frein de ne pouvoir faire à « ma » façon, et à bien sentir que le patient ne t’écoutait que quand le « petit » docteur allait dans son sens. Une fois installé, j’ai décidé de travailler à mi-temps, ma femme médecin fait de même, je travaille 30 h par semaine et elle 15, je prends un plaisir énorme à consulter (beaucoup de monde sur peu de temps, relativement s’entend), je vois des trucs sympas, mes patients son hyper agréables (les 5 % de chiants je les vire sans ménagement, faut essayer pour se rendre compte du bonheur que c’est que de virer la bonne femme qui veut faire prolonger son arrêt pour sa grippe de la semaine dernière qui l’a beaucoup fatigué que dans son service toutes ses copines ont du s’arrêter un mois pour s’en remettre etc) et je gagne très bien ma vie.
    Donc bravo pour ton blog et installe-toi vite en « vrai » docteur.
    Bye

  21. mbs Dit:

    en campagne ou en ville radéchan?
    vous êtes associé avec ta femme ou ds deux cabinets séparés ?

  22. Radéchan Dit:

    En campagne, avec ma femme, un cabinet pour deux. La belle vie je vous dis ;)

  23. mbs Dit:

    merci pour ta réponse. nous sommes également deux remplaçants ruraux et « guettons » le coin sympa…
    il me tarde.

  24. amélie Dit:

    ça fait quelques temps que je lis ce blog et je n’ai encore jamais répondu. Chère rrr, ta vie est la mienne. Tout ce que tu fais, tu penses, j’ai pensé et fait pareil. Sauf maintenant. Je n’en pouvais plus de remplacer et de voir des patients qui ne me ressemblaient pas, de donner des traitements qui me semblaient inadéquats. Je me suis donc installée il y a 6 mois, en créant, en centre ville d’une grande ville, et je ne vois que des patients qui me ressemblent (des jeunes femmes de 30 ans) et je me suis inscrite à une formation d’homéopathie. Je ne gagne pas très bien ma vie, mais je me régale. Va voir du coté de l’homéo, je suis sure que ça te plaira, et tu trouveras toujours un traitement pour la « madame, j’ai trop mal partout ».

  25. charles Dit:

    Dans ce cas (qu’on a tous vecu avec difficulté) on peut degager plusieurs problèmes :
    Incompréhension linguistique ( qui est bilaterale , le patient est pas non plus rassuré car il comprend pas ce qu’on lui dit non plus )
    Incompréhension culturelle : elle vient pour des motifs et des attente qu’on ne comprend pas
    Incompréhension médicale : On souhaiterai qu’il arrive avec un panneau sur le quel est marqué : « Psychosomatique » ca nous eviterai d’etre complètement stréssé par différente hypothèse diagnostique !
    J’ai déja été confronté a cela , car j’ai travaillé dans une PASS ( permanence d’acces au soins) et la on rencontre des patients du caucase , europe de l’est , afrique , asie , marghreb … et on decouvre toutes ses plaintes ! et ces demandes ! cette foie en la « médecine française » (le message est bien passé), sauf que maintenant la médecine francaise c’est moi , et que je ne sais pas ce qu’ils ont tous ces gens !
    Pour donner quelque réponse au problème :
    Incompréhension linguistique : avoir un traducteur avec soit !
    Incompréhension Culturelle : participer a des formations , essayer de poser les questions aux personnes etrangère que l’on connait ( moi j’ai pu longement discuter avec une amie marocaine et j’ai beaucoup appris)
    Incompréhension scientifique : J’ai mis en place un outil de traduction qui permet de débrouiller ces consultations et de rechercher des signes objectifs , il permet aussi de donner quelques explications au patients.(http://www.traducmed.fr).
    quand je l’ai utilisé les patients se sont éclaire car il avait l’impression d’être écoute .

