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18 janvier, 2011

Je me sens bien impuissante…
C’est très douloureux, de se sentir impuissant. (Vous noterez que je commence à semer des messages subliminaux dès le début de mon post…)
Comment lutter contre le Grand Journal, comment lutter contre « le médecin préféré des français » quand on n’a ni la popularité, ni le financement, ni l’exposition médiatique…
J’ai bien des nichons, mais ils sont plutôt quelconques, plutôt méconnus et très anonymes. J’ai bien des amis et collègues qui partagent ma colère, mais ils ne passent pas au Grand Journal non plus.
Ils ont pourtant des choses à dire… Et puisque la télé ne donne la parole qu’à un des deux partis, voilà résumé pour vous, grosso modo, le dialogue qui s’est établi sur le Net depuis que Michel Cymes a lancé la campagne intitulée « Cancer de la prostate, ne passez pas à un doigt du diagnostic » . (Notez que les citations avec une étoile * correspondent à des citations exactes des paroles de M. Cymes)

ASP : Bonjour Michel Cymes.
MC : Bonjour Ayatollahs de la Santé Publique. (1)
ASP: Bon alors, c’est quoi ce buzz ? Pourquoi défroquez-vous médecins et urologues français ? (21)
MC : Il s’agit d’une affiche sur le dépistage du cancer de la prostate*. (1)
ASP: Dans laquelle vous mettez, comme à votre habitude, beaucoup d’humour…
MC : Oui, j’espère qu’elle fait sourire. Le but c’est de dédramatiser cet examen*. (1) Plus on en parlera et moins le cancer de la prostate fera de victimes*. (2)
ASP: Certains médecins prétendent pourtant le contraire ? Ils avancent qu’à l’inverse, depuis qu’on en parle et depuis 20 ans qu’on le dépiste, la mortalité n’a pas changé. Ce qui a été multiplié, ce serait le nombre de diagnostics, et pas le nombre de vies sauvées… (3)(13)
MC : Ouais vous savez, dans le milieu médical, il y a toujours les ayatollahs de l’intégrisme qui, dès que vous sortez des clous, vous disent ohlala c’est un scandale…* (1)
ASP : « Les clous », ce sont les dernières recommandations scientifiques, tout de même… Même la HAS (4) a reconnu qu’au vu des différentes études récentes publiées, les connaissances actuelles ne permettent pas de recommander ce dépistage… La revue Prescrire (5), une des rares revues médicales françaises indépendantes, celle dont on entend beaucoup parler en ce moment dans l’affaire du Médiator, a conclu en 2009 : « En pratique, mieux vaut informer sans parti pris les patients qui envisagent un dépistage du cancer prostatique : absence de preuve suffisante d’un avantage clinique au regard des risques avérés, notamment liés aux diagnostics inutiles. En mai 2009, un dépistage systématique du cancer de la prostate, par dosage du PSA ou toucher rectal, n’est pas justifié » .
MC : Si on avait dû compter sur les bien-pensants de la médecine, on en serait encore à la saignée et aux ventouses…*(6)
ASP : Quand même… Ces recommandations sont basées sur des études bien récentes, et de grande ampleur… L’étude PLCO (7), aux États-Unis et l’étude ERSPC (8) en Europe, c’est bien ça ? L’étude étatsunienne a même montré un effet délétère du dépistage sur la mortalité par cancer de la prostate, bien que la différence (de 10% seulement) ne soit pas statistiquement significative… En tout cas, elle n’a pas montré de bénéfice au dépistage.
MC :  Les deux études se contredisent : l’étude américaine dit que ça ne sauve pas de vies, l’étude européenne dit le contraire… J’ai 53 ans, et je préfère suivre les conclusions de l’étude européenne et, si possible, ne pas mourir d’un cancer de la prostate.* (9)
