M. Farid

23 janvier, 2009

J’ai rencontré M. Farid en cours de routes (Oui, en cours de routes. De la sienne, et de la mienne. Ca fait deux routes), alors que je commençais un remplacement.

Un petit homme, très mince, très doux. Discret. Poli à l’extrême.
Du genre à vous donner du « docteur » à la fin de chaque phrase.
Toujours d’accord, jamais fâché.
« Oui docteur »
Il souriait beaucoup. Doucement, aussi.
Pas en sourires d’explosion de joie, pas en sourires de « Ahah, qu’est ce que je me marre ». En sourires de politesse.
Il venait toujours le samedi matin, quand il y a le plus de monde.
Et il disait toujours « Bon week-end » en partant, en souriant.

J’ai beaucoup de tendresse, et surtout beaucoup de reconnaissance, pour les gens qui me disent « Bon week-end », ou « Bon courage ».
Les gens, qui, en partant des urgences, alors qu’ils viennent de se cogner huit heures d’attente, dont six dans une salle bruyante, alors qu’ils sont mal, alors qu’on les a brusqués, sont capables de sortir d’eux-mêmes, de prendre conscience de l’autre, et de penser à lui en tant que personne. Et de lui souhaiter bon courage pour la fin de sa garde.
Ça me touche à chaque fois.

La première fois que j’ai vu M Farid, il venait pour trois fois rien.
Il m’a dit quelque chose comme « Je viens pour mon renouvellement de traitement », ou « Je viens pour faire signer un papier ».
Avec une espèce d’humilité dans tout.
Il disait « Je viens pour  un papier » avec humilité, puis il s’asseyait avec humilité.
Ça n’a pas de sens, de dire « Il s’asseyait avec humilité », mais c’était comme ça.

Et puis l’accueillant banalement, pleine de sourire, un peu pressée, genre bon, ok, un renouvellement de traitement, roulez jeunesse, j’ai ouvert son dossier.
Pas humble du tout, son dossier.
Un cancer des poumons énorme, tonitruant, c’est-moi-que-vlà-tout-le-monde-dehors.
Si je ne l’avais pas lu dans son dossier, je n’en aurais rien su.
Il ne m’aurait rien dit.

Je l’ai revu, peut-être, quatre ou cinq fois jusqu’à samedi dernier.
Toujours pour autre chose que pour son cancer, dont il ne parlait jamais.
Je posais quelques questions, comment s’est passé la dernière chimio, et c’est quand la prochaine, et comment ça se passe à l’hôpital.
Il répondait brièvement.
Comme si son cancer n’existait pas, ou ne valait pas la peine qu’on parle de lui.
Il ne se plaignait de rien. Jamais.
Ou alors tout doucement, comme on dit « Comme un lundi ».
Il n’avait plus beaucoup d’appétit, il avait un peu maigri, comme un lundi.
Il perdait de plus en plus sa voix, à cause de l’envahissement de la tumeur qui venait jusqu’en bas du cou comprimer quelques nerfs, et ça lui donnait une voix toute douce qui lui allait parfaitement.
Mais il n’avait pas mal.
J’ai demandé, à chaque fois, avec un peu plus d’insistance que pour un autre patient, mais non, non, ça allait, il n’avait pas mal.
Et on repassait au papier ou au traitement du jour.
Son cancer, je l’ai à peine effleuré. Ce n’était pas le sujet. Jamais.

La fois d’avant samedi dernier, ça allait un peu mieux. Il avait repris un peu de poids, il avait meilleur appétit, et le moral, ça allait, ça allait, merci docteur.
Et comme à chaque fois, je l’ai laissé partir sur son « Bon week-end » avec une sourde impression d’inachevé.

Samedi dernier, pour la première fois, il est venu avec son épouse.
Je ne savais même pas qu’il y avait une Mme Farid.
Du même modèle que lui. Une fois et demi sa taille et probablement quatre fois son poids, mais elle s’asseyait avec la même humilité. Toute en sourire elle aussi, et toute lisse.

