A la fin de l’envoi…
30 décembre, 2011
Je suis troublée.
Dans la vie, je n’ai jamais été une grande toucheuse.
Parce que dans la vie, on le sait bien, y a grossièrement les toucheurs et les non-toucheurs. On a tous un copain comme ça (ou alors on est ce copain comme ça) qui ne peut pas s’empêcher de vous toucher, toutes les trente secondes. Il fait une blague, bam, il vous colle une tape sur l’épaule. Il commence une phrase par « Tu sais », paf, il colle sa main sur la vôtre. On a tous une grand-tante qui nous caresse les cheveux d’un air distrait en nous parlant. On connait tous quelqu’un qui ne peut pas s’empêcher de se mettre à 30 cm de vous pour vous causer. Envahissement d’espace vital, c’est juste insupportable.
Je ne suis pas de ceux-là. Sors de là, t’es dans mon cercle.
Et je me suis rendu compte que dans mon métier, j’étais une sacrée toucheuse. J’arrête pas. Je tripote mes patients à longueur de temps.
Genre je laisse une main sur leur épaule pendant que j’ausculte le dos.
Souvent, je m’assieds à côté des gens, pour l’auscultation pulmonaire. Ils sont assis sur la table en face de moi, et c’est quand même plus pratique. Alors je m’assieds à côté, à gauche, je pose ma main gauche sur l’épaule gauche, je me penche un peu et j’ausculte le dos de la main droite. Des fois, nos cuisses se touchent, du coup.
Quand ils sont couchés, je me penche. Parce que je sais pas. Déjà, si faut voir un truc, j’ai besoin d’avoir mes yeux à 5cm. Je suis myope comme une taupe, certes, mais à 30 cm avec mes lentilles, je vois quand même clair. Or, j’ai pas besoin de voir clair, j’ai besoin de voir GROS. Mes internes me reprenaient sans arrêt sur mes sutures, parce qu’au bout de 4 points je finissais systématiquement le nez collé sur la plaie.
Je regarde entre des orteils, je me penche. Nez sur le pied. Et je me dis que si j’étais patiente, j’aimerais peut-être moyen ça.
Et c’est la même chose si je regarde un pénis.
Quand ils sont couchés et que j’ausculte le cœur, je me penche aussi. Je suis mieux concentrée comme ça, allez comprendre. Si je passe sur le poumon gauche, celui le plus éloigné de moi, je me penche encore. Je suis quasiment collée au patient. « Respirez fort », je dis. Gentiment, les gens tournent la tête, parce que là, en respirant fort, ils me respirent direct sur le visage. Si j’étais patiente, je ferais pareil.
Quand ils se couchent, souvent, on dirait qu’ils s’imaginent que je vais leur sauter sur le bras pour prendre la tension. J’ai encore rien fait, j’ai rien dans les mains, je comptais pas commencer par ça, mais ils se couchent et ils me tendent leur bras raide à 45° au dessus du lit. Sauf que la tension, je la prends au repos, avec le bras le long du corps, détendu. La tension c’est fiable si les gens sont décontractés ; pas au garde à vous, raides comme la justice, avec le bras tendus et le poing serré, et la frousse d’être chez le médecin. Du coup j’attrape le bras et je le repose sur le lit, doucement, et souvent je le caresse un peu dans la foulée.
Dans ma tête à moi, dans mes gestes, c’est une façon d’exprimer « Là, là, pose, détends, relâche, tout va bien. » Mais bordel, je me rends compte que je caresse le bras. De haut en bas, du plat de la main, sans aucune raison médicale valable.
Je peux pas commencer une consultation sans serrer une main. Même des touts-petits. C’est autre chose aussi, en plus ; c’est une façon de poser le contact, c’est une façon d’ouvrir la consultation, c’est un moment de sas entre la salle d’attente et la consultation qui commence. (Et puis les petits adorent ça, qu’on leur serre la main. Je m’agenouille, je me mets à leur hauteur et je serre la main. A deux ans, ouais. Ils adorent ça. Je pense que ça participe en bonne partie à tous les « Ohlala dis donc, vous êtes douée, hein, il est jamais sage comme ça d’habitude » que je récolte à la fin de mes consultations pédiatriques, mais c’est un autre sujet.)
Bref, tout ça pour dire que même nourrisson, même avant l’âge du serrage de main, j’ai besoin de toucher avant d’entamer ma consult. Un doigt sur l’épaule peut suffire.
Quand je vérifie des grains de beauté sur le dos, j’y vais au plat de la main. Genre comme si mes yeux suffisaient pas.
Pourtant dans la règle ABCDE, y a pas d’histoires de relief ou de texture, hein.
Quand j’examine un bébé, j’ai toujours une main qui traîne. J’écoute le cœur, j’ai une main sur la jambe. Je regarde les yeux, j’ai une main sur le ventre.
Dans ma tête à moi, dans mes mains, c’est « Là, là, tout va bien, moi-gentille. »
Je me suis rendue compte de ça effarée l’autre jour, parce que je pense que si j’étais patiente je le vivrais peut-être super mal.
J’ai réfléchi. Beaucoup. Pour savoir pourquoi je fais comme ça, pourquoi la non-toucheuse de la vie se transforme en toucheuse de la médecine.
Je n’ai pas de réponse. J’ai l’impression que j’ai besoin de ça pour mieux comprendre mon patient. Ça n’a pas beaucoup de sens, pourtant, je m’en rends bien compte.
J’ai besoin de le toucher, de le sentir, j’ai besoin de proximité, j’ai besoin de sentir sa peau sous ma peau.
Et la phrase « J’ai besoin de sentir sa peau sous ma peau », celle qui me vient spontanément des tripes quand j’essaie de comprendre, à la relire, je vois bien que ça sonne érotico-je-sais-pas-quoi. Et dieu sait que ce n’est vraiment, vraiment pas la question. C’est strictement la même chose pour un homme, une vieille femme, un nourrisson.
Je ne sais pas, comme si le toucher me permettait de mieux m’approprier la personne, de mieux la deviner, de mieux rentrer en contact avec elle.
Ça m’effraie un peu, parce que je me dis que c’est peut-être très mal vécu en face.
Dans mes moments d’optimisme, je me dis que les gens doivent bien le sentir, que ça n’a rien de déplacé, que c’est bienveillant, que c’est une question de contact au delà du charnel. Que d’ailleurs, je n’ai jamais senti de malaise ou de frein, qu’on ne m’a jamais rien dit.
Dans mes moments de pessimisme, je me dis qu’on ne dit pas à son Docteur « Hey oh, hey, mon espace vital ! » . Qu’on rentre chez soi mal à l’aise et troublé en se posant des questions. Qu’il faut peut-être que je me force à me surveiller mieux.
Et puis, quand j’imagine me surveiller mieux, arrêter de toucher les gens, je n’arrive pas à m’imaginer faire du bon travail, j’ai l’impression que ça va me manquer, que ça ne sera « pas pareil » , qu’il me manquera quelque chose. Un sens, du sens.
Du coup je me tâte.
Mouahahah.
Ouvrez ouvrez la cage aux oiseaux.
27 décembre, 2011
« Je veux qu’on la change d’hôpital. Je veux qu’elle soit vue par un autre cardiologue. Sinon je vous préviens, je porte plainte. C’est non-assistance à personne en danger. Je vous préviens. Si elle meurt, je me tue, je vous préviens. »
Mlle Yasmine me prévient.
Elle n’est pas prête à voir sa mère mourir, pas prête du tout.
Et pourtant, sa mère va diablement mourir. Bientôt, sans doute, même si bien sûr je ne peux jurer de rien.
Je sais juste que le meilleur cardiologue de la ville n’y changera rien.
Mlle Yasmine sait bien qu’elle va mourir, que ça arrivera, un jour.
Juste, pas maintenant. C’est trop tôt, elle n’est pas prête. Pas encore.
Quand sa mère est tombée malade, elle a tout quitté, tout arrêté.
Elle s’est mise à mi-temps, d’abord. Et puis quand elle s’est rendu compte que le salaire de son mi-temps passait tout entier dans les frais pour payer quelqu’un pour s’occuper de sa mère quand elle travaillait, elle s’est arrêtée complètement.
Elle a pris sa mère chez elle.
Elle l’a nourrie, changée, bercée. Elle l’a massée avec des crèmes et des huiles que j’aimerais bien connaître ; je n’ai jamais vu une peau aussi douce et belle chez quelqu’un d’alité aussi longtemps.
Elle la posait au sol quand elle allait faire les courses, pour qu’elle ne tombe pas du lit en son absence.
Elle mettait des oreillers et des couvertures partout, et elle partait faire les courses en vitesse.
J’étais appelée de temps en temps au chevet de Mme Yasmine.
« Elle respire mal » , « Elle ne mange plus » , « Elle a de la fièvre » .
A chaque fois, dieu du ciel, elle était vivante. Si peu. Suffisamment pour sa fille.
« Elle a froid » , qu’elle me disait.
Il faisait 58° dans l’appart, Mme Yasmine avait 36 couches de pull. J’en remontais 35 pour accéder à un bras épais comme celui de ma nièce.
Je faisais semblant de prendre la tension, mon brassard faisait quatre fois le tour, c’était ridicule.
« Elle a de l’anémie ! » , qu’elle me disait.
Moui, bon, 11,8 d’hémoglobine. Pas si mal.
J’essayais de ne surtout rien faire. Mlle Yasmine prenait des rendez-vous d’elle même chez le gastro et chez l’endocrino et chez le néphro.
Mlle Yasmine voulait une coloscopie, pour voir d’où ça saignait.
Heureusement, le gastro a dit comme moi. Il a dit que la coloscopie, ce n’était guère raisonnable.
« Elle est constipée, même avec les médicaments. Elle avait mal au ventre l’autre jour, je l’ai vidée, du coup ; ça allait mieux. »
Mlle Yasmine extrait les fécalomes de sa mère. L’idée me glace un peu.
Et puis à un moment où elle a essayé une nouvelle fois de lâcher prise, on a fait hospitaliser Mme Yasmine. Ses reins lâchaient, son cœur lâchait, elle était septique ; cette fois elle allait vraiment mourir. C’est ce qu’on croyait tous, du moins. Y compris le médecin du service, qui a passé vingt minutes avec moi au téléphone, pour m’expliquer le mal qu’il avait à se dépatouiller de tout ça.
C’est la fois où Mlle Yasmine a menacé de suicide et de plainte si sa mère mourait, où elle a réclamé le meilleur cardiologue de la ville.
Elle n’est encore pas morte, elle est encore retournée dans le studio de sa fille.
Mme Yasmine vient de fêter ses 104 ans.
Elle ne parle plus depuis presque 12 ans.
Ça fait 36 ans que Mlle Yasmine a quitté son mi-temps.
Je dois y aller la semaine prochaine.
J’ai pas très envie.
Je me disais « Oh mon dieu il est mort il est mort ».