ASP : Oui, moi non plus je ne veux pas mourir d’un cancer de la prostate. À choisir d’ailleurs j’aime autant ne pas mourir du tout ; ce n’est pas un argument, ça… Et surtout, même l’étude européenne ne dit pas que ça sauve des vies ! Elle n’a montré qu’une diminution de 20% du nombre de décès par cancer de la prostate, sans modification de la mortalité globale… L’espérance de vie est inchangée. Soit parce que le bénéfice est trop faible pour avoir un impact mesurable sur la mortalité totale, soit parce que le dépistage a augmenté le nombre de décès par autres causes… (10)
MC : Oui, mais Michel Denisot, si il a un cancer de la prostate, il veut le savoir. Voilà. (1) (quasi *)
ASP : Récemment encore, en 2010, le prestigieux British Medical Journal (11) a publié une méta-analyse de grande envergure, qui rassemblait les résultats de six études, pour un total de près de 400 000 patients. Elle conclu que le dépistage est associé à un plus grand nombre de diagnostics de cancers au stade I, est sans impact important sur le diagnostic des stades II à IV et est surtout sans aucun effet significatif sur le nombre de décès par cancer de la prostate ou sur la mortalité globale… (12)
MC : Je me contenterai de vous répondre de parfaire vos connaissances dans ce domaine avec la lecture d’un article de la revue « Progrès en urologie » sur le dépistage du cancer de la prostate, paru en 2010. Mais peut-être est-ce trop récent pour vous !* (9)
ASP : Ah effectivement, je ne connais pas…  Je connais  le BMJ, je connais la Revue Prescrire (qui, soit dit en passant, ont publié en 2010 également), mais pas « Progrès en Urologie »… Est-ce une revue médicale avec comité de lecture, est-elle fortement influencée par l’industrie, défend-elle les intérêts exclusifs des urologues ? Et que dit-il, cet article ? (3)
MC :  …
(3)
(14)(15)
ASP : Ah. D’accord. Bon, les questions sont nombreuses, et je suppose que vous ne pouvez pas répondre à toutes celles qu’on vous pose… Sur votre blog justement et ailleurs, on vous interroge sur le financement de cette campagne, et sur l’absence de déclarations de conflits d’intérêt des participants. (14)(15)(16)(17)
MC : Si vous voulez bien, on va regarder une vidéo, c’est un bêtisier et dedans je fais des blagues rigolotes. (1)
ASP : D’accord d’accord. Vous préférez donc retenir la moitié de la conclusion de l’étude européenne et de votre revue qu’on-sait-ni-ce-qu’elle-dit-ni-ce-que-c’est, si je comprends bien. C’est un point de vue qui se défend. Passer d’une probabilité de mourir d’un cancer de 4/1000 à 3/1000 (10), c’est toujours ça de pris. Mais les gens qui critiquent votre démarche, ceux qui disent que c’est « un doigt d’honneur à la science », ceux qui disent que le bénéfice hypothétique minime du dépistage ne justifie pas les milliers d’hommes rendus impuissants ou incontinents par des traitements agressifs, ce sont quand même des gens sérieux, non ? La revue Prescrire (5), le Formindep (18), Dominique Dupagne (10)(19)… Ce sont tous ceux qui, par exemple, avaient dénoncé les dangers du Médiator ou du Vioxx bien avant la décision de retrait du marché. Ceux qui avaient mis en garde contre les traitements de la ménopause (que vous aviez longuement défendus…) longtemps avant que le scandale n’éclate…
MC : Ces médecins n’ont pas d’humour. (2) Ils ne méritent pas qu’on leur consacre du temps*. (1) (poil aux dents)
ASP : Ils sont suivis par de nombreux confrères… (20)
MC : Ouais mais moi je suis sympathique, voyez. (1)(6)
ASP : Et pas eux ?
MC : Tous ceux qui gueulent contre le dépistage parce que ça sert à rien, c’est les premiers à aller se faire mettre un doigt dans le derrière et doser les PSA pour savoir s’ils ont eux-mêmes un cancer !!!* (1)
ASP : Un argument de choc. Un mot pour conclure ?
MC : Tous les cancers de la prostate doivent être dépistés par un toucher rectal et une prise de sang.* (21)
ASP : Merci Michel Cymes de nous avoir expliqué votre point du vue (rigolo, donc) sur le dépistage du cancer de la prostate.
MC : Ah mais à aucun moment je ne fais de lobbying pour un dépistage de masse du cancer de la prostate !* (22)

