Dark Passenger

2 juillet, 2012

Je connais cette patiente par cœur.

On a eu des débuts difficiles, on s’est beaucoup engueulées, et puis on s’est apprivoisées petit à petit. On s’est faites chacune au franc-parler de l’autre, et c’est maintenant presque cette mésentente initiale qui fait notre complicité.
Je la connais par cœur parce que c’est une de mes premières patientes-à-moi du cabinet du Dr Carotte. Elle venait toujours le vendredi, et elle gueulait toujours qu’elle tombait jamais sur le Dr Carotte, et qu’on pouvait plus jamais le voir, et que les remplaçants c’est bien beau mais que son médecin traitant c’est quand même lui.
J’y disais qu’elle avait qu’à arrêter de venir le vendredi, et deux semaines plus tard, elle revenait et elle prenait l’air offusqué de me voir encore, moi.

Ça pourrait être la femme du mec du hameau. Elle n’est pas très bonne élève : « Elle, la laitue, elle laisse ça aux chèvres ». Elle fume toujours parce que quand même, à son âge, je vais pas lui enlever ça, mais elle me jure qu’elle a levé un peu le pied sur le fromage. Au moins au petit-dej.

Bref, je l’aime bien, et je la connais par cœur.  Je vois à son œil quand elle va me faire le coup des chèvres, je sais quand elle est disposée à prendre le prochain conseil qui sortira de ma bouche, que je choisis subséquemment avec soin. Je sais quand sa fille est là, je sais ses relations avec son gendre et ce qu’elle pense du prénom qu’ils ont choisi pour le petit dernier.
Je sais ce qu’elle gagne tous les mois, je sais sa marque de lessive, tous les combien elle change de chaussettes, je sais qu’elle attend toujours la dernière minute pour aller récupérer ses médicaments à la pharmacie, et qu’une fois sur deux elle manque du truc qu’il faut commander une fois sur deux.

L’autre jour, à la fin d’une consultation qui s’était passée particulièrement bien, fière qu’elle était des deux kilos en moins accusés par la balance, elle me charrie sur je ne sais plus quoi, sans doute mon Mont-Blanc, à base des docteurs-qui-s’emmerdent-pas-quand-même-avec-tout-le-fric-qu’ils-gagnent.
Elle me dit qu’elle aurait pu, elle, avoir un beau métier et gagner plein de sous, qu’il faut pas croire, qu’elle a de l’éducation et des diplômes.
Qu’elle parle 5 langues, même.
Elle a appris en prison.
Quand elle a fait dix-huit ans pour le meurtre de son premier mari, qui un jour, « l’avait poussée à bout ».
Par cœur mes couilles.

Y a deux autres patientes aussi que je suis depuis 3 ans et que j’aime beaucoup.
Elles ont mon âge, elles sont sympas, bourrées d’énergie, fraîches, saines, souriantes, avec plein de dents de partout ; on dirait des pub Narta. Y en a une qui a fait un AVC sur coke, l’autre qui sait pas du tout de qui elle est enceinte, parce qu’il y avait beaucoup de monde à cette soirée.

Y a cette patiente déprimée que j’ai vue si souvent. Le masque devant la terre entière, les épaules solides et les pleurs qu’elle ne s’autorisait jamais que devant moi, comme tant d’autres. Comme tant d’autres, elle m’engueulait de la faire pleurer, elle riait, elle remettait son masque, elle redressait son dos et elle partait.
J’ai mis 3 ans à savoir qu’elle picolait le soir, une fois les enfants couchés. Je me suis pourrie intérieurement de n’avoir jamais posé la question. Une déprimée que j’ai vue deux fois par mois pendant trois ans, bordel.
J’en ai mis un de plus à savoir que son mari lui cognait dessus.

La fille de M. Matrel n’est pas sa fille, M. Richard ouvre son imperméable aux sorties d’école, Mme Simon a élevé ses deux filles en arrondissant les fins de mois comme elle pouvait, l’adjoint au maire a deux maisons, deux femmes et deux séries d’enfants qui ignorent tout les unes des autres.

 

Pour un secret confié, combien sont tus ?
Qu’est-ce que c’est, de connaître un patient par cœur ?
Qu’est-ce que ça change, en définitive, que je sache que Mme Chèvre a fait dix-huit ans de prison ? Est-ce que j’aurais dû mieux chercher, ouvrir plus de portes ? Est-ce que c’est simplement venu quand ça devait ? Est-ce que ça a la moindre importance ?
Est-ce que je suis un meilleur médecin en sachant tout ça ?

Et moi, patients qui venez me confier parfois vos peines de cœur, vos péchés, vos secrets honteux, que savez-vous de moi ?
Vous qui n’avez « confiance qu’en moi », qui me racontez des choses en me faisant promettre de ne pas les dire au Dr Carotte, est-ce que ça changerait quelque chose si vous découvriez que j’adore la sodomie ?
Est-ce que vous changez de médecin si je mange mes crottes de nez ? Si vendredi soir,  j’aurais pas dû mélanger le rhum et le cannabis et si j’ai vomi ? Si j’ai tué un chat parce qu’y sentait pas bon ?

Quand on se rencontre, autour de mon bureau, que vous pleurez et que je croise les bras, que je vous écoute en me frottant le nez ou en me mordillant les lèvres, c’est quelle partie de vous qui rencontre quelle partie de moi ?

82 Réponses à “Dark Passenger”

  1. hb Dit:

    http://images.gibertjoseph.com/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/i/240/9782020495240_1_75.jpg

  2. Doclili Dit:

    Crottes de nez et sodomie… On aurait pu être soeurs !
    ;)

  3. Lise Dit:

    Bonjour,
    Moi je pense que les secrets sortent quand ils le veulent. Mon medecin n’est pas mon psychologue, il n’a pas à connaitre toute ma vie.

    Mais je comprend que pour vous ça ne dois pas être facile de gérer tout ça

  4. moi-même Dit:

    « j’adore la sodomie »
    Serait-ce ( http://lapagedamelie.chez.com/tout.htm ) un sites que vous avez créé « à la fin de [vos] études » ?

    Je sais, retrouver cette page sur le web fait pervers.

  5. @euphorite Dit:

    Comme toujours tu soulèves avec humeur et humour une frange de la relation médecin malade difficile à cerner au premier abord et si simple une fois que tu l’explicites. C’est vrai, je mens en consultation. Les patients mentent aussi. Pour ma part je pense que je me sentirais mieux en mentant le moins possible, en étant le plus « moi » possible. Les patients ils viennent pour un truc mais c’est souvent ailleurs qu’ils souffrent, pas facile de les y emmener. je crois qu’il faut laisser faire en laissant des portes ouvertes, ça ne me choque pas que ça puisse prendre 3 ans…le temps pour eux de percevoir que tu ne vas pas les trahir une fois leurs « tares » découvertes (OUhhh la honte, son mec la frappe!!).
    Beau retour, je t’attendais avec impatience!