8 septembre, 2011
J’étais en train de lire Internet. GTalk à gauche, Firefox partout, Twitter au milieu.
Je lis, je zappe d’un onglet sur l’autre, je clique sur des trucs.
Je matte une vidéo rigolote.
Je retrouve un onglet perdu au milieu des autres ; tiens, d’où il sort celui-là ?
Je clique et je lis.
Je lis, et les souvenirs affluent. Me prennent à la gorge.
Je ne sais plus le début ni la fin de l’histoire. Je me revois dans le coin en haut à gauche de cette salle de mon service de pédiatrie.
J’étais de garde aux urgences, et je suis dans un coin de la salle.
Le chef essaie de poser une voie osseuse à une petite déshydratée qui va mourir, ou qui est déjà morte, qui sait.
Même pas je savais que ça existait, une voie osseuse.
La petite (le petit ?) est tellement déshydratée qu’on n’aura pas le temps de la perfuser en IV. Pour aller plus vite, on lui plante l’aiguille directement dans l’os. Dans le tibia, à travers la peau.
Mon chef, mon chef si cool, si tranquille de compétence, si rassurant d’habitude, est tout rouge.
Il crie. « Appelez Dr Sénior » .
Les sons s’effacent, je suis dans le coin haut-gauche de la pièce. Je vois l’infirmière qui tend des trucs. On dirait un ballet. Elle ouvre le troisième tiroir en partant du haut, elle sort une pochette en plastique, elle l’ouvre. Elle prend une aiguille du premier tiroir, elle la plante dans une poche de truc liquide, elle retourne l’ensemble, elle tend le bras vers mon chef qui a des mouvements beaucoup trop rapides par rapport à d’habitude.
Je suis paralysée, et je me demande ce que je fous là, je me demande comment l’infirmière sait ce qu’il faut sortir comme trucs des tiroirs, je me dis Oh mon dieu heureusement qu’elle est là.
J’entends le chef qui crie des trucs obscurs, genre « Donne moi une 4.2 » et je me dis qu’heureusement qu’elle est là.
Il essaie une fois, deux fois, de rentrer une très très grosse aiguille au travers de la jambe de cette petite (ce petit ?) de 9 mois.
Le support sous la jambe (le brancard) est trop mou, ça ne passe pas, ça ne veut pas rentrer. On y colle des trucs sous la jambe, un dossier, un deuxième, une planche en bois qui a surgi hors de la nuit. Pendant ce temps-là une autre infirmière essaie de planter une aiguille plus petite dans le crâne de l’enfant. Elle essaie, une fois, deux fois, trois fois. Ça ne passe pas, et puis la quatrième ça passe.
Dr Sénior arrive. Il crie aussi. Il prend le relai de l’aiguille dans la jambe. Il est beaucoup plus rouge que d’habitude lui aussi.
Moi j’ai toujours les bras ballants, en haut à gauche, avec cette espèce de décalage spatiotemporel qui vous fait voir les trucs au ralenti dans vos yeux alors que ça se passe en accéléré dans votre tête, comme en DS de maths.
Tout au ralenti sauf ma tête.
Je le sais bien que je ne sers à rien, que je pourrais me rendre utile en dégorgeant le service des urgences-non-urgentes, mais je reste là, hypnotisée, comme quand on se retrouve sur une vidéo sur YouTube d’un gars qui mange son vomi ou qui se plante un clou dans une couille.
Oh mon dieu je ne devrais pas regarder ça.
On crie mon nom, je m’éveille, on me demande d’appeler Dr Réa. Une autre sénior, la sénior de néonat.
Je prends le téléphone. Je m’entends vomir un flot de mots qui n’ont pas de sens, j’essaie de faire passer la notion d’urgence et il n’en sort rien de médical. Genre « Heu alors la petite c’est un pruneau, hein, Dr Sénior essaie de la perfuser mais heu elle va mal, faut venir vite. »
Dr Réa, fais ce que tu peux avec ça, entends la panique dans ma voix et décide que ça vaut le coup de venir en courant avec la blouse qui vole au ralenti s’il te plaît.
On dirait moi au 31 décembre de cette année, en train d’appeler les pompiers pour le type que j’ai récupéré évanoui dans la rue après une chute-trauma-cranien-perte-de-connaissance le tout en direct sous mes yeux.
Tu pourrais croire que les automatismes te reviennent : Glasgow 11, TC-PC, réveillable pupilles réactives.
Que dalle. T’entends ta bouche dire « Heuuu bin il s’est cogné la tête genre fort, hein, ça a fait PAM fort fort, et là, heu, bin non, il est pas inconscient-inconscient, hein, il fait « Mmmmm » quand je le pince, mais bon il est pas frais frais mais heu je crois qu’il a bu. »
Douze ans d’études.
Bref. Je passe du coin-haut-gauche-de-la-pièce à derrière-le-bureau-face-à-la-mère.
Ne me demandez pas comment ça s’est fait, je n’en ai aucune idée.
Je lui explique que sa petite (son petit ?) est très déshydratée, que les médecins sont en train d’essayer de la perfuser, qu’elle a été inconsciente longtemps, qu’elle convulse. J’essaie de reconstituer l’histoire, de savoir comment la mère a pu voir son petit ne plus réagir à rien, perdre l’éclat dans ses yeux, devenir atone sans venir plus vite.
J’essaie de ne pas accuser. J’essaie d’employer des mots qui ne laissent pas entendre qu’on n’est pas sûr qu’il va vivre, parce que là, peut-être il va mourir, et que oui peut-être que c’est aussi en partie de sa faute à elle qui s’est pointée aux urgences tranquillement avec son petit sous un châle en disant juste « Il a la diarrhée » alors qu’il ne bougeait plus et ouvrait à peine les yeux depuis plus de dix-huit heures. J’essaie de ne pas dire « Mais comment avez-vous pu ? »
Je revois l’infirmière 1. La blonde, qui a essayé 12 fois de poser une voix veineuse sur le crâne et qui a réussi la 13ème.
C’était bien cinq heures après que le petit (la petite ?) ait été transféré dans le service qui va bien, elle racontait le début de l’histoire.
« Et là je l’ai vu dans les bras de la mère, je me suis dit ouhlala, et je l’ai pris dans mes bras, et je me disais Oh mon dieu il est mort il est mort, et là il s’est mis à convulser et alors je me suis dit Oh mon dieu il est vivant il est vivant » .
Elle le raconte en rigolant à moitié, en mimant les gestes, et c’est rigolo comme elle mime en ouvrant des grands yeux, mais elle n’en mène pas large.
Un peu plus tard, chose exceptionnelle, on a reçu un courrier de Hôpital-super-fort, qui nous félicitait pour la prise en charge, qui disait que sans la réactivité de l’équipe il serait sans doute mort.
Infirmière 1 nous a lu le courrier avec un petit peu de trémolo-de-fierté dans la voix.
Et moi, bêtement, je me suis sentie fière aussi, moi qui avais passé 20 minutes dans le coin-haut-gauche de la pièce en me disant Oh mon dieu oh mon dieu comment savent-ils ce qu’il faut faire ?
Comme si j’avais participé à l’histoire.
Formation Mes Couilles
15 août, 2011
FMC. Comme Formation Médicale Continue.
Parce qu’un médecin doit continuer à apprendre toute sa vie, tout ça.
Moi qui sors à peine de ma Formation Médicale Initiale, j’y touche pas grand chose, en Formation Médicale Continue. Mais j’ai quand même un congrès à vous raconter.
Commençons par le commencement : qu’est-ce qui a bien pu me pousser à aller passer tout un week-end (pluvieux, certes) dans un congrès de médecine générale avec plein de noms de labos sur la plaquette de présentation ?
Réponse : c’était pour valider mes heures obligatoires de formation à la fac, pour avoir mon DES. Grosso modo, on doit avoir assisté à xxx heures de cours, valider d’autres machins, faire des RSCA, ranger des trucs dans des pochettes en plastique dans un joli classeur, écrire « Port-Folio de Mlle Jaddo » sur la tranche, et à la fin on a un DES.
Moi, comme j’avais raté deux-trois heures de cours (ahem), j’ai eu l’occasion de finaliser la partie « avoir assisté à xxx heures de cours » en assistant à deux congrès. Un congrès que je vais vous raconter, et une formation SFTG qui a été réellement chouette et instructive. Et enrichissante. Je retournerai aux séminaires SFTG.
Bref, j’avais bien vu, hein, les noms de labos de partout en bas de la plaquette de présentation du congrès.
Mais ça restait un bon deal. Et puis, m’étais-je dit, ce sera intéressant de voir à quoi ça ressemble, un congrès de médecine générale pour les grands, même avec des labos. Au moins sociologiquement parlant. Et puis peut-être que j’étais trop méfiante, le programme était pas si mal, y avait des trucs qui m’intéressaient et sur lesquels j’avais besoin d’infos. Sans doute que certes, forcément, entre deux conférences il allait falloir jongler entre quelques stands de labos, mais peut-être que la qualité des intervenants serait au rendez-vous. Peut-être que je voyais ça d’un œil trop critique.
Et je vous jure que j’y suis allée avec mes préjugés dans la poche.
Je me lève indécemment tôt, je m’habille indécemment pas assez par rapport à ce que ce week-end allait finalement être pluvieux, et quelques heures plus tard j’arrive dans les locaux. Avec ma demi-heure d’avance systématique. Des stands de partout, des brochures, des noms de molécules, des noms de labos, des noms d’assurances, des stands des stands des stands. Je cherche désespérément une tête connue, ou à défaut à l’air aussi paumée que moi.
Je me réfugie près d’un café, donné par un gars derrière ce qui semble un vrai bar, sans nom de labo au dessus.
Et oh ! ça y est, enfin, une tête connue. Un médecin que je connaissais un peu. Appelons-le au hasard Docteur M comme Médiator.
Un type qui est abonné à plein de revues médicales SAUF Prescrire parce que « il a été abonné au début mais il s’est fatigué de ces gens qui sont quand même un peu des ayatollahs de la médecine. » (Je vous jure) (Toute ressemblance avec un personnage existant est peut-être bien une coïncidence pas si hasardeuse.)
Un type que j’avais entendu râler que quand même, avant les congrès on pouvait y aller avec madame et qu’on pouvait faire un peu de golf, que maintenant on était surveillé comme des écoliers et qu’on était quand même plus à l’école, qu’avec tout ce qu’il travaillait la semaine si il allait à un congrès c’était quand même un peu normal qu’on y bosse pas AUSSI le dimanche matin merde à la fin. Un type à qui j’avais entendu un VM assurer que si si, là y avait un green fee offert le dimanche matin, et que ça « n’apparaîtrait pas dans les notes de frais » et que du coup ça respectait les dernières lois sur l’interdiction de cadeau tout ça.