Pour la première fois, il venait pour quelque chose.
Pour un symptôme. Autre chose qu’un papier de sécu ou qu’un renouvellement.
Il avait re-perdu l’appétit, il toussait de plus en plus, et il avait une gêne derrière le sternum qui l’empêchait d’avaler. Toujours pas de douleur,  c’est juste que ça coinçait.
Avec un cancer haut placé comme le sien, ce n’était pas bien étonnant qu’il commence à avoir du mal à avaler.
Je n’ai trouvé aucun signe d’urgence. Aucun signe alarmant, pas d’indices vers une mauvaise tolérance de sa dernière chimio, pas de fièvre, rien.
« Juste » le poids qui fléchissait à nouveau, l’aggravation des anciens symptômes, l’apparition de quelques nouveaux attendus : probablement le début de la longue pente à venir.
J’ai prescrit du Renutryl, du Solupred et du Scopoderm.

Pendant qu’il se rhabillait, dans la salle d’à côté, j’ai pu prendre quelques minutes en tête à tête avec Madame.
Et vous, comment ça va ? Et le moral ?
Ca va, ça va docteur. Inch’ allah.
Sourire.

Il s’est excusé de ne pas avoir sa carte vitale, j’ai dit que ce n’était pas grave, et qu’on verrait ça la prochaine fois.
Et comme tous les samedis, il est parti en souriant et en me disant bon week-end. Bien droit sur ses jambes. Doucement, mais avec aplomb.

Et puis mardi dernier, dans la liste bien ordonnée des messages laissés par le secrétariat, il y avait un message de sa fille.

Madame Farid
Vous informe que son père est décédé ce samedi à 15h et qu’elle ne retrouve pas sa carte vitale pour vous régler car samedi il n’a pas réglé. Souhaite savoir ce qu’elle doit faire.

Quatre heures après avoir quitté mon cabinet.
Quatre heures après avoir quitté mon cabinet, bordel de merde.
Et moi qui avais écrit « Ca ne va pas fort » dans son dossier.

J’ai retourné ça dans tous les sens.
D’abord, j’ai commencé par vérifier le nom, le numéro de téléphone. Une autre Mme Farid, peut-être ?
Et puis j’ai repensé à ce qu’il avait dit, à ce que j’avais vu, à ce que j’avais fait, à ce que j’avais demandé, à ce que je pouvais avoir oublié de demander. J’ai cherché ce que j’avais manqué, où j’avais foiré.

J’ai mis un peu de temps à m’apaiser.
Je pense que je n’ai rien foiré.
Je pense que cet homme devait mourir debout. Depuis le début.
J’ai pris la fin de la pente pour le début de la pente parce que c’est ce qu’il m’a donné à voir, et parce qu’il l’a vécu comme ça.
Et puis, quoi ? Si je l’avais vu, le signe d’alerte, le quelque chose, et si j’avais décidé idiotement de le faire hospitaliser, quoi ?
Il serait mort tout pareil à l’hôpital, dans pas-son-fauteuil, dans pas-son-décor et pas de sa-façon.
C’est peut-être pour me rassurer, mais je pense que c’est bien comme ça.

57 Réponses à “M. Farid”

  1. Farid L Dit:

    Mr Farid vous aurait dit « Mektoub »

    Paix à son âme

  2. Pascale Dit:

    La gène dans la poitrine… un infarctus peut être?
    Quoiqu’il en soit, c’est surement mieux comme ça…

    Inch’allah

  3. Nashii Dit:

    J’avais donc raison de dire qu’il fallait aussi « te prendre la main »…

    J’ai pris conscience de ca quand, allant maladroitement me plaindre à mon génial médecin généraliste d’une petite déprime et du stress généré par mon travail, il m’avait répondu avec toute l’expérience de son age que son métier était autrement stressant que le mien puisque lui travaillait avec la Maladie et la Mort. M’avouant que lui aussi avait eu des nuits bien difficiles, ‘à l’époque’.

    comment dis tu, déjà ? Bon courage.

  4. docmimi Dit:

    ce matin j’ai ouvert ton post comme on prend une gourmandise à laquelle on ne sait pas résister; allez, je pouvais bien prendre 5 min de plaisir avant de me mettre a la tache la plus chiante du monde: les comptes pro. ça ne pouvait que me mettre en joie…
    j’ai perdu un peu plus de 5min à repenser a touts les Mr et Me Farid qui m’ont donné de belles leçons de vie et de dignité;
    Merci encore pour ta jolie plume.

  5. PERECil Dit:

    Coucou jaddo :). J’aurai tendance à dire comme toi. Au moins il est mort parmi les siens, entouré. Quatre heures, c’est court, et à l’hopital, à par lui prolonger sa vie (et de combien de minutes?) via un acharnement thérapeutique qui selon moi aurait été déplacé, ils n’auraient pas pu faire beaucoup plus.

