Cheptel

15 mars, 2008

Quand on est externe, on n’est pas grand-chose.
Avant d’être externe, on est moins que pas grand-chose.
De moins que pas grand-chose à moins que rien, il n’y a qu’un pas. Et un pas, ce n’est pas grand-chose.

Juste avant d’être externe, on a, pendant un an, des stages de « découverte du monde hospitalier ».
A posteriori, je me dis que ça voulait sans doute dire : découvrir que le service de rhumato est au 5ème étage du gros bâtiment rouge là-bas au bout, qu’il y a un souterrain super pratique par temps de pluie pour rejoindre l’ancienne fac depuis l’hôpital pédiatrique, et que les sièges de la salle d’attente de cardio sont les plus confortables de tout le CHR.

Deux fois deux heures par semaine, donc, on découvre le monde hospitalier.
On débarque par troupeau de 5 ou 7, engoncés dans les blouses plus ou moins blanches qu’on a achetées nous-mêmes pour l’occasion, avec des longueurs, des coupes et des manches improbables.
Troupeau de pré-externes mal assortis, qui ne savent vraisemblablement pas quoi faire de leurs pieds et de leurs mains. Les mains finissent dans les poches vides de nos blouses qui ne servent qu’à ça, et les pieds aimeraient parfois bien finir autre part.

La plupart du temps, celui qui se déplace en tête du troupeau a largement le temps d’apercevoir dans les yeux du personnel du service l’angoisse et la consternation que notre arrivée déclenche.
L’hôtesse d’accueil hèle un chef et lance l’alarme : « Y a les D1 ! »
A quoi la réponse est, la plupart du temps : « Oh merde, on est mardi ?? »

Il faut les comprendre. C’est pas parce qu’on est mardi que l’activité du service s’arrête, et se retrouver avec un troupeau dans les pattes n’a rien de particulièrement réjouissant.
On nous parque dans la salle d’attente, le temps de nous trouver un berger providentiel.

Parfois on attend deux heures, et on s’en va.
C’est pas gentil.

Parfois on nous rabat dans une salle de réunion quelconque, et on nous donne à paître un cours sur la douleur thoracique ou l’embolie pulmonaire.
C’est gentil. Je ne vois pas du tout en quoi ça nécessitait de nous faire venir dans le monde hospitalier, mais c’est gentil.

Parfois on vient nous chercher pour nous faire voir ou nous faire faire quelque chose.
C’est très rare, mais c’est très gentil. A moi, ça m’est arrivé deux fois dans l’année, et la première sera l’objet d’un prochain post.

21 Réponses à “Cheptel”

  1. flo Dit:

    Et je te racontes pas quand tu es externe en pharmacie….une vraie expérience de la transparence !!

    Contente de te relire, je commençais à m’inquiéter.

  2. Ptysie Dit:

    Deux fois deux heures par semaine en D1 !! Une vraie chance (enfin pas tjrs à en croire la note !!)…
    Au sein de ma fac, à mon « époque » (je veux dire par là l’année au dessus & la mienne mais heureusement pour eux pas celle en dessous – la charnière Internat/ENC en fait), c’était 2h toutes les 3 à 4 semaines… Autant dire que même à ce rythme, on a testé les fauteuils de salle d’attente patients…
    Générations sacrifiées de la séméio clinique pratique, bonjour…Enfin au revoir plutôt…

  3. Niluje Dit:

    En ce qui me concerne on a de bon stages en D1 dans mas fac. Mais j’suis tombé sur une chef de clinique rare, très pédagogue et qui tient à coeur de nous préparer à l’externat à grand coup d’observes quand elle a le temps de nous corriger.

    Et c’est 2 matinées par semaines. D’abord dans un service choisi après tirage au sort (4 mois), puis en pédia (2 semaines), en psy (2 semaines), et en radio (1 mois).

    Mais à part avec cette CC de rêve, on sert quand même à rien et la plupart du temps on glande en attendant la fin.