Il a été très content de me voir, il m’a raconté en gonflant la poitrine qu’il venait TOUS LES ANS à ce congrès parce que la formation médicale continue c’était quand même super important et qu’il faisait partie des gens qui se forment, parce qu’il y a des médecins qui ne se forment pas mais lui il trouve que c’est important de se former pour pas rester sur ses acquis.
Mes préjugés sont un tout petit peu sortis de ma poche, j’ai essayé de les y repousser en me forçant à ne pas voir ça comme un présage.
Bon, vous me voyez venir avec la discrétion de l’éléphant dans le magasin de porcelaine, hein.
J’avais prévu de vous raconter ça comme je l’ai vécu, dans l’ordre chronologique, avec mes espoirs qui se fissurent peu à peu, mes derniers remparts de naïveté qui s’écroulent à mesure, et mes préjugés qui jaillissent finalement de ma poche plus nombreux et plus forts que jamais.
Force est de constater que je ne vais pas y arriver. L’exercice de style est trop dur, j’irai directement à la conclusion.
Bien sûr, que ça a été pire que prévu, que ça a été la démonstration éclatante de tout ce que je craignais.
On nous a filé des documents avec les résumés des différentes présentations (vous savez, comme à la fac ? Les diapos du power point à gauche, un espace pour les commentaires libres à droite…), un badge avec notre nom, et un boitier-télécommande avec des touches (comme quand on passe le code, là).
Au début des conférences, j’ai soigneusement noté avec mon joli crayon dans la marge des précisions médicales sur ce qu’on nous disait. Les trucs qui ne figuraient pas sur les diapos, les questions que je me posais et qu’il faudrait fouiller, tout ça.
Très vite, j’ai arrêté, parce que plus on me parlait, moins j’avais confiance. J’ai fini par noter mes impressions, discuter de l’emballage, commenter les commentaires.
J’ai aussi noté des tas de trucs dans un cahier que j’ai évidemment perdu depuis, en pensant au post que ça allait faire sur mon blog.
J’y vais de mémoire, donc.
Des médecins spécialistes hospitaliers sont donc venus me parler de l’exercice de la médecine générale libérale.
Je dis « des médecins spécialistes hospitaliers » parce que c’est ce qu’ils disaient quand ils se présentaient, soit environ 40 à 50% du temps. La moitié du temps, on ne savait pas qui était cette fille qui nous vantait les mérites d’une stratégie thérapeutique.
J’ai noté ceux qui présentaient leurs conflits d’intérêt, ça m’a laissé du temps libre pour me gratter les fesses parce qu’ils ont été deux.
Jveux dire, comme je suis pas bien forte en connaissances théoriques, comme j’y suis allée en ayant pas beaucoup d’opinion sur l’Ivabradine, comme j’y suis allée en étant sincèrement intéressée de savoir si le coup de mettre le Neisvac dans le calendrier vaccinal était une bonne chose ou pas, j’étais FACILE à convaincre, messieurs-dames. Une cible facile, une petite bougie toute neuve, presque vierge, un truc à modeler et sur lequel poser vos empreintes en deux temps trois mouvements.
Vos discours puaient tellement le labo, vos diapos étaient tellement démagogiques, vous étiez tellement mauvais acteurs, vous avez tellement érigé mes défenses tellement haut, vous auriez pu me convaincre que le Paracetamol est un médicament de merde rien qu’en en disant du bien.
A la fin, je m’amusais à essayer de deviner rien qu’à votre gueule et à votre façon de parler le quota de conneries que vous alliez dire et la dose de mauvaise foi avec laquelle vous alliez saupoudrer tout ça.
Vous m’avez repoussée dans les fins-fonds de mes préjugés. « C’est encore le gars qui a l’air de revenir du ski », je notais, à la fin.
J’y suis allée vierge d’Ivabradine, donc. Préjugés : zéro.
Voilà ce que j’ai noté, pendant ta présentation sur l’Ivabradine, homme dont j’ai noté à côté de la diapositive de présentation « Prêche pour une meilleure liaison MG-cardio » :
Pour les non-pharmaciens :
« Il dit que la fréquence cardiaque est un facteur de risque en lui-même d’évènement cardiaque. Moins 10 battements par minute = moins 26% de mortalité. C’est très nouveau pour moi comme concept (vous voyez, hein, pas de préjugé, naïve et tout), dommage que les diapos soient rien à voir. (ouais, parce qu’on nous avait filé un papier qui avait rien à voir avec sa présentation. Comme à la fac, vous disais-je). Ça fait très très pro-Ivrabadine (ouais, même pas je savais écrire le mot du premier coup) avec son joli sourire et ses photos Aubade.
–> chercher infos. Ducon. »
J’imagine que j’ai rajouté le Ducon un peu plus tard dans la présentation.
Et puis je suis allée chercher des infos, donc, et voilà ce que dit Prescrire sur l’Ivabradine :
Voilà.
Dans la famille des diapos démagogiques insupportables qui m’ont amenée à m’armer de tout ce que j’avais de pincettes mentales, il y a la femme-mère-qui-inspire-confiance-avec-son-brushing-et-qui-veut-protéger-le-col-de-l’utérus-chéri-de-sa-fille-adorée.
Non parce que quelle que soit mon opinion sur le vaccin (qui mériterait un post à part entière)(et qui grosso modo peut se résumer à « mitigée » , avec Prescrire qui dit pourquoi pas mais pas mal d’infos contradictoires par ailleurs), sérieux, quelle crédibilité apporter à un type qui met ça dans son diaporama ?
Sérieux, on dirait pas une pub pour Kinder Délice ?
A une assemblée de médecins, hein, le mec il met ça.
Il y a eu aussi le méningocoque qui est un germe REDOUTABLE avec redoutable en majuscule et en gros et en rouge et des photos de nécroses et de gangrènes juste après.
L’argument, c’est ça. Ouhlala c’est très méchant une méningite à méningo. Regardez le pauvre petit peton du petit bébé tout nécrosé.
Et même que Michel Denisot, s’il a un cancer de la prostate, bin il veut le savoir.
C’est pas ça, que je voulais entendre, Madame.
Déjà, j’aurais bien voulu que tu te présentes.
Ensuite j’aurais aimé entendre les raisons d’épidémio qui ont fait changer les recommandations, j’aurais voulu entendre quelques hésitations, la liste des arguments pour la généralisation du vaccin, la liste des arguments contre, et pourquoi on peut raisonnablement penser que le pour l’emporte sur le contre. J’aurais voulu entendre tes conflits d’intérêt.
Et là, moment de bravoure, parce qu’on était déjà vers la fin du congrès et que j’étais déjà remontée, parce que je me sentais poussée par l’ivresse de ma révolte, j’ai demandé le micro à la fin de la présentation. Pour demander à la dame ses conflits d’intérêt.
Une fois le micro dans les mains, d’une voix forte et assurée…
Non en vrai, une fois le micro dans les mains, je me suis sentie comme la fille qui doit chanter Copacabana devant tous les invités du mariage, j’ai bredouillé un minable « Heu, déjà heu d’abord merci beaucoup pour cette présentation heu très intéressante, mais heu je trouve quand même juste dommage que… »
Elle m’a dit « Pardon ? Parlez dans le micro s’il vous plaît. »
Sainte Marie Mère de Dieu.
« Heu, je disais : déjà d’abord merci beaucoup pour cette présentation heu très intéressante, mais heu je trouve quand même juste dommage que heu, vous n’ayez pas déclaré vos conflits d’intérêt. »
Ouais, bon, pardon, hein. On fait les révoltes qu’on peut avec les couilles qu’on a.
Bref, je n’ai quand même pas regretté, parce que la dame, après avoir affiché sur son visage une expression savamment dosée entre l’offuscation contenue et l’amusement réprimé, a dit que Ah mais pardon, elle était en lien aussi bien avec labo X que labo Y et que labo Z, qui étaient tous présents sur le marché de la vaccination, qu’elle n’avait cité ni favorisé aucune marque de vaccin, et que par conséquent elle n’avait aucun conflit d’intérêt.
J’ai bafouillé un vomitif « Merci », mais je vous laisse apprécier la réponse.
Tous n’ont pas été du même acabit, quand même.
Certains m’ont plutôt plu. Un cardio qui a présenté ses conflits d’intérêt et lui-même en début d’intervention, qui m’a semblé parler avec mesure, en évoquant notamment les dangers de sur-médicaliser une hypertension chez la personne âgée, en parlant du besoin d’être raisonnable, tout ça.
Bizarrement j’ai été vachement plus réceptive à ce qu’il disait par ailleurs.
Sinon, dans la liste de ce qu’on m’a dit ces deux jours-là, et que j’ai noté avec force de guillemets mais dont je vais vous épargner les photos, on m’a dit que :
- Un patient à qui on donne une statine en prévention primaire, il faut continuer à vie parce qu’il y un effet rebond à l’arrêt.
- Donner une statine en prévention primaire à nos patients de 80 ans, c’est éviter qu’ils finissent hémiplégiques.
(Ça c’était le type qui avait l’air de revenir du ski. Il nous a montré une diapo dont le titre était « Ce que nous devrions faire », et il a truffé son discours de « ça peut » , « ça pourrait », « on va sans doute en venir à ».)
- Ella One dont nous allons vous présenter les meilleurs résultats…
(« Merveilleux lapsus » , ai-je noté en marge)
- La prescription large d’Ella one doit devenir une priorité.
(DOIT devenir, hein)(Je vous passe la photo là aussi de Prescrire qui juge ce médicament sans intérêt nouveau par rapport au précédent).
- La prescription d’AINS est possible au premier trimestre de la grossesse.
Moi, à la limite, je trouve ça rassurant.
Que le fond soit tellement conforme à la forme. Je trouve ça aidant.
C’est un peu comme Internet. Quand vous tombez sur un site, vous vous faites quand même vite une idée de la qualité du contenu à la gueule qu’il a. Du comic sans ms en police 28, écrit en bleu sur fond jaune avec des petites étoiles sur le côté, ça vous donne pas la même impression d’emblée que le site du Formindep. Et il se trouve que quand même, dans la majorité des cas, le sérieux du contenu est relativement en conformité avec la gueule que ça. Et je dis tant mieux. Ça ne fait pas tout, mais ça aide au premier tri.
Tant mieux que les mecs achetés par les labos n’aient pas encore compris qu’ils seraient vachement plus difficiles à dépister s’ils donnaient leurs conflits d’intérêt (ouais, même s’il y en a, moi j’aurais plusse confiance, juste de principe) et s’ils arrêtaient avec leurs REDOUTABLES et leurs discours sans nuances.
Et je garde le meilleur pour la fin.
Vous vous souvenez, au début du post, quand j’ai parlé du genre de télécommande avec des boutons ABCD dessus comme au code ?
C’est là que ça devient savoureux.
A la fin de quelques présentations, on avait des quizz. Histoire de vérifier que le troupeau avait bien brouté comme une brave bête, qu’il avait bien digéré, et qu’il pouvait restituer tout ça dans une belle bouse.