  6. Dr Stéphane Dit:

    C’est pas le genre de billet qui va diminuer le nombre de tes demandes en mariage …
    Enfin bref, plus sérieusement. Connaît-on vraiment quelqu’un ? Doit-on vraiment connaître l’autre ? se connaît-on soi-même ?
    L’important n’est-il pas, comme tu le dis très bien, la confiance que chacun s’accorde ?
    Très jolie réflexion, très beau billet.

  7. TheFlo Dit:

    Je voulais absolument mettre un commentaire cette fois mais je sais pas quoi mettre.
    C’est pas que ce billet me laisse de marbre, c’est justement tout l’inverse mais je ne vois rien à ajouter ou à commenter.

    Alors juste, merci :)Continue d’être comme tu est.

  8. Opale Dit:

    Ca me parle bien en tant que patiente, même si au final je me dis que pour mon médecin c’est l’inverse, il ne connaît que le + grave, les abus, mais rien d’autre dans ma vie, à part savoir que je suis dans une chorale..

    Je crois que les secrets se dévoilent quand c’est le moment, quand on y est prêt.

    C’est un très beau billet en tout cas…

    Cela dit je sens qu’il va y avoir une catégorie porno dans les futurs googlars avec le mot utilisé à l’avant-dernier paragraphe, mouarf ;)

  9. Eve Dit:

    Salut

    Je suis responsable RH d’un petit morceau d’une grosse boite. Et des mecs (surtout des mecs) viennent déverser leurs problèmes de fric, de mariage, de gosses pas reconnus, de santé dans mon bureau. J’ai appris à accueillir ça sans mettre rien d’autre de moi que l’écoute et un sourire rassurant. Mais parfois c’est trop fort, j’ecourte, je ferme la porte et je me remue toute seule dans le bureau, le casque crachant un bon gros rock bruyant. Et au suivant !

  10. Dr YannnSud Dit:

    Très beau billet, comme toujours.
    Je rejoins Dr Stéphane : est-ce qu’on peut vraiment connaître quelqu’un vraiment? Dans un CHS où je suis passé, une infirmière un peu rigolarde m’avait raconté qu’un tueur en série bien connu était souvent hospitalisé dans le service, bien avant qu’on ne le démasque. Il s’avère qu’il se faisait hospitaliser après ses meurtres, bien sûr sans rien en dire. Il paraît que la psychiatre qui le connaissait bien avait dit « celui-là, il ne ferait pas de mal à une mouche!  » Et personne n’avait rien vu. Les patients, comme nous tous, livrent ce qu’ils veulent bien livrer, quand ils le veulent.

  11. dJe Dit:

    Je ne crois pas que ce soit possible d’encaisser la vérité, toute nue, d’un autre.
    Mais ne pas se confronter à la vérité brutale, c’est se condamner à croire qu’on n’est pas de taille à surmonter les épreuves de la vie.

    Au milieu des deux, ta nuance.

    Ca fait longtemps que je ne t’ai pas vue, et du coup j’ai une pensée pour toi. J’espère que ça roule. La bise.

  12. B. Dit:

    Détonnant.
    « Quelle partie de vous rencontre quelle partie de moi ? »
    N’est-ce pas toujours une même partie de soi que vient quérir cette partie de l’autre. Le patient ne recherche-t-il pas toujours la facette qu’il a su trouver la première fois, et construire au fil de ses visites ?
    Un palais des glaces, une mise en abîme perpétuelle au sein d’un petit cabinet.

  13. John Snow Dit:

    Les cachoteries des patients font le sel de leurs problèmes.
    La vie secrète du médecin fait le cœur de son métier.
    Ainsi vont les choses.
    Sans cette part de secret qui se voile et se dévoile selon l’envi des protagonistes, que deviendrait ce ballet étrange qui se danse lors de nos consultations? Que serait la médecine?

    Je ne sais pas, et je pense que toi non plus. Mais il se trouve quelque part en France quelques sombres crétins planchent sur la solution unique, celle du dossier patient partagé par tous assurant une traçabilité sans faille. Arme ultime pour capturer ce secret, du côté patient tout au moins.

    Crois-tu donc que cela va améliorer les choses?

  14. Hisoka33 Dit:

    J’ai passé la première moitié de l’article à me dire que putain, ça commençait à sentir la fatigue comme style, toujours dans la description d’une série de patients.
    Et puis est venue votre interrogation sur la connaissance, et cette réflexion me touche beaucoup. Quitte à ce que vous ne lisiez pas ce commentaire, la faute à TL;DR, je vais m’étendre un peu.

    « La seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien ». Notre ami Socrate en savait long, sur ce rien. Et je crois que vous en savez long aussi, et c’est ça qui fait de vous un bon médecin. Pas le fait que vous connaissez plus ou moins vos patients, mais le fait que vous êtes consciente qu’il y en a toujours davantage à découvrir. Découvrir une cachette secrète ne devrait jamais inciter l’aventurier à crier victoire, mais plutôt à se demander « si j’ai trouvé celle-là, combien d’autres ai-je manqué ? »

    Parce qu’on peut faire autant de cases qu’on veut, on peut toujours en créer d’autres, en faire s’entrecroiser certaines, en mélanger d’autres…

    Et puis, dans quel sens ça marche ?
    Est-ce que vos patients vous confient tout ça parce que vous êtes un bon médecin, ou est-ce que vous êtes un bon médecin grâce au fait que les patients racontent à un docteur ce qu’ils ne raconteraient pas à quelqu’un d’autre ?
    Est-ce que s’ils avaient parlé à un autre médecin, sans les couettes mais avec la même blouse blanche, ils auraient raconté les mêmes choses ? Dans le même ordre ?
    Est-ce que cette connaissance est vraiment de l’autre du privé, où bien est-ce que dans ce microcosme qu’est le cabinet d’un médecin, les symptômes sont mis à nus qu’ils soient d’ordre microbien, sociaux, moraux, sentimentaux, musculaires…

    En tout cas, nous on vous connait par cœur Jaddo.
    « Par cœur mes couilles. »

  15. Hisoka33 Dit:

    de l’ordre*

  16. M.L Dit:

    Ma chère Jaddo, ce n’est que le début de ce que tu apprendras à cacher à tes patients ! ta vie privée ne regarde en effet que toi, et même moi, à te lire, j’ai une impression de voyeurisme.