  4. JeeP Dit:

    Aaah les stages du mercredi matin (on les appelait ainsi chez nous). Je n’oublierai jamais celui dit « de labo », où nous sommes restés une heure et demi assis par terre dans le couloir de l’anapath (il y a peu de salles d’attente en anapath, les organes préfèrent patienter debout) à jouer à la belote coinchée…

  5. Hérisson Dit:

    Bah chez nous on doit manquer d’esclaves dans les services : en D1 on est déjà externes! C’est à dire qu’on a un poste d’externe, on doit être là tous les jours comme les autres, mais sans le (minuscule mais tout de même présent) salaire. Bon, j’ai l’air de râler comme ça, mais j’ai eu trois stages géniaux en D1, où j’ai appris énormément à la mesure de mes connaissances d’alors, et plus on commence tôt mieux c’est, alors en fait oui : dans ma fac on a de la chance.

  6. JeeP Dit:

    Bof… tu verras avec le recul que les stages secrétariat ça n’apporte rien du tout. Et avant de commencer à étudier les pathologies, on ne peut pas faire grand chose de plus.
    Et même si on on la chance de tomber dans un stage où on apprend à examiner les patients et à faire une observ, si on ne sait pas mettre les choses en perspective en considérant le tout patient-maladie-traitement, ça reste pas mal de temps perdu.

    A mon avis.

  7. PERECil Dit:

    Ahaha. C’est exactement la même histoire que ma cousine m’a raconté en milieu de semaine dernière (elle venait chercher le Vidal). Bref, c’est marrant comme les médecins fuyent les pré-externes, alors qu’ils l’ont été, eux mêmes, il y a fort bien longtemps (ou pas).

  8. Pierre Dit:

    En 1973, c’était déjà pareil :-(
    On trainait 1 fois par semaine derrière un interne qui avait bien d’autres choses à faire…

  9. flora Dit:

    J ai vu pendant mon stage infirmier, il y a une 10n d’années:
    -la maltraitance des patients
    -faire un lit avec des draps ayant deja servi
    instructif….

  10. Anonymous Dit:

    je viens d’avoir une illumination en relisant  » « Oh, bah si un sirop ça marche pas, on va essayer une gélule, alors… » ??  » je me dis que « les gens » n’en n’ont rien à foutre de nos questions, veulent juste, et je crois que je les comprends, une solution immédiate à leurs problèmes.
    Evidemment ns ça ns excite d’avoir un raisonnement diagnostic en essayant d’être des héros. Mais la bonne femme qui a mal à la gorge… elle a juste mal à la gorge. La sémiologie elle ne sait pas ce que c’est, l’ »Interrogatoire  » elle n’en a jamais entendu parler, nos raisonnements non plus,nos préoccupations elle s’en fout, ta vie, la mienne, elle s’en fout, la médecine, elle s’en fout, et à la limite tant mieux pour elle

  11. Anonyme Dit:

    le souterrain: dans mon hôpital à moi de quand j’étais petite et qu’on a démoli depuis, il y avait un souterrain vachement pratique qui passait sous tous les différents bâtiments, qui servait aux brancardages et qu’on empruntait par temps de pluie pout aller au resto U (très bon. très réputé. le meilleur de la ville. On ne prenait de stage dans cet hôpital que pour le resto U).
    le couloir datait des années 50 et pour l’égayer, dans les années 70, on avait mis de grandes plaques de contreplaqué peint de toutes les couleurs primaires.
    un jour j’étais toute seule, et pour changer un peu, je quitte le grand couloir en U pour un petit couloir latéral que je n’avais encore jamais vu, globalement dans la direction du resto U. Puis, perpendiculaire au couloir latéral, un tout petit petit couloir qu’il fallait prendre presque de profil. je l’emprunte. je tombe sur une porte. je l’ouvre. Une salle. Un placard. je l’ouvre. deux pieds. La morgue.
    resto U quand même, hein, une fois repris le bon couloir.

  12. Lou Dit:

    Bonjour,

    Je viens de découvrir ce site, et je suis admirative. Vous savez vraiment bien décrire le monde fascinant de la médecine que je commence à découvrir.

    Je savais pas trop où laisser un petit mot alors je le met ici, car je me reconnais bien la dedans, toute P2 que je suis, avec mes deux demis journées par semaine à l’hopital.