On nous passait un quizz, et puis on s’extasiait de la qualité de nos réponses. Je vous jure qu’à un moment, y en a même un qui a dit que « pour des généralistes » on s’en sortait vraiment bien et que ça lui faisait plaisir à voir. La vie de ma mère.
Les questions c’était genre : « Que faut-il pour assurer une diminution de y% de la mortalité par méningite ? »
Et les bonnes réponses c’était genre « Assurer une vaccination large et étendue » « Promouvoir le vaccin auprès de tous les patients concernés » « Cibler une couverture vaccinale de 80% d’ici 2012 » .
Là, en toute bonne foi, j’avoue que je ne suis plus sûre à 100% du mot pour mot (histoire d’être vraiment transparente dans la fiabilité de ce que je raconte), mais le coup du « Que faut-il pour <argument de mortalité> » : « Réponse : truc qui veut dire vacciner le plus possible » , ça y était vraiment.
J’attendais « Le méningocoque est-il… » >> A : un microbe tout gentil qu’on aime fort B : un germe REDOUTABLE, mais c’est jamais venu.
Voilà ce que vous avez fait de ce qui me restait de confiance, messieurs-dames.
Voilà ce que vous m’avez poussé à noter et à retenir de vos présentations.
Je vous remercie, le monde est ce qu’il semble être et mes antennes fonctionnent encore.
Sixième cérémonie des Googlars
14 août, 2011
Bon, en dessous de une par an ça ne va plus être tenable.
Voici donc dans la section post-facile-et-sans-effort le 6ème best of des requêtes Google qui ont amené ces douze derniers mois des internautes (égarés ou non) sur mon blog.
Et puisqu’on est dans le hors-sujet, j’en profite pour le dire ici, pour ceux qui n’auraient pas vu les commentaires fantômes ou la nouvelle section « Livre » tout en bas à droite : j’ai créé un espace parallèle à côté, histoire de pouvoir causer librement du bébé sans saouler ceux que ça n’intéresse pas. Vous pouvez y accéder logiquement en cliquant sur « C’est ici que je cause de mon livre », ou en passant par « catégorie > livre » ou encore en jetant un œil aux archives.
Hop, donc.
Je commencerai avec :
Les catégories auxquelles vous avez échappé :
Mais qui vont peut-être, qui sait, percer l’année prochaine.
Donc déjà, des gens cherchent des dresseuses. De plein de trucs. D’ours sanguinaires, d’hommes, de bites (beaucoup), de macarons (allez savoir), de mal, de mâle, d’enfants, de maris, de mouchants (oui je sais), d’hommes bizarres, d’hommes en bottes, d’anus.
Y a des créneaux à prendre, je pense.
Ensuite, ça cause beaucoup de cages de chasteté. Ça se pose des questions que vous ne voulez pas savoir.
On se questionne aussi beaucoup sur le décalottage, et vous ne voulez pas savoir non plus.
On a même parfois des combos : « décalotté en cage chasteté » .
Catégorie « Ils sont venus me faire coucou gentiment », et c’est bien naturel que je réponde :
Oui mais c’est plus possible, hein. Y en a trop. Ça me fait super plaisir, que y en ait trop, mais y en a trop. Et ça va être super relou à lire si je mets tout. Déjà, ça va être bien moyen relou à lire en mettant pas tout.
Donc, je tronçonne sec, pardon pour tous les nominés pas retenus (Et merci et bisous et tout ça).
(Et puis à partir de l’an prochain, ce sera la catégorie « Ils sont venus me faire coucou et ça m’a fait très plaisir dans ma tête. »)
1) Sous-catégorie « Vous êtes trop meugnons »
- combien il reste d’ours polaire en 2010 ? jaddo soit mon medecin traitant !!!!
Je peux pas, je compte les ours polaires. On verra en 2012.
-jaddo, j’ai la varicelle ! a moins que ce soit un psoriasis ou un eczema… que faire ?
Demande à :
- coucou jaddo j’adore vraiment ton blog (une consoeur dermatologue)
Oh la vache, avec tout le mal que je dis de la dermatologie, vous me faites bien plaisir :)
(PS : vous voulez pas venir sur Twitter ? On rêve tous d’un dermato à qui montrer nos photos en plein désarroi consultationnesque…)
- jaddo tu fais chier, maintenant je suis accro à ton blog et en exams, j’ai plein de posts à lire et je suis même pas en médecine
Agad on a même pas besoin d’être en médecine :
- jaddo je suis une épicière mais j’adore ton blog quand même
Mon éditeur est lui-même épicier. C’est des chouettes gens, les épiciers. (Bien mieux que les dermatologues)
- jaddo, on ne se connaît pas mais sache que j’ai réussi mon concours p1 ! yesssss !!
Mais bravo ! Bienvenue ! Fais médecine générale.
- jaddo le lundi, semaine réussie
J’essaierai de balancer celui-là peu après minuit, alors.
- c’est quand même vraiment classe de se faire secourir par jaddo un 1er janvier!
Le monsieur était un peu trop occupé à perdre conscience dans son vomi pour s’en rendre compte, hélas.
- france cette source est un blog http://www.jaddo.fr
Entends-tu, France ? Cette source est un blog.
- jaddo peux tu dire à vincent r de créteil que je hais sa fac et qu’en tant qu’interne de médecine générale je prefererais me tirer une balle dans le pied que de choisir créteil si j’avais de nouveau le choix ? merci, bisous.
Vincent R de Créteil, quelqu’un hait ta fac et en tant qu’interne de médecine générale préfèrerait se tirer une balle dans le pied que de choisir Créteil si il ou elle avait de nouveau le choix. (Bon, on en gardera une comme ça en running gag par an, mais c’est vraiment parce que j’aime le comique de répétition)
Edit : Interne qui hait la fac de Créteil, Vincent R dit que ce n’est pas la peine de te tirer des balles dans le pied ou ailleurs pour éviter sa fac, car il détesterait être responsable de séquelles locomotrices juste car ils essaient de former des docteurs qui vont à des vrais congrès de Médecine Générale où ce n’est pas les spécialistes hospitaliers qui leur expliquent leur métier qu’ils ne connaissent pas, mais des docteurs qui lisent Prescrire et Exercer, des docteurs qui font attention à leurs patients, et qui leur soient vraiment utiles et pas nocifs. Il va continuer avec tous les internes de Médecine générale qui sont heureux d’être à Créteil.
- jaddo, (genoux à terre), veux tu devenir mon medecin traitant?
…huit cent cinquante-sept, huit cent cinquante-huit, huit cent cinquante-neuf…
- regarde les etoiles de la grande ourse et pense a jaddo. bon courage pr tes patients de demain!
Roh c’est kroooo meugnoooon :D
- salut la dresseuse d’ours - »++ sous l’bus ! » - »bon allé on te laice ;) ont kiff tro ske tu fé mè si ont pe ce pairmaitre lol t trot pa kraidibl de ke tu nou dir tu jouer as wow alor ke t medess1 looool »
Non mais alors là je ferais dire que c’est de la triche en mettant des – « des-trucs-qui-sont-pas-sur-le-blog ». Ça vaut pas.
- les petits externes qui galerent a faire des points aiment jaddo
Je les aime aussi.
- jaddo tu es mon subutex
\o/
- dieu veut que jaddo poste
Ahah ! Peut-être mais :
- jaddo is the law
Donc toc.
- à quand jaddo ministre de la santé, bordel
… mille onze, mille douze, mille treize…
2) Sous-catégorie « Hey, ho, jvais pas me faire engueuler non plus, hein »
- jaddo comment oses tu porter ce nom si tu ne sais même pas combien d’ours il reste dans ma salle de bain, on croit rêver
Bin j’ai prévu de finir par ta salle de bains, et là j’en suis à mille quatorze. J’arrive.
- jaddo elle a jamais reparlé de lithotypographie. :(
Rah, oui, j’avais promis pourtant.
- jaddo elle sait pas tanker
Maiheu.
- jaddo a obtenu son diplome dans un paquet bonux
Toi-même.
- jaddo bien fait grosse vache graisse
D’acc.
- jaddo est moins bien que mon pingouin, mais pas mal pour une ourse
Merci !
- bon, jaddo, grosse feignasse, t’as rien écrit depuis un mois
- jaddo la qualité des posts diminue
>> Je vous renvoie à la blague de Woody Allen sur la nourriture du restaurant qu’est dégueulasse et qu’en plus les portions sont toutes petites.
- jaddo meurt sur tous les boss
Maiheuuu.
- je suis sûr que jaddo serait décevante en vrai
Ouaip.
- jaddo tu pourrais répondre aux commentaires !!
Rah, heu oui mais heu :
- jaddo comment va ta thèse
Voilà.
3) Sous-catégorie « J’invente la drague par recherche Google sauf que ça va finir éculé »
- jaddo je t’aime, fais moi des bébés
C’est pas bien drôle, comme requête, mais quand même, 139 visites, je me devais de souligner l’effort.
- il est minuit dix huit et j’ai fait ma déclaration d’amour à jaddo
On se retrouve à minuit dix neuf pour la 140ème.
- jeune homme beau, fort, intelligent, drôle, cherche jaddo pour aventure folle
- je crois que je suis en train de tomber amoureux de jaddo
- séduire jaddo pour obtenir un rdv avec ses bottes, sa mini-jupe et ses couettes
Vous cassez pas, je suis décevante en vrai.
- jaddo allons dresser une de ces saloperie d’ours ensemble
Toi tu sais parler aux femmes :D
- michel cymes tué par un ours
Épouse-moi.
4) Sous-catégorie « Ils sont venus me faire bonjour gentiment et ils se posent de drôles de questions »
- jaddo aime-t-elle la cuisine italienne?
Oui. Ça se mange. J’aime ce qui se mange.
- jaddo aime-t-elle les ours autant que moi ?
Bin ça dépend, tu les aimes comment, toi, les ours ?
- jaddo c’est bien ici?
Bin ça dépend. Si tu demandes si jaddo, c’est bien ici ? > oui. Si tu me demandes si c’est bien, ici ? > oui.
- chère jaddo, dis, quand tu étais petite, tu voulais vraiment être dresseuse d’our
Oui. Quand on faisait la marelle-bidule, là, qui devait dire si on allait vivre dans un château ou dans un tonneau, je mettais dans la ligne des métiers « Dresseuse d’ours » « Danseuse étoile » et « Neurochirurgien ». (Et je finissais toujours avec un avenir de neurochirurgien mariée avec Alexandre, millionnaire, dans un tonneau avec 7 enfants. Tu parles d’une vie.)
- ppcs, mais qu’est-ce que ça veut dire ? c’est vrai, quoi merde, on n’est pas tous des twitter-dependent !
Première Phrase de ConSult’.
- jaddo as tu vraiment des couettes?
Oui.
- jaddo est-elle une elfette ?
Oui. Avec des couettes.
- mais quand même, à quoi ressemble donc jaddo?