  26. cardiologue de brousse Dit:

    un petit clin d’oeil en passant pour s’initier de façon ludique et progressive à tobie Nathan : commencer par  » psychanalyse et copulation des insectes  » ( si, si, c’est le titre ! ); si cette petite brochure n’est pas épuisé, cela aide à se dépoussièrer les neurones et peut représenter une introduction à la littérature de ce (trés ) grand ethnopsychiâtre ( puisqu’il est rangé généralement dans cette étagère ); bonne lecture !

  27. Alice Dit:

    Je redis ici ce que j’ai dit sur twitter : plutôt qu’un article, pourquoi ne pas en faire le sujet de votre thèse? Visiblement ce serait utile pour tout le monde.

  28. Inn Dit:

    Bonjour,

    En plus des travaux de Tobie Nathan, il y a aussi ceux de Marie-Rose Moro qui sont passionnants.

    Bonne continuation :).

  29. docteurdu16 Dit:

    @ tous
    Il serait urgent que vous m’accompagniez en consultation dans mon cabinet de Mantes-La-Jolie où plus de 50 % de la patientèle est étrangère.
    Je ne peux développer ici mon concept de « Troubles divers et variés ».
    L’expérience que j’ai de ces femmes est celle de la grande souffrance : souffrance d’être une femme analphabète qui vit en France depuis longtemps et qui se trouve confrontée au choc des cultures (celle de ses parents qui l’ont mariée à un inconnu et celle de ses enfants « français » mais pas tout à fait) et à l’incompréhension ordinaire.
    Le moment de la consultation d’urgence n’est vraiment pas le lieu où ce genre de problèmes peuvent se résoudre, ni la consultation hospitalière. Quant au diagnostic d’hémichauderie c’est une carabinade de quelqu’un qui ne revoit pas la femme qui n’est pas son médecin traitant.
    L’hystérie féminine (sic) de Charcot, Freud, a été traitée par le mépris, la condescendance et la misogynie. Je crois que nous sommes dans ce cas.
    Quant à Tobie Nathan, c’est un auteur obscur (au sens : incompréhensible), freudien et peu opérationnel car, je le rappelle, le freudisme est une théorie occidentale.
    Mais que ces propos lapidaires ne fassent pas oublier que la prescription de placebos est dangereuse, que raconter des histoires aux malades est une façon de botter en touche et que ces femmes souffrent.
    Bonne journée.

  30. Jean-Michel Bolzinger Dit:

    La chauderie hémicorporelle semble proche du cadre nosologique des Koulchites dont parle Malika Mokeddem dans son livre « l’interdite ».

    « Je vois une koulchite aiguë, une inflammation de l’âme et de l’être chez une jeune femme de seize ans. Elle vient de se marier. Je vois une koulchite chronique, cri muet et gangrène du quotidien chez une mère prolifique : onze enfants et le mari ne veut toujours pas entendre parler de contraception. Je vois une koulchite terminale, un cœur qui baratte du vide dans un corps d’argile. C’est une femme de quarante ans sans enfant. Je vois une koulchite hystérique… injection de valium pour celle ci, à la carte pour les autres. (…)

    Je fouille les koulchites. Koulchites en vrac, souffrances en morceaux, en monceaux, en inextricables écheveaux. J’essaie d’en trouver les bouts. J’écarte, je démêle, je trie. Je me décourage. Entre les tenailles du temps grince mon exaspération … La perte du sens est une koulchite sous presse, un noyau de détresse dans chaque cellule du corps de la fatalité. »

    http://www.ammppu.org/litterature/mokedem_interdite.htm

  31. celestaminette Dit:

    TTTTrrrrrrrrrrop drole, la chauderie hémicorporelle et le pfouit du front.
    hé hé hé.
    Bien vu, le zébu!