    J’ai bien aimé le service de chirurgie, où on te dit depuis le debut que moins on te voit, mieux on se porte…

    Mais je préfère le service de dermato. Commencer a faire des observes alors que t’as juste apris des tas de trucs sur la structure de l’adn mais pas des masses sur ces droles de taches rougeatres…

    Suivre la visite. Faire semblant de comprendre ce qu’il se dit. Se repeter à chaque chambre « ça sert a rien d’aller la dedans, ils sont dejà dix ».

    Mais commencer à voir des patients. C’est pas mal quand même. Faire « des trucs de docteur » après la P1 ça fait du bien.

    Bonne continuation, en tout cas je continue à vous lire.

  13. Anonyme Dit:

    tellement vrai! ;-)

  14. Kouy Dit:

    j’adore! jcroyais que j’avais pas eu de bol, stage « apprentissage de la sémio » tout pourri où on apprenait rien, où l’assistant était incapable de se rappeler que TOUS les mercredis y avait les P2, où on restait assis 2h dans un couloir a attendre, puis on finissait par partir…. et par bonheur lorsqu’il était disponible pour 1h, on avait droit à la grande question: qu’est ce que vous voulez faire? mais merde c’est a lui de nous dire ce qu’on doit faire en stage, puisqu’on a jamais eu de stage!!! et lorsqu’on lui émettait la possibilité d’aller voir des patients,ben c’était pas possibles ils étaient trop malades… on était jeune et naïf, alors on le croyait sur parole, mais en hopital de jour en néphro ou en dialyse, les patients ils sont pas a l’agonie. Ca jm’en suis rendue compte plus tard qu’on s’était bien fait berner.
    En fait c’est pour tout le monde pareil!!!!
    Peut être que le but inavoué de ces stages c’est pour k’on apprécie mieux les stages de D1 et +, où on fait du secrétariat certes, mais c’est déja plus que d’attendre dans un couloir.
    quel temps perdu
    Surtout qu’il faudrait leur dire ( aux vieux médecins qui nous imposent ces stages) qu’on apprécie pas plus le secrétariat après être passé par là!

  15. loupiot Dit:

    le tout premier stage de P2, sémio, a été formidable de mon côté: une CCA de pédiatrie, qui deux fois par semaine nous apprenait l’examen clinique et l’interrogatoire, appareil par appareil; on s’examinait les uns les autres (ganglions, thyroïde, pieds… tout!)
    et elle nous emmenait voir les enfants, en leur demandant bien la permission, et on découvrait un purpura, une bonne gastro, un peu de tout. Après c’est la chir plastique qui nous attendait: bon revenez le dernier jour qu’on vous signe le papier, merci, au revoir!

  16. Hisoka33 Dit:

    et PAF !
    Deux coquilles dans l’article (de ce que j’ai vu)
    les poches vides « Ne servent qu’à ça ». Bon, peut-être que parfois, elles se servent de quelque chose, mais ce sera dans un autre article.

    ET
    C’est gentil.
    C’et gentil ok, je ne connais ni C’, ni gentil, qui mériterait d’ailleurs une majuscule à son prénom.

    Bisou :D

    Et même ! Deux bisous, un par coquille, parce que bon, voila (voila = parce-que-quand-on-dit-à-quelqu’un-qu’il-s’est-trompé-on-a-l’impression-qu’on-traite-sa-mère-de-quelque-chose-de-super-pas-gentil.)

  17. Rrr Dit:

    Merci !
    C’est corrigé.
    Mais on parle bien que du blog, hein, c’est pas dans le livre, ou c’est moi qui deviens folle ?

  18. Hisoka33 Dit:

    Je parle du blog, ne vous inquiétez pas ^^

  19. zazlatornade Dit:

    Juste pour dire que je crois bien que l’expression exacte est  » on nous rebat les oreilles » et pas rabat…
    Sinon, c’est une belle poilade de vous lire, ce blog est une belle pépite !

  20. zazlatornade Dit:

    oubliez mar remarque, j’avais mal lu votre phrase… -> je sors !

  21. Linoa Dit:

    Arrivee dans un service ou c’est visiblement la folie de bon matin:
    « Bonjour, Mlle Linoa, éleve infirmière….
    Oh non! Quelle année?
    Euh… 1ère
    Oh Putain!

    Voilà voilà, bienvenue à l’hôpital!

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