Bin à une elfette avec des couettes décevante.
- s’il te jaddo, parle nous de l’hypothyroïdie !
C’est quand la thyroïde elle marche pas bien et qu’on a pas assez d’hormones thyroïdiennes, et que ça nous rend grosse, déprimée, frileuse et constipée.
- jaddo fait moi rrr comme un ours
rrr. A ton service.
5) Sous-catégorie Tabloïds (c’est l’été)
- guy birenbaum aime les dresseuses d’ours
- jaddo a-t-elle couché avec guy birenbaum
- jaddo et eolas
- jaddo et boulet
- jaddo et winckler
- jaddo a poil avec boulet
- jaddo met un doigt a michel cymes
- jaddo la met bien profond à michel cymes
Et on se demande pourquoi je n’ai plus le temps de répondre aux commentaires.
Catégorie « Urssaf » :
- urssaf incompetent
- urssaf merde
- urssaf nimporte quoi
- urssaf je n’en peux plus
- urssaf allez vous faire foutre
- l’urssaf, c’est le mal
Et voilà, ça y est, on a trouvé la solution pour ne pas avoir de problème avec l’urssaf :
- pas de probleme avec urssaf prostituee
(Ceci est ma catégorie « Action discrète qui insulte les flics pour pas un rond » à moi)
Catégorie « Les ours, on sait toujours pas combien il en reste dans le monde, et maintenant on se pose d’autres drôles de questions. »
1) Sous-catégorie « Ours tout court »
- un ours obèse voit-il son espérance de vie diminue ?
- comment soigner un ours restant dans mon bol?
J’invoque Boules de fourrure.
- forme ours couleur cheveux (couette blanche)
Voilà. La plupart du temps.
- mon ours est déprimé
Meuh non, il est juste hypothyroïdien.
- combien reste il d’ours sur la terre entière?
Sur la terre ENTIÈRE hein.
- combien d’ours blancs ont des dents ?
Le chiffre exact : 89% des ours blancs vivants sur la terre entière. Gniark Gniark.
- combien d’ours sous extranase
Trop.
- combien reste t’il de renard polaire dans le monde
Merci, ça nous change un peu.
- quel cri fait un ours
rrr. A ton service.
- des liste de nom d’ours en français commençant par la lètte ou
Toi j’ai vraiment hésité à te classer dans la catégorie « Dieu Google ».
- facteur de risque d’etre ours
- combien de temps mais un ours pour garder son bébé
- combien y a t il dès peste d’ours
Vous j’ai vraiment hésité à vous classer dans la catégorie « Gneu ? »
- j’ai un ours contrarié en face de moi que faire
Run, you fool.
2) Et, par la magie de Google, sous-catégorie « Ours et urssaf ». (Oui je sais ça pète comme catégorie)
- conseillers urssaf dévorés par un ours
- ours qui mort un conseiller urssaf
- attaquer l’urssaf avec des ours
- dresser un ours pour aller a l’urssaf a ma place
- dresser un ours pour le manger et ensuite aller à l’urssaf à ma place
Je sens qu’un vent de révolte se met en place. J’aime.
Catégorie « En médecine aussi on se pose des drôles de questions » :
- appendicite gauche ou droite
Droite
- est ce que la rate est a gauche du cor ou à droite ?
Gauche
- apprendre a branler un garcon
Gauche droite gauche droite gauche droite. Ah non. Je confonds.
- comment faire gonfler le coude avant aller cher le medecin
En apprenant à branler un garçon. Par exemple.
- faire semblant pour aboir un platre
Même réponse.
- avoir une bite acier avec homeopathie
Bon. Assieds-toi. Faut qu’on cause. Sois fort.
- comment renouveler son sperm au plus vite apres un rapport
Même réponse.
- elle l’étrangle en gonflant un tensiomètre
La salope.
- en quoi est ce grave d’être nulle en cardio
En rien. Suffit d’avoir 5 ou 6 correspondants différents pour pouvoir renouveler les appels du genre « Je lui aurais bien fait un ECG, mais la machine est cassée, vous pourriez le recevoir aujourd’hui ? » et tout roule.
- problèmes erection apres amygdalectomie
Es-tu le mari de la dame qui se demandait en 2009 « quand prevoir une grossesse apres une amygdalectomie » ?
- ou est mon petit colon
Dans ton petit ventre.
- yat il de la coupe de cocaine avec movicol
Non mais ça pourrait être rigolo.
- l’ostéopathie peut elle soigner l’embolie pulmonaire
Question qui reste sans réponse. On manque de survivants pour en témoigner, mais les études restent en cours.
- est ce que les dartres peunt suinter?
Oui. C’est une des règles de la dermatologie, après « Mettons-y des dermocorticoïdes » . TOUT peut suinter. C’est comme ça que c’est plus rigolo à diagnostiquer.
- feuille qui sert de médicament pour le problème contre le pipi
Cranberry. De rien. Bisous. (Dieu Google, en vrai c’est moi)
- fatigue vomissement mal de ventre apres week end arrosé
La gueule de bois. De rien. Bisous.
- les dilutions homéopathique à base d’alcool peuvent-elles faire monter les gamma gt
Il a mangé un sanglier qui avait mangé quelque chose.
- comment conjurer les poussee dentaires des nourrissons
Toum ta ! Toum ta !
- donne moi le medecin traitement des varices aux jambes trois-rivieres
Kalimaaaaa Shoooptide !
- femmes borée qui font pipi
J’invoque Borée.
- que mon fils a bu la bouteil de doliprane que faire
Alors je suis désolée de répondre si tard, mais va aux urgences, hein. Genre vite. (Ceci était une réponse sérieuse, pardon)
- vidal pour femme enceinte en ligne
Le Crat. De rien. Bisous. (Ceci était encore une réponse sérieuse, blabla, utilité publique tout ça.)
- comment s’écrit hypochondre
Alors troisième réponse sérieuse dans la foulée. Moi, on m’avait dit en cours d’étymo que « chondre », c’était pour cartilage : genre chondroplaste. Alors que « condre » , c’était pour côte, genre « hypocondre ». C’était la seule fois de ma vie où j’avais trouvé ce prof vomitif intéressant, et je n’ai jamais retrouvé de confirmation par la suite. Il semble que tout le monde écrive « Hypochondre », et je suis tristesse.
- betadine a la place de cocaine
NON MAIS ÇA VA BIEN DEUX MINUTES À LA FIN.
- qui délivre gynecologue n’a^pas le droit de prescrire les bons de transport
Permettez moi de me gausser. Sinon je m’énerve, alors bon, je préfère me gausser.
(Note pour ceux qui savent pas : les spécialiste – ou les urgences – qui vous disent qu’ils n’ont pas le droit de faire un arrêt de travail / un bon de transport mentent. Genre comme des arracheurs de dents. C’est pas le droit qui leur manque, c’est l’envie. Ils ont la FLEMME, voilà.)
- qui veut écrire ma thèse de médecine générale
Si tu trouves, sache que mon mail est disponible dans la page contact, là, en bas à droite. Sois béni.
- salope de la pharmacie 28 r bourets
On transmettra. (Running gag n°2)
- extranase à quoi ça sert bordel
Mais t’énerve pas, putain. Ça fait quinze fois qu’on te dit que ça sert à rien. Faudrait que ça finisse par rentrer, hein.
- test pipi sel nuage au milieu
Non mais visiblement, y a un truc, hein. En 2008, quelqu’un se demandait déjà « le test de pipi dans du sel » . Je veux toujours bien la réponse, ça a toujours l’air rigolo.
NOUVELLE Catégorie « Tu sens » :
tu sens la chamelle
tu sens le babouin
tu sens le bledar
tu sent le book
tu sens le brie
tu sens le chameau
tu sens le coumba
tu sens le fennec
tu sens le guacamol
tu sens le gymnase
tu sens le koudi
tu sens le manioc
tu sens le ranci
tu sens le ratapon
tu sens le srtoudels
tu sens le sushi
Bin autant vous dire que je suis épatée que tous ces mots soient dans mon blog.
Catégorie « Je cherche un truc, mais ULTRA PRÉCIS (et de cul) » :
- belles founfounes
- regardé un zizi et founfoune
La founfoune, ce territoire inexploré.
- je met mes photo de mon vaguin sur le net
- photo d’un vaguin propre sans agréssivité ni pornographique
Le vaguin, ce mystère. (mais propre)
- voir la plus belle vagin de france
- recherche des putes sur cannes pour faire l’amour
Ouais, parce que des putes pour faire un tennis, ça fait cher la partie.
- voir des video des femme qui fait pipi gratuit qui fait pipi au bore d une route
Non parce que dans des toilettes de gare payantes c’est moins rigolo.
- femmes enculées sur un tourniquet sur arte
Ok, oui, mais quel mois ? Sois précis, que diable.
- blog des femmes medecins sur le toucher rectal effectuer sur leur patient
Bon. Alors tout un blog là-dessus, va falloir être inspirée.
Catégorie « Dieu Google » :
Ça, pour les nouveaux, c’est la catégorie des gens à qui on a trop répété que Google était leur ami. Qui ont fini par y croire vraiment. Et qui lui posent des questions en s’imaginant que la Voix Ténébreuse de Google va sortir des enceintes pour répondre.
- j’ai eu mes regles le 3 aout 2010 prise de pilule le 04 aout2010 arrete le 10 aout a quelle date j’aurais mes prochaines regles le ou plus tard
Tu auras tes prochaines règles le 6 septembre. Au plus tard le 12.
- comment soigner un pouce avec une épine de rosier dans le doigt celui ci fait trés mal et gonfle
Zut, j’avais la réponse mais avec « épine de cactus ». Désolée :/
- traduire en francais tango charly
Tango charly. De rien. Bisous.
- il a t il des pede chex transport mercier et fils
Non mais merde, quoi, c’est vrai, ON EST QUAND MÊME EN DROIT DE SE POSER LA QUESTION !!
- je suis bientot a la retraite anticipée et je souhaite faire un petit discours de départ pouvez vous m’aider
Moyen.
- comment dire à une personne désolé je ne peut pas continue avce moi la mémoire de fin d’etude
Désolé, je peux pas continuer avec moi le mémoire de fin d’étude. Mais je peux continuer avec toi, si tu veux. Si nous allons mieux.
- metier pour ceux qui aiment les vaches , qui aiment réussir, d’ etre un vraix medcin ,aiment bien l ecole ,recommencer s’ils ont rate et d’ etre juste
Toi je t’aime d’amour.
- réponse à 1 mail avec beaucoup d’humour quelqu’un qui ne viendra plus imprimer dans mon service
Bon alors c’est un fou qui repeint son plafond, et tu vois, l’imprimerie ? Bin un autre fou arrive…
- what does « je suis trop fereme » mean?
Je suppose que ça veut dire « Je suis trop fereme ». Ça ne t’avance pas beaucoup.