    Ce que j’ai eu à cacher aux patients et qui est difficile, c’est d’être très malade, bien plus malade qu’eux, et de leur offrir un sourire et une inlassable réponse positive et souriante à la question: docteur, vous allez bien. Ce qui n’est pas si simple quand on tu viens d’être opérée d’un cancer du sein. Même sur mon blog je n’en parle pas, ou à peine, ça reste difficile.
    En effet, les patients rencontrent une partie de nous, y compris s’ils cherchent à en savoir plus sur nous, notre domaine de l’intime reste hors du champ professionnel. Malgré leurs questions, ils n’attendent que des réponses positives, et pas de connaitre nos pensées ni nos soucis personnels.

  17. Maxime Dit:

    Un chat qui ne sent pas bon, c’est qu’il doit être très malade…

  18. Atrlx Dit:

    en même temps, boire du cannabis et fumer du rhum, fallait pas s’étonner… de là à imaginer que c’est la visite de la patiente du vendredi qui pousserait à consommer ce cocktail détonnant justement le vendredi soir… en complément de ce billet, une petite question : quid de certains patients (s’il y en a) qui s’imaginent être en face d’une bonne copie et posent tout de go les questions les plus personnelles qui soient en imaginant que c’est du donnant-donnant ?

  19. Atrlx Dit:

    en même temps, boire du cannabis et fumer du rhum, fallait pas s’étonner… de là à imaginer que c’est la visite de la patiente du vendredi qui pousserait à consommer ce cocktail détonnant justement le vendredi soir… en complément de ce billet, une petite question : quid de certains patients (s’il y en a) qui s’imaginent être en face d’une bonne copine et posent tout de go les questions les plus personnelles qui soient en imaginant que c’est du donnant-donnant ?

  20. Dominique Dupagne Dit:

    Bonjour Jaddo,
    J’aime bien comme tu casses le cliché de la petite Jaddo à couettes qui frisait le kawaii.

    Merci de refuser la facilité, la bisounurserie.

    La vie est compliquée, nous avons tous nos parts d’ombre et de secret. Quelle que soit l’impression d’intimité que nous avons avec nos patients ou nos amis, nous ne sommes pas à l’abri de grosses surprises. Le savoir permet de ne pas s’en étonner, et surtout de ne pas juger à l’aune de ce que nous croyons être la normalité, et qui l’est rarement.

  21. Beatnick Dit:

    Je me suis toujours posé la question : mais que penserait mes patients en me voyant picoller à un festival de Métal en hurlant et Headbanguant dans tous les sens devant un concert de Amon Amarth (http://www.youtube.com/watch?v=P3WJX1cIuY4) ? Sans compter les virée entre bikers, ni les tatouages que je cache soigneusement sous ma blouse bien blanche…

  22. Dr 1m50-40kgs toute mouillée Dit:

    Les facs devraient utiliser ton texte pour illustrer les cours si théoriques du DES sur la relation médecin-malade! (D’ailleurs, la lecture de ton livre devrait être obligatoire, genre pour l’exam de P1 (quoique j’avais bien aimé Cyrulnik, même si c’était moins utile en pratique)…non, en fait, la lecture de Jaddo devrait être déclarée d’utilité publique à l’échelle nationale, tellement c’est juste.)
    En tout cas, c’est là un vaste sujet…moi je vois plutôt ça comme du cas par cas qui dépend à chaque fois de plein de facteurs: j’aime quand Mme « j’ai-mal-partout-mais-vous-pouvez-rien-y-faire » avoue finalement qu’elle a demandé une visite parce qu’elle s’ennuie, et je l’écoute un peu me raconter ses histoires de guerre et de mari (c’est mieux qu’un anti-dépresseur, non?), je ronge mon frein quand monsieur « sympa » finit la consultation dans un laïus vantant ses trajets à 250km/h et ses techniques anti radars, j’écoute hypocritement monsieur « cordial », tout mielleux avec moi, depuis que je sais qu’il est odieux avec les secrétaires ; aux patients qui me disent gentiment que j’ai l’air d’avoir 17 ans, je réponds que j’ai 3 enfants et je développe si il sont vraiment sympas, aux patients qui me demandent à brûle-pourpoint où j’habite je réponds dans ma tête « qu’est ce que ça peut vous foutre? », à la déprimée qui vient me voir pour pleurer parce que son chat est mort j’écoute et je réconforte mollement alors que tout ce que je voudrais c’est la faire taire en lui hurlant que moi je viens de perdre mon père…
    Bref, comme disait Sempé, rien n’est simple… (et encore, pas d’histoires de meurtre ou de coke là-dedans!)

  23. cardiologue de brousse Dit:

    suis-je un copain pour mes patients ?
    non, et je n’en ai pas vraiment envie

    suis-je un confident pour mes patients ?
    non, s’ils ne se confient pas à moi

    suis-je le médecin qu’ils s’imaginent ?
    suis-je le médecin que je m’imagine ?

    va savoir…
    tout se complique !

  24. Boa Dit:

    C’est vrai que c’est dexterien, ces facettes perso cachées, le jeu des masques. Le jeu se joue des 2 cotés, avec l’un des participants qui est équippé d’un vrai déguisement blanc (et s’en sert comme armure pour conserver sa lucidité ?). Et puis il faut arriver à se protéger un peu émotionellement pour moins en baver une fois la journée finie. Cette capacité d’encaissement a tjrs suscité mon admiration envers ce style de métier/vocation.

    Pas mal de ceux qui se confient doivent rechercher l’image solide et rassurante de cette blouse blanche. Quelque chose d’infissurable, rassurant, raisonnable… parfait ? Peut-etre qu’en apercevant la part de folie (ou de normalité) de leur medecin, certains se confieraient moins, ou accorderait moins de crédit/sérieux aux conseils. Mais d’autres peut-être plus, en se sentant plus proches. Il n’y a donc pas de réponse-qui-marche-tout-le-temps ? (une réponse statistique peut-être : les codes & usages en place depuis des lustres dans le monde médical nous soufflent la réponse)

    C’est un peu désequilibré, comme relation. Recevoir tant de confidences (ok, tout le monde ne se confie pas, oui, il y a des menteurs… mais quand meme à la fin de la journée, voilà la dose recue!) et devoir garder ses distances… dur dur. Ya intérêt à avoir ses propres oreilles confidentes à coté… ou être extremement solide pour pas faire renverser par ce déséquilibre.
    Les patients ne savent souvent que très peu de leur medecin, mais d’un coté, ils sont pas à la recherche des indices du diagnostic, eux; et puis il faut arriver au résultat en 20min, ça limite :D

    Bien difficile de dire à priori quel détail confié aura son importance, et quel détail aura été juste le liant de confiance permettant ensuite d’ouvrir la porte du détail suivant qui lui sera critique. Navigation sans instrument/GPS…. au petit bonheur la chance. Je pense que oui, tu es meilleur medecin en sachant délier ces langues (apparament ca marche encore mieux avec les patientEs ;) )

    Tu dois pas si mal cerner que ça cette partie de toi qui s’addresse au patient, non ? (et Jaddo à l’intérieur qui doit rugir parfois, enfermée dans sa blouse-prison ^^). La question « quelle partie de moi? » vaut peut-être pour eux.