    Il est parfois sage de laisser mourir les patients dans la dignité…

  6. Guillaume Dit:

    Douleur dans la poitrine, suspiscion d’infarctus, hospitalisation via les urgences, 4h d’attente, seul, « non madame seules les personnes malades peuvent attendre dans le box », 2h pour avoir la troponine, elle est limite, il faut en refaire une dans quelques heures, Ddimères catastrophiques : « c’est une embolie », « mais non, c’est sa tumeur », bon, alors on l’envoie en cardio, dans l’intervalle son état s’aggrave, lipothymie sur son brancard, seul dans le couloir, mais on pousse un peu la perf, ça va mieux, il attend les brancardiers, avec humilité, puis on l’emmène, autre malaise, sur son brancard poussé par un inconnu, dans un couloir du sous-sol de l’hôpital entre les urgences et la cardio, seul, le brancardier se dépèche un peu, arrivée en cardio, il a de la chance, il y a une externe qui traine pour encadrer les titres de sa dernière observation (de garde un samedi après-midi !!), elle lui refait un électro vite vite, infarctus massif, gros malaise cette fois, hypotension brutale, à la limite du choc cardiogénique, « ne bougez pas je vais chercher l’interne », quelques secondes dans une chambre inconnue, à côté d’un inconnu sous oxygène, regardant un match à la télé, puis branle bas de combat, le chariot d’urgence, des blouses blanches, une autre perf, seringue electrique pour faire tenir à tout prix ce coeur qui ne veut plus se battre, « faut le descendre en réa, préviens-les », ça va mieux, tout ce monde s’éparpille dans le couloir, entendre lorsque la porte se ferme, « putain mais je savais pas qu’il avait un néo, on peut pas lui faire une coro à ce mec », seul, humble, derrière le paravent en simili synthétique blanc, le voisin remet le son du match de foot.
    Dans la salle d’attente des urgences, Mme Farid attend, on lui a dit qu’on viendrait lui donner des nouvelles, alors elle attend. Elle sait que c’est long, les soins aux urgences, et puis il y a eu tellement d’hospitalisations ces derniers temps qu’elle connait l’inertie de l’hôpital. Enfin, une dame en blanc, l’air énervé, vient la trouver : « je suis la surveillante, ça fait une heure qu’on vous cherche partout, il faut aller en cardio voir le médecin ». Bon. Autre couloir, autre service, on la fait entrer dans une pièce où elle pense trouver son mari, mais une femme en blouse finit de dicter une lettre, ferme un dossier… « je suis la chef de clinique, votre mari fait un infarctus, on lui a mis des amines, mais on ne peux pas savoir combien de temps il va tenir, il faudrait lui faire une coronarographie, mais avec son cancer, c’est trop dangereux, alors on va le garder et faire de notre mieux mais c’est grave, mme Farid, il va peut être mourir… on va vous accompagner à sa chambre, mais les visites finissent à 20h, vous pourrez revenir demain dès 10h »…

    Le mardi, dans les messages de la secrétaire, un petit mot, humble : « Mme Farid vous informe que son mari est décédé à l’hôpital dans la nuit de samedi à dimanche et ne retrouve pas la carte vitale pour vous régler la consultation de samedi… »

    Le destin… …مكتوب

  7. Tom Dit:

    Merci. Merci de nous faire vivre toutes ces histoires débordantes d’humanité. C’est parfois bouleversant, souvent drôle, toujours extrêmement bien écrit. Je crois sérieusement que je deviens fan !

  8. Anonyme Dit:

    Pas facile facile…jdo mais tu dois être un bien bon docteur avec une telle sensibilité..
    Bon courage à toi et surtout..bon WE…

  9. lorna Dit:

    bien sur que tu a bien fait…

    la vie est une maladie mortelle n’est ce pas et il vaut bien mieux mourir comme on a vecu que seul dans une chambre froide et blanche de l’hopital!

  10. anita Dit:

    S’accrocher, autant qu’il est possible, autant que cela à du sens. Repousser les limites de la mort, oui. Mais ne pas vouloir repousser la vie dans ses derniers, ultimes et organiques retranchements.
    Savoir que notre dignité est un bien aussi vital que notre respiration, que le sentiment même de Soi EST notre respiration au monde.
    Laisser parti celui qui doit partir, ouvrir les mains, dire au revoir en un geste ou en un mot, laisser flotter des fleurs ou des signes sur la toile.
    Répondre, avec tendresse, à Madame Farid et à sa fille.
    Devoir solennel des vivants.