- cherche des images rigolotes qui parle d’un copier coller
Bon alors imagine l’image d’un fou qui…
- coucou comment tu vas?j’espere tout baigne chez toi et je suppose que tout les jours te comblés de compliments et que la longue tu as la tête pleine,mais je ne peux me retenir et te dire a quel point tu es ravissante je me nomme youssouf et toi?
Moi je me nomme Jaddo. Uhuh, Youssouf, grand fou, va.
Catégorie « Gneu ?? » :
- pupuce top chef :
Juste en hommage à ce type qui ne me cherchait visiblement pas et qui est resté 35 min sur mon blog.
- « dont je suis persuadée qu »
Sérieux, je suis la seule fille au monde à avoir écrit ça ?
C’est pas français, « … dont je suis persuadée qu’il… » ?
- allez-vous m’envoyer aussi copie de votre correspondance avec votre belle-soeur? au fait, suce-t-elle?
Parce qu’on aimerait savoir.
- esque urssarf et pres a payer mediator
Même pas en rêve.
- faire 1 phrase avec vestiaire sonnerie et bouée
J’étais dans le vestiaire avec ma bouée quand soudain (là je dis soudain mais c’est une clause de style destinée à éveiller votre intérêt de façon à peine honnête dans la mesure où c’est en vain qu’on pourrait tenter de déceler la moindre trace de soudaineté dans l’action qui va suivre) la sonnerie sonnait.
- j’ai besoin d’une dame du sexe de l’amitié dans le courrier électronique en ligne à france email 2009
Ok. On transmet.
- je vais faire semblant de taper histoire de faire genre je bosse mais putain j’ai pas envie.
Je te comprends.
- mon stylo noir va te réduire en bouillit saloperie de test
Dans ton fion, face de test.
- s’il suffit de se faire des couettes et de manger une sucette je signe.
J’ai signé. Vas-y sans crainte.
- si pas cucu pas toto
C’est vrai.
- ta aucune permission de toucher au lion mais dit moi ton fantasme ma le controler
Certes.
- la galle du chêne les petie doqument pour quoi il y a des mouche
Pour égayer.
- traiter quelqu un de parano est ce une insulte ?
POURQUOI ?? QUI A DIT ÇA ??
Comme à la télé.
24 juillet, 2011
La dernière fois que ma grand-mère a été hospitalisée, c’était dans le CHU de mon externat. Juste en face du service d’urgences.
Y en a beaucoup dans tout le CHU, des services d’urgences, mais là, je parle de mes urgences. Le service dont je dis toujours le nom dans ma tête avec des majuscules partout, mon service MadeleineDeProust à moi.
Le service où j’ai commencé et où j’ai fini mon externat.
On pouvait être en stage aux urgences et passer trois mois entiers là-bas, mais on pouvait aussi y être de garde quand on était en stage dans pas mal de services alentour, et moi j’avais fait les deux. Plusieurs fois, même.
C’est là que j’ai fait la première garde de ma vie, la nuit de mes vingt-deux ans.
Ouais, parce qu’à la répartition des gardes, Ginette avait pris la parole. Ginette, c’est l’espèce de fille bizarre au fond de moi qui avait un petit orgasme à dire « Non, le réveillon je peux pas, je suis de garde », qui rendait supportables les semaines à 115 heures (mon record) parce que même si on était épuisé, c’était quand même putain de classe. C’est la fille qui est contente quand Nicole demande un médecin dans le train, et que je me lève en faisant semblant de soupirer.
Donc personne ne voulait de cette garde, et moi c’était la nuit de mon anniversaire, et Ginette avait dit « Bon, bin j’la prends… » avec ce mélange de résignation et de jouissance. Ginette avait sans doute déjà en tête que dix ans plus tard, la phrase « La première garde de ma vie, c’était la nuit de mes vingt-deux ans » me ferait plaisir à dire. Ginette aime bien les symboles.
Bref, c’est là que j’ ai fait ma première garde. C’est là que j’ai eu mon tout premier patient à moi.
J’avais suivi quelques dossiers avec l’interne, et puis il avait dit « Bon, le prochain, tu le vois toute seule », et j’étais restée assise devant le bout de bureau où l’infirmière posait les dossiers des entrants, en flippant ma mère. Ginette serait contente de vous dire que le dossier est arrivée quelques minutes après minuit.
J’avais tout imaginé pour mon premier patient, j’avais fait défiler les possibilités dans ma tête en flippant pour chacune. Et si c’était un patient polypourri auquel je n’allais rien comprendre. Et si c’était un truc super grave que je n’allais pas voir. Et si c’était une connerie d’entorse qui allait bousiller mon symbole.
Le premier patient de ma vie, quelques minutes après les minuits de mes vingt-deux ans, c’était un type d’une vingtaine d’années, sympa et drôle, qui répondait facilement à toutes les questions, et qui avait mal en fosse iliaque droite, 38,5 de fièvre, vomi une fois, et une petite hyperleucocytose mais pas trop. Je crois que je lui ai fait super peur. Le type a pas compris pourquoi j’ai affiché sur mon visage l’envie de l’embrasser quand il a répondu « Oui » quand j’ai demandé si la douleur se réveillait quand je cognais sur son talon et si ça avait commencé d’abord plus haut vers l’estomac. Je lui ai expliqué en sautillant et en parlant trop vite et en faisant des blagues et en disant beaucoup trop de mots qu’il avait une appendicite comme dans les livres, et ce con a même pas eu l’air fier. Ginette ne s’en est pas offusquée, elle s’était déjà évanouie de bonheur.
C’est là que j’avais fait ma toute première suture sur un patient pas endormi-au-bloc.
C’était une fille brune, jeune, folle. Elle s’était tailladé tout l’avant-bras avec une lame de rasoir. Il y avait une vingtaine de plaies, les unes à côtés des autres, dont deux ou trois qui méritaient une suture. Autant vous dire que pour y coller un champ stérile prétroué, c’était pas gagné d’avance.
Elle n’avait pas ouvert la bouche une seule fois, elle était assise et elle fixait mes mains avec de très grands yeux sombres qui ne cillaient jamais. Moi je fixais mes mains aussi, parce qu’elles tremblaient comme deux petites parkinsonniennes avancées et que je n’arrivais pas à les maîtriser. C’était visible à l’œil nu et à trois bornes, qu’elles tremblaient, et ma patiente silencieuse qui ne voulait pas regarder ailleurs. « Uhuhuh, j’ai bu trop de café », j’avais fait.
J’avais réussi quand même de jolis points, du travail propre, et puis j’étais allée souffler deux minutes, en laissant ma patiente dans la salle de sutures. Celle avec l’armoire avec les scalpels et les fils et les aiguilles, ouais.
C’est pas moi qui y étais retournée quand il avait fallu la recoudre une seconde fois.
C’est là que j’ai annoncé ma première grossesse avec violons et cymbales et gnangnanteries.
C’est là que j’ai appris à me laver les mains à la Bétadine comme Benton et que tout le monde arrivait à faire de la jolie mousse jaune vaporeuse sauf moi, qui frottais pourtant mes mains quasi à sang et qui n’arrivais à en tirer que des espèces de dégoulis oranges qui coulaient pitoyablement le long de mes avants-bras.
C’est là que j’ai raté mes premières réductions d’épaules.
C’est là qu’une fois, la chef de clinique avait dit « Bon, j’ai un boulot pas rigolo à te confier ». Je m’attendais à du vomi à aller nettoyer, ou douze ECG à faire dans un service quelconque, mais elle avait dit « Il faut aller recoudre une morte ».
Jeune femme VS camion, et le camion avait gagné, et il y avait des centaines de points à faire un peu partout. Je bénis encore l’infirmière qui était restée avec moi tout du long, et qui avait rendu ça un peu moins glauque.
C’est là que j’ai fait mes premiers plâtres, avec l’interne, « Je bande et tu mouilles » à chaque fois, mouahahah.
C’est là qu’on avait reçu ce patient âgé pour une douleur dans le ventre, sous les côtes, qui l’avait réveillé en pleine nuit, mais pour qui l’écho abdo ne trouvait rien d’anormal.
Je l’avais ré-interrogé, consciencieusement, comme toujours, et puis il avait dit je ne sais plus quelle phrase qui m’avait aiguillée. L’infirmière m’avait pourrie quand j’avais demandé des gaz du sang, parce qu’on était en chirurgie, qu’on ne faisait pas de gaz du sang ici, que le type avait une bonne sat’ et qu’elle voyait vraiment pas pourquoi on ferait des gaz du sang.
Elle m’avait pourrie, et la fin de l’histoire s’était passée dans le service d’à côté, pas en chirurgie, et dans une telle indifférence vis-à-vis de moi que j’ai vraiment cru jusqu’à aujourd’hui qu’on l’avait trouvée par hasard, que je m’étais plantée mais que par hasard il s’était trouvé que j’avais bon quand même. C’est en y repensant là maintenant que je réalise que si, c’est aussi dans ce service-là que j’ai diagnostiqué ma première (et ma seule, du reste) vraie embolie pulmonaire, et que j’ai probablement sauvé la vie de ce type.
C’est là que j’avais vu la fille qui bouffait des fourchettes et qui en était à sa 32ème opération, c’est là que j’avais eu mon premier corps étranger rectal. Un gamin de 16 ans, qui était arrivé aux urgences avec ses parents et sa brosse à dents coincée dans les fesses, qui m’avait dit en regardant le sol « Vous en voyez souvent des crétins comme moi ? ».
« Tous les jours », j’avais menti. J’imaginais ces longues, longues minutes de solitude entre le moment où il s’était dit « C’est coincé » et le moment où il s’était résigné à se dire « Faut que j’en parle aux parents ».
Le radiologue avait tiré plusieurs clichés, comme toujours, et les internes et les externes se les étaient partagés en rigolant, et j’avais même pas réclamé le mien, même si bien sûr j’avais ricané comme les autres.
C’est là qu’on regardait les radios en faisant la blague « Mmmm c’est cassé » .
C’est là que j’ai demandé à un patient énucléé s’il permettait que je jette un œil.
C’est là qu’il y avait la salle de repos avec les inscriptions sur les murs, les canapés défoncés et l’odeur de clope froide qui s’échappait jusque dans le couloir des patients.
C’est là qu’il n’y avait pas de chambre pour l’externe de garde, et où j’avais passé quelques bouts de nuits dans le box gynéco, sur le lit avec les étriers.
C’est là qu’on bossait en pyjama de bloc comme dans les séries télé, et qu’on se changeait dans les toilettes parce qu’on n’avait nulle part ailleurs où se changer.
C’était le paradis de Ginette.
C’est là que j’avais fait mon tout dernier stage d’externe.
En déménageant pour mon internat, je leur avais légué mon vieux canapé, défoncé aussi, mais un peu moins que les leurs. Ginette adorait l’idée que les futures promotions d’externes passent quelques nuits sur mon canapé.
Et me voilà donc sur le trottoir, l’hôpital avec ma grand-mère dedans dans le dos, la porte des urgences face à moi.