    J’espère que ton « passager » est pas trop lourd à trainer ;^]

  25. Eloclaire Dit:

    Ouf.. On a cru que tu étais partie avec la gloire de ton livre..

  26. leben Dit:

    Est on seulement toujours tout ce qu’on a été ?

  27. Kirua Dit:

    « Alors pour un instant, pour un instant seulement moi je la crois monsieur. Pour un instant, pour un instant seulement parce que chez ces gens-là Monsieur…On s’en va pas. »

  28. Will Dit:

    Très bon billet. Seul reproche, la formulation « parce qu’y » ou « j’y dirais ». C’est très, très agaçant.

  29. Youpi Dit:

    Chouette, un message, depuis le temps que le blog était plus actualisé… :P

    En bon patient, je m’inquiète parfois de la santé de mes docteurs… Mais ils se planquent bien, les bougres!
    J’ai pris une fois au dépourvu mon généraliste. J’étais en avance, je le vois arriver essoufflé. Moi, je l’imaginais: le gars pépère, rythme intense mais pas fou non plus. Je m’inquiète, l’interroge de son essoufflement: il sortait de 6 consultations à domicile au 4 coins du pays (et le pays est vaste!). Et la journée précédente avait été dure. Bref, moi qui à le voit toujours souriant, je m’imaginais mal ce gars donner des consult’ à domicile (dans le trou d’où je venais, la chose était inconnue. La consult’ à domicile, c’était le samu ou sos médecin qui l’assurait). Et se dévouer à fond. Respect.

    Pour revenir au post auquel tu fais référence dans le début de l’article ( http://www.jaddo.fr/2008/09/07/a-notre-sante/), mais le truc que ces prescripteurs de « vo-lon-té » et de salades, « ce qu’ils oublient, c’est le plaisir » (E. MacGregor, Trainspotting, 1996). Si fumer était dégueulasse et les salades plus délicieuses qu’un steak, la question ne se poserait pas!

  30. jp de plancher Dit:

    Ha enfin un ptit truc à lire
    Et à faire cogiter grave, j’ai pris le temps de relire tout Socrate avant de répondre…non je déconne!La bonne nouvelle c’est que t’es arrivé au bout de diablo, au fait sympa ce jeu?
    Sinon chapeau bas , le questionnement , une fois de plus, nous fait prendre un peu de hauteur, ça fait du bien après une journée de consultes .
    Après 20 ans d’exercice ,tu sais que tu connais jamais tout de tes patients et c’est sans doute sans importances pour ce qui est notre role, à savoir la cogestion avec eux de leur santé,en toute humilité

  31. Cath Dit:

    Bonjour,
    Heureuse de vous voir de retour.
    Le plaisir de la lecture, l’émotion et les frissons en plus.
    Il y a une dizaine d’années, mon généraliste était au bord de l’épuisement, trop de patients,trop de boulot.
    Les we où il n’avait pas de gardes, il les passait chez ses beaux-parents pour se reposer et ne pas être harcelé.
    Je ne lui ai pas posé de questions, j’ai vu son visage.
    Je lui ai parlé d’un médecin que je connaissais bien et qui s’était suicidé quelques semaines plus tôt, marié, quatre enfants, trop de patients, trop de boulot, trop dévoué…
    Je l’ai revu trois mois plus tard, il avait un assistant (en Belgique, il faut deux ans de formation chez un praticien agréé et confirmé avant de voler de ses propres ailes); quant à lui, il était transformé, plus détendu, plus à l’écoute, moins stressé.
    Aujourd’hui, il s’est associé avec la dernière, une jeune médecin vraiment exceptionnelle, il a une secrétaire chaque matinée, il a plus de temps surtout pour lui.
    Quant à moi, si c’est vraiment nécessaire, je vais à sa consultation; sinon je prends rendez-vous.
    Je ne lui impose pas mes problèmes existentiels, j’ai une super psy.
    Je le connais depuis 29 ans, il soigne toute ma famille. Je l’ai vu pleurer la nuit où ma mère est morte, je l’ai vu pleurer le jour où mon père est mort.
    Je fais 100 km aller-retour quand j’ai besoin de lui et je n’imagine pas aller ailleurs.
    Merci pour ce nouvel article,j’attends déjà les suivants avec impatience; gourmande, j’en veux toujours plus…

  32. Eloclaire Dit:

    Ben dites donc Cath, j’aimerais que mes patients puissent dire ça de moi.. Votre post me touche profondément.

  33. bruno Dit:

    « Pour un secret confié, combien sont tus ?
    Qu’est-ce que c’est, de connaître un patient par cœur ?
    Qu’est-ce que ça change, en définitive, que je sache que Mme Chèvre a fait dix-huit ans de prison ? Est-ce que j’aurais dû mieux chercher, ouvrir plus de portes ? Est-ce que c’est simplement venu quand ça devait ? Est-ce que ça a la moindre importance ?
    Est-ce que je suis un meilleur médecin en sachant tout ça ? »

    Pour la médecine je ne sais pas trop quoique …
    Par contre « hébergeur de secrets » « partageur de vie » je trouve que c’est un beau métier et moi j’aime bien le faire…
    Que des fois (souvent) on fait ce métier pour se faire plaisir, pas que pour savoir si ça fait du bien aux gens et si en plus en face les patient sont contents tant mieux

    Et sinon, et j’ai un peu honte d’étaler mon inculture anglophonique absolue, « dark passenger » c’est une expression courante en anglais ou bien c’est une allusion au sérial Killer le plus sympathique et craquant de la culture télé américaine?

    PS: on attend longtemps avant de vous lire mais c’est bien évidemment encore meilleur

  34. jepasse Dit:

    Personne ou presque n’a commenté la sodomie! C’est pourtant l’élément adorable du post. Félicitations à Jaddo pour sa bonne santé!

  35. Ted bundy Dit:

    Après j’ai tué un chien, qui aboyait dans mon espace vital. 20 ans avant MW3.
    Après sommations bien entendu.
    Après réunion de SPA, flics, voisins, casques bleus ONU même.
    Sans effet.
    Je le dis régulièrement aux patients.
    Pas de remarques jusqu’a présent, je crois qu’ils ont peur des réactions possibles.

  36. sebdoc Dit:

    effectivement, pour suivre le message de jepasse, je me dit que maintenant tous les patients qui ont lu ce dernier post vont se dire interieurement en voyant leur médecin, « et elle (lui), comment vit-elle (il) sa sexualité » … merci JADO !

  37. Sophie Dit:

    « Quand on regarde les gens, on n’en voit que la moitié. »
    Parfois, en leur parlant, un peu plus, sans qu’on sache jamais très bien quelle part.
    Ne pas juger, donc, et ne pas classer non plus.
    Qu’il fait du bien, ce texte. Merci.