  11. Hobopok Dit:

    C’est comme les « Lumières de la ville » de Chaplin, à chaque fois, je chiale comme une madeleine à la fin.

    Bon j’étais juste venu pour laisser ça :
    c’est grave doctrice ?

  12. Do Dit:

    Je pense aussi que c’est bien comme ça.
    Je viens de comprendre ce petit éclat dans l’oeil quand je dis « bon week-end » aux médecins, soignants, gens qui travaillent le samedi… c’est ça.
    Merci Jaddo d’écrire ces beaux textes pour toi et nous.

  13. trop serieuse Dit:

    pour mériter mon pseudo

    qu’est-ce qui fait tant de peine?
    le décès du patient?
    ou bien ne pas avoir diagnostiqué une mort imminente?

    soyons humble

  14. roch Dit:

    merci pour tous vos textes : c’est chaque semaine un vrai bonheur de vous lire !

  15. lo Dit:

    Tres beau texte, comme d’habitude.

    Avec beaucoup d’humilite, je dirais que c’est peut-etre la tout le probleme des normes et des petites cases… Comment savoir ce que signifie vraiment une legere gene dans la poitrine chez quelqu’un d’aussi humble et digne qu’un M. Farid? Est-ce une tres grande douleur? Un pretexte pour deranger son medecin lorsque le sentiment d’en avoir plus pour longtemps et la peur de la mort arrive? Un ultime appel a l’aide alors que l’on sait tres bien qu’il n’y a plus rien a faire? L’envie de dire, scinceremet, au revoir et merci de m’avoir accompagne le long de ma route, Docteure?
    Quel que soit la raison, le medecin a ecoute la douleur du patient. Il l’a prise au serieux, a ausculter et prescrit des medicaments. C’est rassurant. Ca va aller. Pas d’hopital. Pas de test supplementaires, pas d’attente dans des couloirs dans la peur de mourir loin des siens. On rentre a la maison, ensemble.
    Peut-etre etait-ce la plus belle ordonnance que vous aviez faite a M.Farid. La permission de le laisser partir a sa facon, entoure des siens.
    Bon week-end

  16. mirisa Dit:

    merci Jaddo,ça m’a rappelé d’autres mr Farid,toujours dans la dignité,toujours dans la volonté farouche de maîtriser la maladie par la discipline de leur corps et de leur âme..
    être malade puis mourir..oui..Inch’Allah…
    mais Debout,comme un Homme.
    avec sûrement le regard d’une Jaddo pleine d’humanité ayant tout compris de lui,au fond du coeur.

  17. Thomas Dit:

    Juste une larme…

  18. Pascal Crémades Dit:

    Je suis médecin et si un jour j’ai la maladie de M Farid, je veux une jado pour me soigner …

  19. Laurence Dit:

    Pffff…quel métier vous faîtes. Je vous tire mon chapeau, quelle force il faut avoir vous surmonter tout celà.
    Monsieur Farid est parti en paix, au milieu des siens. Ce qu’il souhaitait, très certainement.

  20. Medicine Men Dit:

    M. Farid est mort et ce n’était écrit nulle part, sauf si vous êtes tous vraiment complètement débiles.

  21. Medicine Men Dit:

    pardon, par « tous » j’entendais ceux qui ont évoqué que ce fût écrit, 2 personnes, en fait

  22. Guillaume Dit:

    Effectivement Medicine Men.