J’y vais, en me sermonnant d’avance.
Bien sûr, une première couche de pensées imagine que je vais passer une tête dans la salle de garde, que je vais entendre « Sapristi, c’est Jaddo ! », que je vais reconnaître des gens, que je vais retrouver mon vieux canapé dans la salle de repos.
Une deuxième couche se doute bien qu’un inconnu va me dire « Hep, où allez-vous ? » quand je vais prendre le couloir qui y mène.
Et puis j’y vais quand même, pour voir.
Ça a changé, mais pas tant que ça. Les choses sont grosso modo au même endroit, la pièce des docteurs, le petit couloir, les toilettes, la salle de repos.
Personne ne me remarque, personne ne me parle, je réussis à me faufiler jusqu’à la salle de repos sans être arrêtée, même si j’ai pas de blouse.
Ça a changé, mais pas tant que ça. Des vieux canapés défoncés, pas le mien, des inscriptions sur le mur, pas la mienne. Un grand black vautré devant la télé. Un chirurgien, à sa tenue.
Je jette un coup d’œil circulaire, je fais un vague signe de tête au grand black que j’espère genre « Mais non mais non, je ne suis pas une intruse, j’ai une raison légitime d’être là », et je fais demi-tour.
« Hey ! »
Oh mon dieu le grand black m’a appelée. Il parle sans sourire, d’un ton neutre, il pose ses phrases l’une après l’autre. Il affirme.
« Vous étiez externe ici. »
Oh mon dieu. Oui Monsieur.
« Je me souviens de vous. »
Oh mon dieu.
« Vous étiez une EXCELLENTE externe ».
Ginette cogne de tous ses poings dans ma poitrine. Six ans après, bordel. On est six ans après mon dernier passage ici.
« Vous aviez un seul défaut… »
Oh mon dieu.
« … vous fumiez. »
Pour modifier, tapez 1.
1 juin, 2011
Je vais vous re-situer ce que ça signifie, pour les gens qui la passent, une épreuve de statistiques de PCEM1.
Ou du moins essayer. Parce que, je l’ai déjà dit, c’est très difficile de raconter ces années-là. Raconter à quel point c’est fou, à quel point c’est sauvage, à quel point on change de monde. On arrive dans un monde où il est NORMAL de boire son café à la paille pour avoir les mains libres pour faire des exercices de biophysiques en même temps. Où il est normal de décliner l’invitation aux 18 ans de ses meilleurs amis. Où on joue notre vie, et où on ne le sait que trop bien.
Et où tout va se jouer sur quelques jours, quelques heures de concours.
On va cocher des cases, sur un joli formulaire. On va embarquer 8 stylos au cas où 7 tombent en panne parce qu’on ne sait jamais. On sait que les choses se jouent à 1/10ème de point près, à une case. Et, si on a une panne de métro, ou une gastro, ou si on a décalé les cases d’une ligne, on peut passer à côté de notre vie.
Ou juste si on a raté une seule case que le voisin a réussie, au demeurant.
Je vais vous raconter comment s’est passée, pour moi, l’épreuve de statistiques de ma première année de PCEM1.
J’avais passé le gros de l’année à lire Picsou Magazine en mangeant du beurre de cacahuètes (ce n’est pas une métaphore ; en vrai, j’avais récupéré des vieux Picsou Magazine de la maison de vacances qu’on avait vendue), parce qu’il m’a fallu à peu près toute cette année là pour comprendre qu’il allait falloir changer de monde. Pour comprendre ce qu’on attendait de nous (apprendre sans comprendre), le genre de bidules qui « tombaient » aux examens (l’exception dont tout le monde se cogne), et comment réussir à se les foutre dans le crâne (en buvant son café à la paille).
Donc, je me suis pointée aux épreuves de statistiques, à la fin de l’année, en sachant que l’année était déjà perdue pour moi.
Quand même, il y avait des matières que j’avais bossées, dans l’idée de préparer la deuxième année, et les statistiques ne faisaient clairement pas partie de celles-là.
Je pense que c’était le truc que j’avais le moins bossé. D’ailleurs, j’ai eu zéro.
Donc, j’ai passé l’épreuve à essayer de comprendre vaguement des histoires de boules rouges et de boules noires, et surtout à chercher s’il n’y avait pas quelque part une question de cours, une formule à recracher bêtement que je pourrais trouver dans ma calculatrice.
Parce que dans les trucs constructifs que j’avais faits en première première année, une fois qu’il était acquis que ce ne serait pas pour cette fois, il y avait de rentrer dans ma calculatrice tout ce que je pouvais rentrer dedans.
On avait le droit à la calculatrice pour deux épreuves, les stats et la biophy, et c’était les trucs programmables qui nous paraissaient fous de technologie à l’époque, même qu’on pouvait programmer un jeu de morpion dedans si on était très très fort.
Et donc, pour ces deux épreuves là, on rentrait tout ce qu’on pouvait de formules dedans. Quand on était moi, on y passait des heures et on rentrait même des exemples d’exercices au cas où, parce que c’était quand même vachement moins culpabilisant que Picsou. Une calculette de dingue, que je m’étais préparée. (et dont l’usage a été interdit lors de ma deuxième PCEM1, mais c’est une autre histoire)
Donc l’heure s’est passée, longuement, et j’ai coché des cases au pif ou à l’intuition de ce qui avait davantage la gueule d’une bonne réponse, et à la fin j’ai eu zéro.
Et puis je vais vous raconter comment s’est passé, pour le reste du monde, l’épreuve de statistiques de ma première année de PCEM1.
Au bout de quelques minutes d’épreuves, y a un prof qui s’est dit « Hey !! Mais ils peuvent entrer des formules dans leurs calculatrices !!?? »
Ouais, la découverte, tu sais.
On avait une liste officielle des calculatrices autorisées et tout, avec dessus 3 modèles d’où qu’on pouvait rentrer des formules et des antisèches dedans, et c’était comme ça depuis la nuit des temps, et les mecs réalisent ça, au pied levé, après le début de l’épreuve de stats.
Alors ils ont décidé que ça n’allait pas du tout, de pouvoir rentrer des formules dans sa calculatrice.
Et alors ils ont fait le tour des salles d’examens, pour supprimer aux gens les calculatrices des modèles qui permettaient les antisèches. Soit 100% des gens, hein, tu penses bien que personne n’allait se pointer aux épreuves avec une calculatrice solaire alors qu’on avait le droit, depuis toujours, aux calculatrices-à-morpion.
Donc y a des types qui se sont fait sucrer leur calculatrice au bout de 8 minutes d’épreuve, parce que leur salle d’examen était juste à côté de la salle du prof qui avait réalisé que ça n’allait pas du tout.
Y a des types qui se sont fait sucrer leur calculatrice au bout de 11, 13, 18, 35 minutes.
Y a des gens comme moi qui étaient dans la salle tout au fond et qui ont découvert après coup en parlant aux copains qu’ils s’étaient fait chourer leurs calculatrices en plein concours, et qui ont gardé la leur tout du long en ne se doutant de rien.
Il y avait ceux qui avaient, à côté de leurs 7-stylos-au-cas-où-tous-tombent-en-panne, une calculatrice solaire qu’ils ont pu garder et avec laquelle ils ont quand même pu faire le gros de leurs calculs.
Je vous rappelle qu’on parle d’une épreuve annuelle, d’un concours, organisé de longue date, où des gens jouent leur carrière.
Bon, moi, ça a pu me permettre de justifier mon zéro à ma mère. « Maiheuuuu, ils nous ont retiré la calculatrice, les chiens jaunes ! »
Mais pour tous les gens dont c’était la deuxième première année, pour l’injustice injustifiable qui leur a été faite ce jour-là, pour l’aberration totale que c’est, de faire un truc pareil à des gens, il faut vraiment qu’on vienne m’expliquer comment cette épreuve n’a pas été annulée (parce qu’elle n’a pas été annulée, hein, et les résultats ont été validés, et les résultats ont compté pour décider de l’avenir de plusieurs milliers de gens) et comment des bureaux n’ont pas pris feu dans la nuit.
Toutes mes pensées vont aux D4 de cette année.
Serrez les dents, tenez le coup, encore, et surtout ne lâchez rien.
Le syndrome d’Under-Woman
23 mai, 2011
Ça pue la gitane sans filtre jusque dans le couloir.
Je suis fumeuse ; mon propre appart sent la clope froide en permanence, je suis un peu rodée. Mais là, même moi qui n’suis pas aussi chicandière, j’ai eu quelques secondes de suffocation en franchissant la porte.
C’est Madame qui m’ouvre. J’aperçois son sourire à travers le nuage de fumée, elle me tend une main décidée, elle m’invite à la suivre au salon qu’elle rejoint en boitillant d’un pas ferme. C’est le genre de femme à boiter d’un pas ferme.
Figé dans son fauteuil, Monsieur regarde par la fenêtre quand j’arrive. Il est en pyjama, il tient une canne dans la main. Je ne sais pas trop à quoi sert la canne, étant donné l’urinoir posé au sol et les débris alimentaires autour du fauteuil. Il est aussi sec qu’elle est ronde, blanc comme sa gitane qu’il finit par écraser dans le cendrier de la table basse. Il me serre la main en me jaugeant du regard. J’ai l’impression d’être un représentant qui vient lui vendre une encyclopédie dont il se cogne. Il marmonne une réponse à mon bonjour, puis tourne la tête à nouveau vers la fenêtre.
Madame s’assied à la table, joviale, face à son cendrier à elle.
La table ressemble aux tables des gens qui attendent la visite du médecin : des tas d’ordonnances empilées, un ou deux dossiers cartonnés, des enveloppes, un chéquier, deux cartes vitales, quelques boites de médicaments.
Il est difficile d’expliquer à quelle vitesse et sur quels indices on se fait une idée des choses et des situations.
Ça fait deux minutes que je suis là et j’ai déjà mon schéma en tête : lui, AOMI qui emmerde les médecins et que les médecins emmerdent, stade « du lit au fauteuil » , proche du stade « et puis du lit au lit », peut-être cancer.
Elle, au moins aussi malade que lui mais ne peut pas se permettre de boiter.
Tous les deux mal et peu suivis.
L’historique brouillonne que j’arrive à reconstituer avec Madame me confirme mes préjugés. Suivis par le Dr Carotte depuis très peu, puisqu’ils viennent d’arriver ici et qu’ils avaient un autre médecin là-bas.
Sur l’ordonnance de monsieur, du Symbicort qu’il ne prend pas, du Doliprane qu’il ne prend pas parce que « Ça ou rien c’est deux fois rien » , du Renutryl qu’il prend quand Madame le force, « parce qu’en dehors de ça il mange rien Docteur. »
C’est une ordonnance bien courte au vu de la gueule de Monsieur.
Bien courte aussi au vu de la gueule de ses dernières analyses biologiques, avec notamment une Hb glyquée à deux chiffres.