Les liens :
(1) Le Grand Journal
(2) Blog du Dr Cymes, article 1 « C’est parti ! »
(3) Commentaires Blog Cymes, campagne, page 2
(4) L’analyse de la HAS
(5) L’analyse de la revue Prescrire, pour les abonnés ici, sinon ici
(6) Blog du Dr Cymes, article 2 « La seule chose absolue dans un monde… »
(7) Etude PLCO, en anglais
(8) Etude ERSPC, en anglais
(9) Blog du Dr Cymes, article 3 « Réponse… À ceux qui se demandent si… »
(10) Explications intelligibles au sujet des deux études, chez Dominique Dupagne.
(11) L’article du BMJ, en anglais
(12) Explications intelligibles au sujet de l’article du BMJ, chez Asclepieia
(13) Atoute, article 2010 « Le dépistage toujours inutile pour la HAS ».
(14) Commentaire Blog Cymes, campagne, page 1
(15) Commentaire Blog Cymes, campagne, page 4
(16) Playdoyer pour le prix nobel, chez DocDu16
(17) Loi sur l’obligation de déclaration de conflits d’intérêt
(18) Les différents articles du Formindep
(19) Réaction à la campagne, chez Dominique Dupagne
(20) Réactions diverses : chez ma copine Gélule , chez Philippe Eveillard , chez Bezolles
(21) L’affiche rigolote
(22) Suite 101, commentaires
(23) Un bonus pour ceux qui ont eu le courage de tout cliquer jusqu’ici.
(24) Un autre bonus : une très belle vidéo (TV suisse).
Ajouts début Avril 2011 :
(25) Une nouvelle étude publiée dans le BMJ, de grande envergure et sur un suivi de 20 ans (excusez du peu) confirme l’absence de bénéfice en terme de mortalité.
(26) La même pour les anglophobes, reprise par Doctissimo (oui, tout arrive)
(27) Les MG bretons en remettent une couche.

Je suis la première à espérer qu’on trouve dans les années à venir une meilleure façon de dépister, des meilleurs façons de traiter. Mais là, aujourd’hui, avec ce qu’on en sait, au vu des données que nous avons et avec les moyens que nous avons, le dépistage de masse du cancer de la prostate est au mieux non bénéfique, au pire (et probablement) néfaste. J’y suis pour rien, hein, c’est pas moi qui le dis, ce sont seulement les faits.
Ce qui fait de cette campagne très médiatisée un véritable scandale de santé publique.

Voilà.
Donc : si vous avez un beau sourire plein de dents blanches, si vous êtes photogénique, si vous avez le sens de la répartie, si vous avez une petite côte de sympathie auprès des Français, si vous n’êtes pas trop à cheval sur la rémunération (je ne déclare aucun conflit d’intérêt), je vous engage pour aller mener une contre-campagne télévisée pleine de blagues rigolotes. Pas de panique si vous n’avez aucune notion d’épidémiologie, on vous soufflera les répliques. Par exemple :

- « Michel, vous avez 50 ans, vous avez encore envie de faire l’amour ? Bon bin voilà. »
« Ne passez pas à un doigt du diagnostic, il paraît, non mais c’est vrai que c’est précieux, les doigts. Surtout quand on a été mutilé et rendu impuissant par des traitements inutiles, ça peut devenir très important, les doigts, AHAHAHAH ».
- « Tous ceux qui prônent le dépistage sont des trous du cul ahahahah, non, je disais ça juste pour le jeu de mot bien sûr, ahah. »

La bise aux dames et la mimine aux messieurs, mais pas trop profond.