    La référence au destin, ce « mektoub », ce-qui-est-écrit, pouvait paraître maladroite, et bien sûr, quelles que soient les croyances de chacun, nous savons tous, et peut être les soignants plus que les autres, que nul ne peut dire si le fil de la vie comme de la maladie a une longueur prédéfinie. M. Farid était vivant. Puis après, il était mort. C’est tout.
    Pour ma part, cette référence a une valeur plus affective qu’autre chose, et je n’y aurais sûrement pas pensé, ni fait allusion si M. Farid s’était appelé M. Martin, M. Tchang ou M. Anonyme. J’ai longtemps vécu au Maroc, et aussi beaucoup travaillé dans un quartier de ma ville essentiellement habité par des maghrébins. J’ai vu ou accompagné (et encore aujourd’hui) pas mal de M. Farid, humbles, ne faisant pas de bruit.
    Il est vrai que, plus ou moins consciemment, la manière de vivre de nos patients influence notre manière d’être. Même si mes compétences et mes références médicales ne changent pas, j’ai appris à mettre ma main sur le cœur après une poignée de main, à savoir quand il faut dire inch’allah… et quand il ne faut pas le dire! Mais j’ai aussi appris au fil des remplacements à me réjouir avec le chasseur de sa dernière belle prise (« un sanglier comme ça !!! »), partager une grappe de raisin du jardin du diabétique (« on dira à l’infirmière de ne pas mesurer le sucre aujourd’hui, hein :-) » ), à commenter avec le sourire les 30 lignes en latin de cuisine de l’ordonnance de l’homéopathe (« comme ça je prend moins de médicaments pour ma thyroïde »).
    Petits plaisirs de la vie, croyances, traditions. Toutes ces petites choses qui donnent du sens à nos vies. C’est peut-être moins réaliste que le sens unique vivant/mort (on/off… allumé/éteint… ), mais tellement plus poétique, non ?

  23. Medicine Men Dit:

    @guillaume

    je suis passé sur ton blog, y’a des trucs que j’ai bcp aimé lire

  24. Guillaume Dit:

    merci :-)

  25. Dominique Dupagne Dit:

    Bonjour Jaddo
    J’ai pleuré.
    Vraiment.

  26. jean-marc Dit:

    une belle histoire pleine d’humanité et de respect;
    merci

  27. TITI Dit:

    Ben , moi aussi ça m’a arraché des ptites larmes…
    J’ai rien d’autre à te dire que ce qu’a répondu Guillaume, si justement.
    Et SI: merci encore une fois de montrer si bien comment notre métier peut etre difficile, pour peu en plus qu’on veuille le faire humainement…
    Et pourvu que des décideurs lisent ce blog , qu’ils comprennent enfin ce qu’est exercer la médecine générale…Parce que des histoires comme celles de Mr Farid ou d’autres que tu racontes, j’en ai aussi plein dans ma caboche, comme tous les collègues…

  28. lorna Dit:

    je prends mon service, une dame vient d’etre transférée d’un petit hopital de campagne : elle ne pisse plus la creat est élevée et surtout elle semble tres fatiguée… mais qui ne le serait pas à 95ans.

    elle est annoncé comme fin de vie et récusée de réanimation… on lui passe 1l de perf, et miracle elle pisse mais elle reste faitugée

    mais alors que fait elle dans une chambre d’hopital alors qu’elle pourrait etre chez elle?

  29. lorna Dit:

    pourquoi subit elle deux voire trois prise de sang quotidienne alors que de toute façonn si elle meure on ne la réanimera pas… laissez la partir!

  30. Henri Dit:

    C’est tout à fait ça.Tu as été très juste dans tes mots et je m’y retrouve parfaitement aussi. Mr Farid fait partie de ces patients qui marquent un carrière.
    Comme fais tu pour formaliser avec des mots simples, une relation si complexe et si touchante! C’est une grande qualité littéraire que tu as là. Les bons médecins sont ceux qui toute en gardant leur esprit de géométrie développent aussi leur esprit de finesse comme tu le fais dans ce blog.
    Bravo et continue à donner du sens..

  31. Medicine Men Dit:

    C’ est vraiment un truc merveilleux l’ imagination, ça nous fait passer des moments intenses, comme par exemple celle d’ Henri, qu’il soit assuré de mon plus grand respect, quand il parle d’une relation si complexe et si touchante. Touchante, ok. Complexe ? où ça ???
    Merci Henri, tu m’auras fait, moi aussi, rêver

  32. Rrr Dit:

    Tsss tsss, Medecine Men.
    Un peu de respect pour le docteur Carotte, voulez-vous ?

    Imagination vous-même.

    PS : je ne sais plus comment le dire, mais merci à tous. Vraiment.
    Et merci Henri ;)

  33. Henri Dit:

    La complexité chez Mr Farid était là d’emblée au premier contact.La certitude qu’il n’allait pas faire de vieux os, avant même qu’il ait son cancer. La difficulté à aborder les choses essentielles, sa vie, sa famille, ses peurs et ses craintes etc… dans une consultation lissée par sa gentillesse. Son tabagisme qui avec tous les entretiens motivo-imagitionnels que l’on veut serait inébranlable. Et puis toutes ses pathologies. C’était un homme de l’après coup…Trop tard, il aurait fallu le prendre en charge bien avant….le problème c’est qu’il avait trop à faire avec son boulot de fou pour consulter!!!