  38. (Vis) Ma vie de Maman Nashii » Grand jeu concours ! Mais y’a rien à gagner… Dit:

    [...] pépins de courgettes, de courges, de potiron, de citrouille et de potimarron, je suis un peu comme cette fille, qui « ne sait pas du tout de qui elle est enceinte, parce qu’il y avait beaucoup de [...]

  39. pleyber christine Dit:

    Les patients savent pourquoi ils viennent nous voir et nous pas tout de suite enfin pas tout et des fois pas beaucoup plus. La relation si elle s’établit permet d’être épuisée sans que ce soit visible ; vous êtes là ou vos patients vous ont placée: imputrescible inamovible .Une psychiatre c’est mieux qu’une amie m’a dit une patiente… Il faut rester a sa place et j’aime mon travail . Et comme vous dites pourtant il y a une interaction entre ce que je suis et mes patients et c’est comme cà que cà fonctionne . Amelie nothomb parle tres bien de ce qu’elle peut vivre avec ses fans (dont je suis) dans « une forme de vie. » Elle repond au courrier mais n’ira pas prendre le café avec ses lecteurs.Confraternellement ,et j’aime Brel aussi

  40. Zou Dit:

    Ouf, vous m’avez manqué :-)

  41. LiliLEponge Dit:

    Beaux exemples de confiance patient-medecin.
    Applicables aussi aux relations humaines.
    Combien d’amis ou simples connaissances se confient a nous et nous devoilent des secrets parfois tres bien gardes parce qu’il y a eu « un truc » entre nous?
    Mais de ces memes personnes, combien savent (ou juste s’interessent a) ce que nous on garde enfoui? Qu’on aimerait bien partager aussi mais dont on n’est pas sur que les autres sont prets a le prendre.
    Un ami m’a dit il y a peu « il y a les energisants et les energivores ». Ceux qui te requinquent quand tu les vois (c’est souvent ce qu’on attend du medecin) et ceux qui t’epuisent quand tu sors d’un entretien (c’est ce qui arrive avec certains patients asphyxiants ou medecins qui te racontent plus leur vie qu’ils n’ecoutent la tienne)

    Tu te demandes ce que tes patients savent de toi, la question est surtout qu’est ce qu’ils veulent savoir et sont prets a entendre…

    Le culte de l’apparence…
    C’est quand meme plus rassurant un medecin qui montre qu’il va bien et donne des lecons qu’on medecin perdu et qui vient en chercher, non?

    En tout cas, un beau lacher de ballons, pas tres legers cette fois, mais qui donnent a penser…
    Encore merci.

  42. Désuet Aigri Dit:

    Une réponse rapide simple et efficace aux questions existentielles: Est-ce que « tout » connaître de quelqu’un améliorerait la prestation médicale. Si on est un matérialiste, la réponse est NON. Il est oiseux d’aller spéculer sur l’inconnaissable par nature. On le fait si on a rien d’autre à faire. Là, un malade, c’est une relation temporaire empathique. Il faut l’aider dans la mesure du possible avec ce qu’on sent et ce qu’on connaît de la médecine. Quant au passé …

  43. gilda Dit:

    Au fond, lesquels ont vraiment de l’importance pour le médecin : celle qui boit car ça peut changer des choses physiquement, de même que la présence auprès d’elle d’un homme violent, l’AVC de coke aussi, pour l’enfant à naître ce serait mieux de savoir le père parce que quand même il y a des trucs héréditaires que c’est mieux d’être au courant.
    Le reste, il faudrait pouvoir faire abstraction même si rien n’est si simple, non, rien.

  44. Babeth Dit:

    Avoue, t’as fait exprès pour les googlars hein! (là je viens de voir « elle branle les vieux à l’hôpital » dans mes requêtes, je commence à m’inquiéter pour toi du coup!)
    Très beau billet (comme d’habitude), et très chouette réflexion. En effet, que sait-on de nos médecin/patient/bénéficiaire/boulanger/caissier/ami/parent…

  45. johan Dit:

    Vous confirmez ce que j’ai toujours pensé: le sexe et la drogue sont les deux piliers d’une vie saine et épanouie, bon moi je me contente d’un verre de vin de temps en temps et pour les soirée on est toujours que deux ma femme et moi, mais c’est un bon début non? pour la sodomie je suis pret a faire un effort mais les crottes de nez je vais faire l’impasse si vous permettez. en tout cas faites bien attention a ne pas trop contrarier vos patients avant de bien les connaitre ( après trois ou quatre ans donc )
    Bonnes vacances

  46. Isabelle Dit:

    « c’est quelle partie de vous qui rencontre quelle partie de moi ? »
    Elle me plaît, celle-là, je la garde.

    Je suis de la génération qui a appris les maths avec des patates. C’était tout nouveau, dans les années 70 la mathématique moderne et nos instits qui n’étaient pas encore des professeurs des écoles s’amusaient manifestement comme des petits fous à nous dessiner des ensembles, à colorier les intersections, les réunions, etc…
    Ben, des maths, ça fait un moment que je n’en fais plus – quand j’ai eu la prétention d’aider ma fille pour son bac, littéraire de surcroit, je me suis tapé la tehon de ma vie – mais les patates, ça m’est resté.

    Et quand je pense relation humaine, je pense « patates ». Toujours, quand je rencontre quelqu’un, j’ai conscience que c’est seulement un bout de ma patate qui rencontre un bout de sa patate, souvent toujours les même bouts, d’ailleurs, tellement on est paresseux dans la vie et qu’on reproduit les choses à l’identique.
    Et, quand la relation est « professionnelle », je veux dire quand c’est moi la pro dans la relation, je tâche de la faire la plus petite possible, ma patate, tout en essayant d’élargir suffisamment celle de l’autre pour que je puisse faire quelque chose pour lui.

    Suffisamment ! Ça veut pas dire toute la patate non plus. J’ai besoin de savoir si ce gamin qui n’arrive jamais avant 10 heures du matin passe ses nuits sur sa DS à l’insu de ses parents ou s’il les entend se foutre sur la gueule jusqu’à portron-minet, parce que je ne réagirai pas pareil dans les deux cas. Mais je me fous un peu du nom de son groupe de rap préféré, alors que pour lui, c’est peut-être ce qui définit le mieux son identité.

    Et puis, je n’oublie pas mes soirées passées avec Hugh Laurie et je pratique beaucoup le doute méthodique. Si ça se trouve, la femme du mec du hameau, elle a jamais été en prison, elle a peut-être même jamais eu de premier mari : elle a juste dit ça pour faire son intéressante et avoir un beau billet sur ton blog :p

  47. Le tepee blanc Dit:

    De l’humour et une réflexion profonde. Beau mélange plein d’authenticité qui m’amène à me poser plein de questions. Ca va être dur demain à l’hosto en allant voir le padré. Moi qui livre quelques un de mes états d’âmes aux IDE, ASD ou ASH du service…je vais peut être regarder ça d’un autre oeil…mais avec le sourire.
    Merci pour ce billet Jaddo.