  32. Docmam Dit:

    J’ai eu, et j’ai toujours, les mêmes interrogations…
    Mince, je deviens aigrie, raciste et intolérante ?
    Pas facile d’en parler…
    Ça fait 6 mois que je remplace épisodiquement dans un cabinet de 3 où -je pense- au moins 60% de la patièle est turque. Cabinet de 3 femmes donc, 60% de femmes turques. Donc au mois la moitié ne parle pas français; à part peut être « mal mal » et « fatigue » « pas bien ».

    La première journée de remplacement là bas, j’ai cru que j’allais péter un cable. Plus jamais je me suis dit, OK je me suis engagée sur 10 jours, mais je reviens plus.
    Les 10 jours ont été durs, pis finalement j’y suis retournée. Principalement parce que les horaires sont cool et que c’est pas loin de chez moi.
    J’ai essayé de relativiser, je sais que c’est principalement un problème de culture inconnue… Les collègues remplacées sont là depuis 20 ans, elles ont tellement l’habitude qu’elles n’ont pas compris mes « soucis »

    C’est con, je viens de la campagne, j’ai grandit dans un village tout blanc, y’avait juste un jeune laotien adopté, et une métisse dont la mère venait du Rwanda dans mon collège. Alors oui y’avait clairement un mur entre les patients et moi.
    Parce que depuis 20 ans qu’ils viennent, ils arrivent quand même 1/4h en retard à chaque fois; quand ils viennent aux rendez-vous.
    Parce qu’ils ne comprennent pas ce que je dis, et inversement.
    Parce qu’ils ont au minimum 10 plaintes par organes, même quand c’est pour un renouvellement.
    Parce que tous les hommes sont en accident de travail pour lombalgies et toutes les femmes en accident de travail pour tendinite. Et que j’arrive pas à les renvoyer au boulot.
    Parce que les femmes de 50 ans qui travaillent pas, elles ont toutes des hémichauderie corporelle.

    Puis avec le temps, j’apprends, j’arrête de stresser, j’essaie de comprendre. Je comprend qu’au final, mes français bien blancs, ils viennent se plaindre que ça va pas qu’ils ont des soucis à la maison au boulot, ils font des syndromes anxio dépressifs qu’on écoute et qu’on traite.
    Elles, elles ne vont jamais te dire ça, mais elles ont mal partout et des hémichauderies.

    Alors j’arrête de vouloir forcément tout traiter, je les écoute, je leur souris, je leur dit que je comprend que c’est pas facile, et en général elles partent avec un peu plus de sourire.
    Des fois je suis crevée, alors oui je donne du magnésium miracle, tout en sachant que c’est pas ça qu’il faut faire.

    Là je m’apprête à remplacer pour 2 mois à temps plein dans mon cabinet turc (haha) j’appréhende un peu, mais moins qu’au début.
    Par contre quand elles me parlent de m’installer… là non, je suis loin d’être prête.

  33. Docmam Dit:

    en tous cas bravo, parce que c’est pas forcément évident de parler de ça, c’est pas politiquement correct…

  34. dr_titi_fr Dit:

    Haaan, comment je la vois bien la dame de 50 ans aux urgences (ou en rempla d’ailleurs) en face de moi dubitative !!! Le syndrome méditerranéen qu’ils m’ont appris que s’appelait aux urgences !
    C’est la merde maint’nant avec le passage de la prescription de rivotril en produit stupéfiant !!!! ;o)

  35. Du repos et du plaisir | Journal de bord d'une jeune médecin généraliste de Seine-Saint-Denis Dit:

    [...] Alors,j’essaie de partager le concept un peu fou que la vie, si on veut la vivre longue, heureuse et en bonne santé, il faut prendre soin de soi physiquement,moralement et socialement …c est pas moi qui le dit, c’est l’OMS! Et sinon, on fini avec des dépressions, des véritables troubles musculosquelletiques, des lombalgies, des vertiges, des chauderies hémicorporelles gauches…. [...]