  34. Medicine Men Dit:

    Heureusement que j’avais pris des pincettes avec Henri.
    Mais, Henri, tu dis des sottises.
    La complexité chez Mr Farid était là d’emblée au premier contact?
    Qu’avait de plus complexe M. Farid que M. Rachid que M. Ricardo ou que M. Jean ?
    Je ne sais pas si je dois vous plaindre ou vous envier vous les voyageurs de la complexité et de l’humanité.
    Moi je crois que M. Farid il avait un cancer et qu’il est mort un samedi après-midi. Que les textes de Rrr sont délicieux, et que le reste on s’en fout.

  35. Medicine Men Dit:

    et c’est vrai qu’un gentil Maghrébin tout humble qui meurt d’un cancer énorme en toute humilité ça peut paraitre injuste. Tout ce qui arrive de mal aux gens tout humbles ne me laisse pas de marbre.

  36. cardiodebrousse Dit:

    Tiens ! ça faisait longtemps qu’ Humanité n’avait mis son nez dehors.
    ( avec la musik qui va bien :
    Il a du bobo Léon
    Il porte un bandeau Léon
    Il a du bobo Léon
    Oh, pauvre Léon

    D’abord il ne s’appelle pas Léon
    Mais je ne me souviens plus de son nom
    J’peux pourtant pas l’appeler Hortense
    Et puis ça n’a pas d’importance

    Il a du bobo Léon
    Il va peut-être canner Léon
    Il a du bobo Léon
    Oh, pauvre Léon

    On l’a mené à l’hôpital
    Pour le soigner où il avait mal
    Il s’était fait mal dans la rue
    Mais on l’a soigné autre part

    Et il est mort !… )

    et puis… Guillaume a déjà tout dit

     » bon week-end , Docteur !  »

  37. Rrr Dit:

    Han !
    Le copié-collé, c’est le mal.
    C’est pas « Oh, pauvre Léon », c’est « Oh bobo Léon ».

    Et si, bah si, forcément, des fois, la complexité est là d’emblée, et oui, parfois, plus avec M. Truc que M. Bidule.
    Ca ne veut pas forcément dire que M. Truc est plus complexe, ça veut dire que la relation est plus complexe. Et d’ailleurs, je ne vois même pas en quoi c’est un débat ; c’est même pas intéressant, comme débat.

  38. Medicine Men Dit:

    Non, non, mais je me demande moi, maintenant que tu l’as reformulé, ce que ça peut bien vouloir représenter que « la relation est complexe », et surtout « d’emblée »

    Tu vois je vais te dire un truc moi, je pense que la Médecine Générale, c’est une pratique toute naze et que vous trompez votre ennui en vous gargarisant d’humanité et autres bons sentiments.

  39. Medicine Men Dit:

    Et heu, oui oui, je sais, je me trompe, vous ne vous ennuyez pas, vous avez des vies passionnantes …

  40. psy-chose Dit:

    jaddo, jaddore; çà trompe mon ennui(cf medicine men) quand je bosse le dimanche soir…en me gargarisant d’humanité avec les appels de patients en régulation.
    Que répondre lors d’un décès après avoir donné les conseils de fermer le chauffage et ouvrir la fenêtre (hier il faisait moins 3): « mais il va prendre froid? »

  41. titebougresse Dit:

    une très belle leçon de vie et d’humilité, un bel hommage à Mr Farid

  42. noisette Dit:

    je découvre ton blog avec bcp d’émotion et bcp de respect, et je ne peux me dire qu’une chose pour l’instant: « comment ne l’ai je pas découvert avant? »…

  43. breizhdoc Dit:

    bravo jaddo
    je découvre ton blog grace à mon remplaçant , merci a lui et à toi je viens de passer un bon moment
    ta plume est superbe mais garde le stheto en main ; ça fait du bien aux collègues camarade !