  48. KingJu Dit:

    Salut,

    Je suis ton blog et j’ai lu ton bouquin et je dois dire que tu me motive encore plus à devenir médecin. Toutes ces histoires me confirment le fait que ce métier me passionne. Je te remercie !

    PS: Si tu as le temps j’ai aussi un blog sur ma première année de médecine.

  49. zelegdom Dit:

    J’aurais envie de rebondir sur tout ça, mais je n’ai ni la place ni le talent…
    Je reste sur cette question,
    « Quelle partie de vous rencontre quelle partie de moi? »… Et je la garde en tête pour les patients que je verrai demain.

    Vraiment un bel article, merci.

  50. jg81 Dit:

    Moi aussi, j’adore Brel

  51. moyra Dit:

    En tant que patient, surtout avec son généraliste, on a besoin d’établir une relation de confiance – confiance réciproque – et puis, quand on va voir son médecin, on parle d’intime : mes amis ne savent pas que j’ai des hemorroides, mon médecin, je dois lui dire pour les traiter…alors on a aussi peut-être envie d’être autre chose que des hemorroides ?
    Je viens d’apprendre, par sa remplaçante, que mon médecin traitant était malade. Gravement. Car elle ne sait pas s’il va reprendre. Je n’ai pas osé en demander plus (elle n’aurait pas le droit de répondre). Mais je suis désolée pour lui.
    Et oui, on passe des messages de soutien, et oui aussi, avec une arrière pensée un peu coupable très pragmatique : il va falloir retrouver, peut être, un autre médecin avec qui il faut à nouveau bâtir cette confiance réciproque.
    Merci en tous cas Jaddo pour témoigner de ce qui se passe, pour les patients, de l’autre côté du miroir.

  52. 2fois2cinq Dit:

    énorme

  53. idg Dit:

    Ca ne vous a jamais fait tout drôle, a vous médecin, de croiser dans le couloir en partant de l’hopital, les patients que vous soignez? il n’y a pas deux heures, vous leur avez annoncé, la mine sévère, la maladie grave; vous avez longuement expliqué le traitement proposé, la guérison espérée.. Et la, le soir, vous voila en jean troué et baskets avachies, le sac sur une épaule, au téléphone avec maman, et vous saluez MrX ;  » euh, a demain! » . ce discret malaise.. reflet d’un manque d’assurance? jeune médecin assumant encore incompletement son role de soignant?
    L’entrechoc de deux personnes différentes… (vous me direz, le probleme disparait quand on troque les vieilles godasses pour un élégant smoking ou de jolis escarpins.. l’habit, le moine, bref..).
    Les personnes soignées rencontrent la personne professionnelle que nous leur présentons; ce role social que nous endossons avec la blouse, cette facette de nous que nous faconnons chaque jour en pratiquant notre métier.
    Pour le rôle du médecin, le script est écrit a quatre mains. En premier, celles des gens malades, qui projettent leurs angoisses, leurs souffrances, leurs espoirs.. A travers eux, la société entière… S’éloignant du fameux modèle paternaliste pour aller vers une relation se voulant plus équilibrée.
    Ensuite, les collègues, les équipes;
    Et enfin, surtout, la représentation du médecin par lui même; basée sur des modèles admirables (j’espere..) et melée de chaque personnalité particulière… Voila je pense, la personne qui accueille ses patients au cabinet. C’est bien plus qu’un jeu de théatre, c’est aussi réel que le reste si c’est bien fait, c’est une personne construite pièce a pièce, et on espère aboutir a un résultat délicat et solide.
    Et derrière, en coulisse, toute une intimité, des aspects de personnalité privés, qu’il est bon de protéger, de développer a part, de séparer…
    Dr Jekill?
    Mr Hide nous permet peut être de nous « blinder » sans devenir indifférent a la souffrance…
    Travail d’équilibriste de longue haleine…
    J’ai peur, si je mets trop de mon moi « privé » dans mon moi « médecin », de m’y noyer, de me perdre, de ne plus avoir la possibilité de prendre du recul.
    bref, c’est un métier prenant.. Nos ancêtres médecins de campagne ne se posaient pas ces questions mesquines: ils étaient médecins a part entière, 24 heures sur 24, sans compromis ni hésitations!
    Merci en tout cas pour ce nouveau post très attendu, et les questions soulevées sans réponse tranchées… Nuances et incertitudes, vous soulevez toute la richesse et la beauté de notre métier.

  54. Hors Service Dit:

    Alors bonjour!:)

    Perso, je n’ai pas la même approche. Quand je vais chez un médecin, j’y vais parce que je n’ai pas le choix, pour être soigné. Oh, il est très sympa et on discute un peu, mais c’est comme pour les voisins, je n’ai pas envie d’aller plus loin que les banalités.
    Chacun a bien sûr sa relation humaine particulière, mais c’était juste pour nuancer tous ces commentaires de belles relations avec leur médecin…
    Moi, je n’en ai aucune, et je n’ai pas envie d’en avoir.

    J’ai d’autres amis qui me servent de confessionnal si besoin.

    Hé oui, je préfère mes consultations courtes et efficaces plutôt qu’humaines:)

  55. Eloïse Dit:

    Salut Jaddo!
    Je ne sais pas où mettre çà….Donc ce sera là.
    JE SURKIFFE TROP TON BOUQUIN!!!!!!! MERCII!!!!
    Je me sens moins seule, çà fait du bien!!!
    Je suis sage-femme et je peux te dire que je m’énerve toute seule bien souvent….
    Merci ,donc pour le fond, et aussi pour la forme!!! J’adore ta plume.
    C’est ptèt’un peu trop familier ,mais …Bisous!!!

  56. OlivierNK Dit:

    On s’étonne qu’il n’y ait plus de médecin disponible quand on en a besoin d’urgence, mais au vu des blogs de ces branleurs, il n’y a presque plus que des gonzesses et des pédés. Pas étonnant que l’icône des médecins blogueurs soit finalement une sale enculée. Ni qu’elle joue à WoW le repaire des kikoolols, je parierais même qu’elle est du côté de la Horde. Les vieux de Lozère ou des Vosges peuvent commencer à creuser leur tombe tous seuls, « ça » risque pas de venir les soigner… ^^

  57. trop serieuse Dit:

    juste pour OlivierNK ^^
    http://sous-la-blouse.blogspot.fr/2012/06/bons-baisers-de-trou-paume-sur.html?spref=tw%C3%A9

  58. OlivierNK Dit:

    déjà vu :o)

  59. Xépénéhé Dit:

    En médecine ,comme dans la vie,on ne peut pas tout connaitre d’une personne.
    Il faut l’accepter,c’est tout.
    Il parait meme que chacun d’entre nous à un secret caché!
    Il y a deux mois,j’ai revu un patient insomniaque depuis de nombreuses années et sous médocs.
    En sortant il me dit: »vous savez docteur ,je faisais parti des services secrets sous foccard et la françafrique.Et si je ne dors pas le soir,c’est que je revois le visage des hommes que j’ai tué.Meme ma femme l’ignore ».