  36. fifetta Dit:

    ahhhhh ça fait un bail que je te lis jaddo mais je n’etais jamais arrivée sur ce post. on croirait moi lol
    je bosse dans un cabinet en zone pas forcement favorisée (mais pas non plus en cité)
    le lundi matin (et uniquement le lundi matin) je suis sans Rv, et je passe ma matinée à voir des hemichauderies corporelles, à ne rien comprendre à ce qu’on me raconte, à me dire que je suis « raciste/pas faite pour ça/nulle »
    Heureusement, le reste de la semaine curieusement, sur RV, ça va mieux.
    Comme toi l’algerienne de 50 à 70 ans dans ma salle d’attente, elle me stresse un peu d’avance
    Ceci dit, ce matin, un petit miracle. Une algerienne de 60 ans, qui arrive avec « mal mal là » en me montrant sa fesse gauche et sa cuisse. Pour une fois, j’ai fait un diagnostic, une vraie maladie, avec un vrai traitement. Elle avait une sciatique.
    Et puis aussi la semaine derniere, un yougoslave qui ne parle pas 3 mots de français, qui avait un furoncle. J’ai vu ses yeux briller, quand j’ai tourné l’ecran vers lui (apres 10 min de recherche pour trouver un traducteur automatique sur le web) pour lui montrer la traduction de furoncle dans sa langue (je lis pas l’alphabet serbe moi lol)
    merci internet :D

  37. L’origine de la chauderie hémicorporelle gauche | Journal de bord d'une jeune médecin généraliste de Seine-Saint-Denis Dit:

    [...] Pour ceux qui ne connaissaient pas cette entité, elle a été brillament décrite ici et j’en ai déjà parlé ici This entry was posted in Info à la con and tagged [...]

  38. bientot DR Dit:

    Une copine qui a fait son internet de psychiatrie me disait qu’elle était seule pour faire la visite avec 20 patients et pour les femmes de 50 ans qui avaient la douleur qui descend ou qui monte de la tête au pied en faisant un trajet tordu, pour elle y avait pas photo c’était une dépression… Et ça se traitait plutôt bien par des antidépresseurs.

  39. bientot DR Dit:

    Pardon mais la précision pour le nombre de patient c’est parce que si la patiente disait j’ai la douleur, ma copine lui mimait « comme ça » , « oui, c’est ça docteur » et bing! prozac. Ca fait gagner du temps c’est sur.

  40. bientot DR Dit:

    Et pas une seule qui pleure, qui dise qu’elle est triste ou fatigué, impensable.

  41. Amsterdamned Dit:

    « Son internet de psychiatrie », jolie formule. ;)

  42. bientot DR Dit:

    Je suis un peu dysorthographique du clavier

  43. Lien Rag Dit:

    Tobie Nathan est très intéressant, mais avez-vous lu Latour?
    Il a un peu tendance à se tirer un peu trop souvent d’affaire par une pirouette, mais son radicalisme (la fameuse « hypothèse forte ») est stimulant: pour simplifier, la réalité médicale objective est indétectable des constructions sociales de la maladie.

  44. Galilea Dit:

    Je voudrais dire que l’homéopathie offre des réponses satisfaisantes à la pluralité de ces syndrômes tels que « l’hémichauderie corporelle gauche », que tous ces symptômes sans queue ni tête, s’ils ne rentrent pas dans les cases de nos enseignements de fac, correspondent pile-poil à des remèdes homéo…mais que l’écoute attentive et empathique reste indispensable, si on sait entendre l’expression d’une souffrance enracinée dans l’histoire personnelle, et qui n’a bien souvent droit de cité qu’en s’exprimant somatiquement: les émotions, colère, peur, tristesse, nostalgie, abandon, ça interesse qui, réellement, quand ça ne fait pas peur? Une bonne partie de l’enseignement reçu ne consiste t il pas à gommer ce qui gêne, plutôt que d’écouter et de redonner sens?
    A lire dans ce sens l’excellent ouvrage du Dr Dransart: « La maladie cherche à me guérir », aux éd. du Mercure Dauphinois

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