  44. bertrand Dit:

    Je découvre aussi ce blog : c’est très bien écrit, ça ouvre la tête ! mais merde tu vas me faire renoncer à ma conviction que les médecins sont tous morts (sauf moi) et remplacés par des ingénieurs en médecine… « bien confraternellement » ;-) et merci encore

  45. cardiologue de brousse Dit:

    aujourd’hui, matinée de chiotte !
    pas de Mr Farid ( heureusement pour eux ! )
    que des premières consultations que j’appelle de médecine vétérinaire ( sans aucun ostrcisme ou dédain pour cette profession par ailleurs ), car sans une malheureuse missive digne de ce nom ( ch’tenvoi Mr Machin pasqu’il a mal, merci pour lui …), pas d’ordonnance pour se raccrocher, ni biologie, en face c’est  » …ha ben !ch’peux pas m’rappeler d’tout docteur !  »
    ou mieux  » et pourquoi ti qu’y m’envoie au juste ,… »
    on se calme :  » cher ami, je te remercie de m’avoir adressé Mr Machin pour que je démerde la situation… »
    euh ! non  » pour bilan cardio vasculaire chez ce patient que je vois pour la première fois et qui ne connait pas ses antécédents ni son traitement ni ce qu’il fout ici … » euh ! non plus  » pour bilan cardio-vasculaire – point-  »
    cet après-midi c’est ravioli, je vais jouer avec ma game-boy et mesurer pleins de paramètres vachement sioux où je pourrai conclure mes échographies avec pleins de termes biscornus en ayant l’air intelligent, ça va me calmer…
    on se venge comme on peut…
    c’était  » un matin dans la brousse avec un cardiologue un vendredi 13  »

  46. cardiologue de brousse Dit:

    Hé non medecine men, peu d’humanité ce matin !

  47. Hugues Raybaud Dit:

    Bonjour,
    Je désirerais mettre sur Esculape un lien vers votre blog.
    D’accord ??
    Cordialement

  48. Rrr Dit:

    Bonjour,

    Super d’accord, bien sûr.
    J’adore votre site.

  49. Anna Dit:

    Très joli récit! Je suis surtout impressionnée par le stoicisme de ce Mr Farid face à la maladie…Quelle maturité! Je souhaite vivement atteindre ce niveau là un jour…Mais rien n’est moins sûre!
    Merci pour votre blog qui permet d’avoir une autre vision de la « routine » des médecins.
    C’est vrai que le patient attend souvent trop d’humanité de la part de son médecin mais n’en donne pas forcément en retour!
    Je suis contente…en général je n’oublie pas le « bon courage ou « bon week-end »

  50. Medicine Men Dit:

    on en a rien a foutre de votre bon courage ou de votre bon week end et on n’attend pas d’HUMANITé de la part de ses malades

    Merci à tous ceux qui ne connaissent rien à la pratique de la médecine de se documenter un peu

  51. Rrr Dit:

    J’en ai pas rien à foutre d’un bon courage.

  52. Plume60 Dit:

    Ce blog est très sympa, J’aurais aimé faire médecine, mais je n’en avais pas les capacités . ça me redonne un peu de baume au cœur de savoir qu’il y a des médecins qui sont sensible à ces « humains  » que nous ne sommes pas que des machines. Il y a un an je perdais ma mère de 63 ans d’un cancer généralisé , ne sachant pas ce qu’elle avait (à part un semblant de gastro depuis 2 mois), elle a été aux urgences , le docteur n’a même pas voulu la recevoir, car elle devait faire des des examens prescrit par son docteur 15 jours plus tard et donc ce n’était pas une urgence. Maman est décédée 20 jours plus tard. on a su qu’elle avait des métastases au foie 1 semaine avant son décès et que ca venait probablement d’1 cancer du sein 3 jours avant sa mort … Alors oui 20 jours plus tôt n’aurait certainement rien fait et la fin aurait été la même, mais au moins on aurait ressenti un peu de compassion envers ma maman qui elle aimait le genre humain. les médecins aujourd’hui pour moi n’ont plus la même estime . Mais heureusement qu’il y a des gens comme vous qui reste humain . Et merci aussi pour ces anecdotes très drôle que vous nous faites partager