  60. LBV Dit:

    « Quelle partie de vous rencontre quelle partie de moi ? » jaddo j’ai juste envie de dire je t’aime , comme j’aime cette chute!! ça résonne tellement en moi cette interrogation; comment il se fait que ce jour là , cette consultation là il se passe ça , il se déroule cette partie de son histoire ? la présence de l’interne? mon écoute différente? parce que ça déborde ce jour là ? sans même qu’il/elle sache vraiment pourquoi ? les confidences parfois très troublantes qui se déversent, qui dessinent une autre facette de cette personne qu’on avait l’impression de commencer à connaitre. Parfois la première personne qui les entend et parfois sans trop savoir ce qu’il faut en faire au delà de les accueillir, d’être là pour entendre ce qui doit être dit. Parfois ça débouche sur un travail plus long , parfois sur rien du tout , juste une bulle qui a éclaté a la surface et puis ça ne va pas plus loin. En se mettant en posture d’éducation thérapeutique en cherchant les représentation les projets de vie etc on  » tombe  » aussi parfois sur des confidences pas toujours tristes. je me souviens de ce patient si touchant quand il m’a appris qu’il avait appris à lire à 52 ans après avoir été licencié de son poste d’OS chez Renault dans les années 80, il était tellement fier de me poser libé sur mon bureau en me disant « maintenant je lis même le journal! » Enfant il avait été chevrier dans les montagnes de Kabylie et n’avait jamais été a l’école; je l’aimais bien avant cette consult et il m’impressionnait après… Merci d’être revenue JAddo, ton bouquin continue d’être en bonne place au cabinet et passionne aussi bien les internes que les externes ( bon t’es un peu concurrencée par Borée en ce moment ;-))A+
    LBV

  61. ju Dit:

    Simplement Merci !

  62. Vivi Dit:

    Heuhh pour le chat, avant de faire quoi que se soit à cette pôv’bête, vous m’appelez d’abord, d’acc. Doc ?

    Je viens de découvrir vos écrits (suis en train de… ), malgré certains termes techniques inconnus, je passe d’excellents moments et ris !! On comprend mieux vos vicissitudes !! Mon cher docteur à moi risque bien de le recevoir, votre ouvrage !! En attendant, il est à disposition de mes lecteurs dans notre bibliothèque ! Continuez à nous faire du bien.
    Vivi bibliothécaire helvète !

  63. manoelle Dit:

    Chouette, ça recommence.
    J’espère que tout allait bien depuis février;
    Merci pour tout. Je suis généraliste depuis 30 ans en Belgique et tu arrives à mettre des mots supers sur ce que nous pouvons vivre .

  64. Lilinetta Dit:

    J’adore ! Je trouve que les secrets des gens révèlent toute leur humanité… Comme la vie serait fade sans tout cela… :)

    Je suis contente qu’il y ait un nouveau texte, ça faisait si longtemps !

  65. deepsbabou Dit:

    T’as vraiment tué un chat?

  66. lap1.blanc Dit:

    Et oui, le transfert, c’est pas que pour ces connards de psys ;)

    Plus sérieusement, en tant que patient, je sais comment je marche. L’histoire de la confiance, c’est vrai. L’histoire du « secret médical », aussi. Savoir qu’un médecin peut nous soigner, ça compte.

    Et du coup, à expliquer, c’est un peu la merde.

    En consultation, je vais voir mon médecin, mais je suis incapable de lui dire des choses importantes avant 4 ou 5 consultations. Quand on sait que je vois mon toubib tous les 2 ans, ça vous donne une idée de la merde que c’est. ^^

    Mais pour le coup, je sais très bien quelle « partie » du médecin je veux. Même quand c’est la remplaçante super mignonne que si j’avais pas su qu’elle était médecin et que je l’avais rencontré en soirée, j’aurai tout fait pour « mieux la connaître », savoir si elle aime la sodomie, par exemple.

    En tant que patient, c’est le « moi qui souffre » qui s’adresse à « l’affect professionnel ». Être médecin, c’est aussi avoir une dose d’empathie, et c’est cette dose qu’on va chercher.

    Est-ce nécessaire ? Je ne suis pas professionnel de la santé. Mais je pense que ce lien permet de faire passer des informations qu’on n’arrive pas forcément à formuler, ni dont on a forcément conscience d’ailleurs. Est-ce que savoir qu’on a fait 18 ans de taule aidera à mieux comprendre les tenants et les aboutissants d’un symptôme ? Non. Pas directement. Mais en créant ce lien avec le patient (et vice-versa), on instaure un canal communicant d’autres informations. On se sent en confiance devant un regard qu’on veut objectif, ce qui est dur, car « l’oeil objectif » a toujours tendance à juger et dénigrer, surtout lorsqu’on va mal.

    Voilà le sens, je pense, de toutes ces confessions. Elles n’ont pas d’importance dans les messages qu’elles transportent mais dans la relation qu’elles créent, dans le chemin qu’elles tracent.

    Dans l’autre sens, est-ce que savoir que son médecin est adepte du SM changera le regard ? Je n’en sais rien. Est-ce nécessaire ? Non, car il n’y a que dans le travail sexuel qu’on a besoin de connaître de telles informations. En dehors de cette branche professionnel, « un professionnel ne se fait pas sodomiser ».

    Est-ce que ça romprait le lien dont je parle juste au dessus ? Peut-être pas, peut-être cela pourrait le renforcer, mais je ne crois pas. On ne soigne bien que lorsqu’on laisse une distance entre patient et médecin (cette distance professionnelle, cet « oeil objectif »), à mon avis, mais ce n’est que mon avis, il vaut ce qu’il vaut, c’est à dire rien.

    Un médecin n’est pas un ami. On peut rire avec son médecin, plaisanter, se confier, etc. certes, oui, mais tisser des liens d’amitié, non. Si c’est le cas, il faut se trouver un autre médecin.

    Est-ce qu’on a envie d’en savoir plus sur son médecin ? Oui. Est-ce qu’on doit en savoir plus ? Je ne pense pas.

    Lorsque je croisais mon ancien toubib dans ma ville, je le saluais, « ça va ? » et voilà (je n’ai jamais croisé ma toubib actuelle). Et pourtant je l’appréciais (j’apprécie aussi ma toubib actuelle hein). Pourtant, c’est le pharmacien qui m’a appris qu’il était mort d’une rechute de leucémie (j’avais appris qu’il s’était remis d’une première plusieurs années après avoir commencé à le voir, par la voisine).