  53. Dr H Dit:

    @cardiologue de brousse

    « sans ostracisme ou dédain », vous jugez que recevoir des patients sans une lettre expliquant le pourquoi de leur venue dans votre cabinet relève de la médecine vétérinaire ? Est ce à penser que dans votre esprit, les vétérinaires ne savent pas écrire ? Ou qu’il n’existe pas de spécialistes référents dans ce métier et que par conséquent, les vétérinaire n’ont jamais à se plier à ce genre d’exercice ?
    J’aimerai beaucoup comprendre la raison de cette appellation.
    Oui je suis vétérinaire et cette remarque m’a vexée, même si ce n’est pas la première ni la dernière venant d’un médecin. Que cette fois je n’ai pas envie de laisser passer.
    Et au risque de vous décevoir, il existe en médecine vétérinaire des spécialistes référents en cardiologie, orthopédie, ophtalmologie … et qu’écrire un courrier à ces même spécialistes est très courant en médecine vétérinaire.
    Qu’un vétérinaire sait faire une échographie cardiaque et même un doppler.
    Qu’il sait faire -et encore plus surprenant – interpréter un ECG.
    Que certains chiens ont un stent pour traiter leur sténose de l’artère pulmonaire.
    Qu’un vétérinaire sait poser une prothèse de hanche.
    Qu’un vétérinaire peut opérer une cataracte.
    Qu’un vétérinaire sait interpréter une IRM cérébrale.
    Qu’un vétérinaire peut prescrire des anti-hypertenseurs.
    Qu’un vétérinaire sait diagnostiquer un lymphome.
    Qu’un vétérinaire peut différentier un lymphome à lymphocyte B ou T.
    Qu’un vétérinaire peut traiter ce même lymphome par une chimiothérapie (avec succès).
    Qu’un vétérinaire recueille aussi les tranches de vie de ses patients. Enfin de ses maîtres.
    Et que certains jours, c’est dur aussi. D’écouter que ce petit chien de 15 ans, au mieux, insignifiant, au pire porteur de parasites pour un médecin, est le dernier lien qui rattache une dame de 80 ans à son mari décédé 2 ans plus tôt. Et que c’est le seul qui reste à ces côtés. Et que non docteur, il ne faut pas qu’il meure de son cancer des os avec métastases pulmonaires (oui, on sait aussi diagnostiquer ça), parce que c’est ce qui a tué son mari. Et qu’elle ne veut pas revivre ça.

    Merci Jaddo pour ce blog très intéressant à lire, très bien écrit et très humain. Ne vous arrêtez pas.

  54. cardiologue de brousse Dit:

    mea culpa !
    mon propos n’était pas de dévaloriser la médecine vétérinaire mais par  »analogie » de montrer que parfois la médecine humaine ressemble à la médecine vétérinaire quant au  »sujet » en face qui n’a rien à dire et pour lequel l’inconsistance de la lettre du correspondant n’a d’égal que la perplexité du patient…
    d’où le  » sans ostracisme ni dédain… » mais qui visiblement n’a pas suffit !
    milles excuses pour n’avoir pas mieux expliquer mon propos.

  55. Dr H Dit:

    Excuses acceptées avec plaisir.
    Parfois les animaux et leurs symptômes sont plus parlants que leurs congénères bidèpes !

  56. drBlue Dit:

    Ben t’en as de la chance, parce que finalement t’as pas eu à prendre de décision… ou bien… ton intuition t’a soufflé qu’il valait mieux mettre « ne vas pas fort » dans le dossier, et le laisser partir, plutôt que « aggravation des symptômes, à hospitaliser en urgence » !
    vu ton blog je pense fortement pour la seconde explication.
    A+

  57. Leo Dit:

    Ecoeurée par la description par Guillaume d’une agonie à l’hopital :

    1 – Le mec qui attend seul paske « au-dela de cette limite c’est que les malade pas les accompagnants » (j’y ai eu droit apres un accident de moto, je peux vous dire que c’est aussi insupportable pour le malade qui creve de trouille tout seule comme un con que pour la femme/mere/etc qui attend comme une conne ving metres plus loin derrière un con de mur. Heureusement que j’ai pu planquer mon portable sous le drap et communiquer par textos -interdits bien surs)

    2 – L’epouse qu’on engueule d’avoir eu à al chercher alros que si on l’avait laissée humainement aupres de son homme elle aurait ete facile a trouver

    3 _ Et alors le ponpon (qui me fait vomir mais que je n’ai aucun mal à imaginer) : le mec il va surement mourir dans la nuit, mais les visites ferment à 20h revenez demain matin !!!! Cad quand il sera mort, tout seul, c’est ballot hein, vous savez pas qu’il faut toujours mourir pendant les heures de visites ? ‘tain mais c’est possible de la laisser rester pour la nuit, d’être juste humain ? C pas croyable !

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