    Un médecin, quelque part, c’est un héros. Il aide et sauve des gens, il s’implique, il donne le meilleur de ce qu’il peut, avec ses failles humaines. Et il meurt sans que ceux qu’il a aidé ne sachent qui il est vraiment. On espère juste qu’il était bien entouré, de son côté, parce qu’il le méritait, ce héros, c’était quelqu’un de bien. Et comme tous les héros, on espère avoir celui qu’il faut, sans avoir forcément celui qu’on mérite.

    Et un héros, on a besoin de le fantasmer (rien de sexuel hein !), pas de savoir qu’il mange ses crottes de nez. C’est aussi ça, être un bon médecin.

  67. lap1.blanc Dit:

    (alors bon, je fais l’amalgame « sodomie = SM » alors que c’est pas du tout du tout du tout vrai hein, la sodomie n’est pas une pratique SM. C’est juste que je voulais sortir du contexte « imposé » par l’article mais j’y suis revenu subitement en fin de phrase, désolé)

  68. Mohican Dit:

    Je m’en doutais bien un peu, j’avais comme une intuition, maintenant c’est confirmé :

    JADDO est l’acronyme de J’ADore la soDO.

  69. Thanh-Liem HUYNH Dit:

    Non, non et non !
    Je suis sûr que vous avez tous tort, et que cette partie là est inventée. Parce que Jaddo, ben c’est Jaddo quoi avec ses couettes et que c’est déjà suffisamment dur de l’imaginer avec une cigarette aux lèvres.
    Na ! ;-P

  70. flo Dit:

    Le medecin de mon village s’est suicidé l’année derniere . Je l’avais bien trouvé bizarre a la derniere consult distant un peu ailleurs . J’ai failli dire « vous avez l’air triste , tout va bien? » mais je me suis tu trop intime comme question , de quoi je me mele.
    Il parait qu’on a 7 voiles en nous on souleve le premier pour nos connaissances , les 2 suivants pour nos amis on peut aller jusqu’au 5 eme avec l’amour de notre vie mais personne ne voit jamais au dela du 6 eme …

  71. Rafa Dit:

    Ay ay ay
    J’aurais pas du vous lire avant de recommencer à consulter!

  72. Anne Hecdoth Dit:

    Jolie chute. C’est très émouvant.

  73. Flo Dit:

    Je pense que les patients ne veulent surtout pas vraiment connaître leurs médecins. Pour moi ils doivent garder un « masque » rassurant. J’ai l’impression que les médecins sont un peu comme nos parents petits. On leur fait confiance, on s’en remet à eux mais, on ne veux pas les imaginer dans leur « humanité » avec leurs défauts, leurs doutes, voire leurs perversions ;)

  74. titi Dit:

    Ca faisait longtemps.

    Je passais par là pour voir si j’y étais.
    Et puis oui.
    Et j’ai chialé, comme d’hab.

    Parce que pareil, la petite remplaçante (collaboratrice en fait, mais je leur épargne la subtilité).
    Je suis mercredi, pas vendredi.
    Je suis AirMax, pas couettes. Je suis gros mots aussi, mais je fais des progrès.

    Facebook reçoit quotidiennement mes anecdotes rigolotes. Mais tous les trucs pourris hein? Dans les oreilles de maman (hé, oui, pareil), dans les oreilles de ma p’tite soeur, mais pas tout. Par texto aux copains généralistes de même génération. Donnant-donnant. Je te livre un truc affreux, tu me livres un truc affreux. Je te confie que je me sens nulle d’avoir perdu du temps, tu me confies que tu n’as pas vu un signe de gravité, et inversement la prochaine fois. On se vomit les uns sur les autres en fin de compte. Ponctuellement ça fait du bien. Et à long terme, tu crois qu’on « s’habitue, c’est tout » à tous ces secrets qu’on n’a pas forcément envie de recevoir, ou pas forcément la force de garder (pour quoi?)?
    J’aimerais mieux ne pas me poser la question. Mais elle revient, parfois plusieurs fois par jour. Alors, oui, d’accord, c’est gratifiant le moment où le secret sort, mais voilà, ce moment tant attendu (parfois), on en fait quoi? Est-ce que c’était si malin de le chercher?
    J’ai pas la réponse, putain, putain, putain.
    J’ai pas la réponse. Et je crois que personne ne l’a. Et qu’il faut que je m’habitue à ça…

    Ca va être long 30 ans.

    Nota Bene: je ne te vouvoierai pas, respect oblige

  75. cedric (toubib) Dit:

    Putain, t’es balaise quand meme.

  76. Pierre Dit:

    Belle note, un article très touchant, très intéressant qui me fait prendre compte que je vais exercer un métier formidable!

  77. Anerick du blog "Péripéties d'une infirmière" Dit:

    Jaddore (hi hi hi !!!) votre plume ! Légère mais affûtée, elle nous emmène jusqu’au point final sans souffrance.
    Nous livrons nos états d’âmes, nos secrets, nos plus profondes peines parfois sans retenue à la personne qui veut bien les recueillir. Inutile de connaître le personnage qui se cache derrière la blouse blanche, non ce qu’on veut c’est pouvoir sentir que la personne nous écoute vraiment et qu’elle nous inspire confiance. On ne veut pas la connaitre, tout comme on ne souhaite pas le croiser au supermarché parce que il y a une sorte de malaise qui pourrait s’installer du fait que chacun sait que l’autre sait. Suis-je clair ? Pas sûre…

  78. Loïs Dit:

    Très bon article.
    J’aime énormément ce que vous écrivez, et vous lire me donne toujours envie de m’orienter vers la MG !
    Bonne continuation !

  79. Geneviève Dit:

    Magnifique texte… Je suis « patiente », pas médecin. Je découvre votre blog et je vous tire mon chapeau !

  80. et-sante Dit:

    Magnifique texte… . Je découvre votre blog et je vous tire mon chapeau !

  81. Imhof Dit:

    Bonsoir,
    Une amie m’a fait découvrir votre livre. Le livre m’a permis de découvrir votre blog. Le blog m’a permis de découvrir Dark Passenger et: « Quand on se rencontre, autour de mon bureau, que vous pleurez et que je croise les bras, que je vous écoute en me frottant le nez ou en me mordillant les lèvres, c’est quelle partie de vous qui rencontre quelle partie de moi ? » , et là je suis restée scotchée. Tellement simple, tellement complexe, tellement juste ce qui se passe et est inexplicable. Merci de l’avoir si merveilleusement écrit

  82. Maaskin Dit:

    Beatnick, veux-tu être mon médecin traitant ? <3

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