« Ah oui, il a été diabétique un moment, me dit Madame, il prenait du Glucor mais là il en prend plus le médecin avait dit que c’était plus la peine. Moi je suis diabétique, mais lui il l’était plus normalement. C’est moi, le diabète. »
Monsieur se laisse examiner de mauvaise grâce et répond monosyllabiquement à une question sur deux, me permettant de confirmer au moins l’AOMI, la BPCO et le rythme très espacé des toilettes.
La tension est correcte, parce qu’il faut bien sauver quelque chose.
Quand je retourne m’asseoir à la place qui m’a été attribuée autour de la table, il se tourne à nouveau vers la fenêtre et rallume une gitane. Ok. Marchons sur des œufs.
Parce que j’ai besoin de plus de temps pour décider de ce que je vais essayer de faire de tout ça, je passe à Madame.
Les analyses de Madame sont du même acabit, avec un diabète super déséquilibré, un cholestérol indécent.
Une ordonnance plus traditionnelle néanmoins, avec un peu plus de lignes. Elle fait ses piqûres d’insuline toute seule, mais le Glucophage elle a arrêté parce que ça lui chamboulait tout là d’dans.
Je lui demande si elle m’a fait venir uniquement pour le renouvellement, si tout va bien par ailleurs, si elle ne se plaint de rien.
« Ah si jvoulais vous montrer quelque chose » , elle dit.
Elle m’entraîne dans la chambre, elle s’allonge, elle remonte sa robe, elle baisse sa couche. Elle m’explique au passage qu’elle a des fuites depuis un moment, alors elle a acheté des couches. Ça ne semble pas lui poser de gros problème. Elle a des fuites, elle mets des couches, histoire réglée.
« Ça fait un moment, j’ai comme un abcès à l’aine, j’avais déjà eu ça mais là ça revient pis jme suis dit que ça allait partir mais ça part pas » , dit-elle en soulevant les fesses et en tirant la couche à ses chevilles.
L’odeur de la gitane ne masque pas celle du pus et de la macération. Effectivement, oui, y a comme un abcès.
Ça ressemble à une maladie de Verneuil, tellement y a comme un abcès. (Note aux lecteurs non médecins qui s’apprêtent à taper « Maladie de Verneuil » dans Google Image : attention ces images peuvent choquer.) C’est fistulisé de partout, ça s’étend sur tout le pli inguinal, ça suinte, c’est gonflé, c’est rouge, ça sent terriblement mauvais.
« Alors j’ai mis du Dakin pour désinfecter mais j’ai pas l’impression que ça s’arrange beaucoup. »
Tu m’étonnes qu’elle boite.
La résistance de la machine humaine et la tolérance des gens face aux transformations de leurs corps ne laissent pas de m’impressionner.
Bon. Donc, c’est Beyrouth.
On pourrait les hospitaliser quatre fois chacun.
Il faudrait tout reprendre, lancer des tas de médicaments pour monsieur, faire des tonnes d’examens, ré-adapter tout le traitement de madame, probablement l’opérer.
Bin j’ai fait rien.
Quasi rien. Un peu bougé le traitement de Madame, lancé des antibios et des soins locaux, renouvelé le Renutryl de Monsieur, serré les mains et suis partie.
Parce que je me méfie du syndrome de Wonder Woman.
La jeune médecin qui débarque, tourbillonne dans une jolie tornade, sort son lasso doré pour taper sur les doigts de Monsieur parce qu’il faut absolument arrêter de fumer parce que c’est pas possible et que ça lui pourrit les artères, et qu’il faut prendre des médicaments pour le diabète, et qu’il faut prendre son Symbicort parce que c’est pas bien de pas le prendre et que d’ailleurs depuis combien de temps il a pas vu un pneumologue pour ses poumons et qu’il a pas fait un doppler.
Parce que je ne comprenais pas tout de la situation, qui existait bien avant que je ne vienne poser ma mini-jupe rouge sur cette chaise sale.
Parce que peut-être, par exemple, que Monsieur a aussi un cancer du poumon et que les précédents médecins ont jugé préférable de lui foutre la paix.
Parce qu’un type qui a fumé trois gitanes sous mon nez pendant les 50 minutes de ma présence chez lui n’a probablement pas attendu que je surgisse dans sa vie pour lui apprendre que fumer c’est trop mal.
Parce que ce type là, il va sans doute falloir négocier en douceur le moindre médicament supplémentaire sur son ordonnance si on veut avoir une toute petite chance qu’il le prenne.
Parce qu’il y a forcément une raison à cette sous-médicalisation à outrance, qu’il va falloir la comprendre pour essayer de rouler avec.
Parce qu’on n’est pas à une semaine près, parce qu’on ne change pas les choses d’un coup de baguette magique aussi enthousiaste soit-il.
Parce que ces gens ne me demandaient rien et ne se plaignaient de rien.
J’ai fait mon Under Woman.
J’ai cru lire dans l’œil de Monsieur un poil d’intérêt et un poil de respect quand il a vu que je ne poussais pas des hauts cris et que je ne le sermonnais pas. J’ai eu l’impression de partir en ayant posé de bonnes bases pour pouvoir peut-être commencer à faire un peu de médecine à la visite suivante.
Et le bon équilibre, ce qu’il aurait fallu faire, jusqu’où il aurait fallu bousculer les choses, franchement, je ne sais pas.
Peut-être que j’ai pris cette décision aussi un peu parce qu’elle était plus facile et plus confortable pour moi.
Peut-être j’ai voulu faire ma frimeuse à la je-vais-vous-montrer-que-je-suis-pas-comme-les-autres-médecins-et-que-moi-je-vous-respecte-et-vous-allez-voir-un-peu-comme-je-suis-la-reine-de-l’établissement-du-lien-de-confiance.
Peut-être que je me suis trouvé de bonnes raisons de ne pas savoir quoi faire, que j’ai collé un alibi à mes couettes.
Peut-être que l’argument « Oui non mais je sais qu’il est mort Msieur l’Juge, mais vous comprenez j’ai pas voulu le bousculer avec sa gueule de non-compliant… » n’est pas super solide.
La semaine dernière, j’ai réussi à ajouter un antidiabétique, de l’aspirine et un antalgique sur l’ordonnance de monsieur, avec moultes précautions oratoires.
A un moment, quand j’expliquais ce que je proposais d’ajouter et pourquoi, il a brandi sa canne pour me menacer avec, mais son œil souriait. On verra bien comment ça va se passer.
Elle, son pli inguinal ne s’était pas franchement amélioré. Elle m’a appris entre deux phrases sur autre chose qu’on lui avait « enlevé un naevus à cet endroit là il y a quelques années ». Je n’aime pas bien ça.
A la prochaine étape, il va sans doute falloir quand même finir par hospitaliser Madame, et gérer la situation de Monsieur qui ne peut pas rester seul à la maison.
Ils m’ont demandé si ça pouvait attendre leur retour de vacances, ils partent dans le sud pour voir leurs enfants et leur nouveau petit-fils.
J’ai dit oui.
Je ne sais pas si j’ai bien fait et j’ai la frousse.
Même pas mal. Merci.
17 mai, 2011
Alors on va essayer de pas tomber dans le gnan-gnan, mais je préviens d’avance que ça va être dur.
Donc, il y a un mois et des, il m’est arrivé ce braquage. Rien de cassé, rien de si grave, mais quand même un petit séisme dans une vie bien rangée. Un peu comme si, sans que j’aie rien demandé à personne, on m’avait bazardée d’un coup dans un monde parallèle, tout semblable au mien, mais en un peu plus gris, en un peu plus moche, en un peu plus effrayant.
Dans ce monde là, y avait dans la poche de mon sac un Iphone qui ressemblait à ça, et qui marchait plus trop bien.

Et même si ça n’a rien à voir avec le braquage, sur le mur de mon salon y avait une magnifique lampe en papier Ikéa à 6 euros 50. Qui ressemblait à ça :

Et puis, sans que j’aie rien demandé à personne encore, vous êtes arrivés avec vos mots et vos messages et vos Jaddothons.
Grâce au Jaddothon, mon Iphone y ressemble à ça et il contient l’intégralité intégrale de toute ma musique et même qu’y reste encore plein de place dessus.

Grâce au Jaddothon encore, le mur de mon salon il ressemble à ça : 
Même pas vous avez idée comme cette plante est belle.
Je vous la mets en plus grand pour que vous imaginiez un peu mieux.

Un peu comme si on m’avait rebazardée dans un monde parallèle-parallèle, qui ressemble à celui du début, mais en un peu plus doux, un peu plus lumineux et un peu plus chaud.
Grâce à vos mots, (et puis aussi un peu grâce à mes parents qui visiblement ont fait du joli taf côté apprenons la résilience à notre fille), je peux le dire avec maintenant plus d’un mois de recul : même pas mal.
Allez, en cherchant vraiment, l’honnêteté m’oblige à dire que :
- j’ai pas trop bien dormi deux ou trois nuits de deux semaines après, mais en même temps je partais en vacances et il fallait faire MA VALISE. Dans le royaume des trucs qui m’angoissent, faire ma valise est quand même assez rudement bien placé pour que je ne sois pas sûre de pouvoir attribuer mes insomnies à autre chose.
- j’ai eu deux fois une petite tachycardie de rien du tout, en ouvrant la porte à un type que je n’attendais pas chez le Dr Carotte une fois, et en croisant un type avec un casque de moto dans la rue une autre fois. Genre ça a duré une demie seconde et c’était vraiment à peine un petit oups.
Voilà le bilan pour le moment.
J’en suis pas revenue moi-même de morfler si peu, de pas avoir au moins quelques moments d’angoisse surgis hors de la nuit certains soirs de consult au cabinet.
C’était quand même assez inespéré d’aller si bien.
Et, aucun doute à ce sujet, c’est grâce à vous.
Voilà, c’est pour dire merci.
Je sais que t’aimes pas donner des conseils médicaux, mais…
10 avril, 2011
Un homme de cinquante neuf ans. Pas grand chose comme antécédents. Un poil de surpoids, une tension limite, et comme seul vrai truc notable un trouble du rythme cardiaque, non permanent, qui survenait par poussées, et que les différents traitements essayés n’ont pas réussi à régulariser.
Un jour, alors qu’il se penche pour faire un bidule sur le siège arrière de la voiture, il perd un bout de son champ visuel, il ne voit plus que la moitié gauche de ce qui se passe. Du côté droit de ses yeux, plus rien.
Il appelle pour avoir un avis médical.
« Allez aux urgences ophtalmo », qu’on lui dit.
A ce stade de la lecture, théoriquement, tous les étudiants en médecine qui ont passé la première année hurlent à la mort.
Certains non-médecins doivent même se gratter la tête d’un air circonspect.
Le médecin qui a envoyé un cas typique, parfait, impérial d’AVC aux urgences ophtalmo, c’est moi.
Je n’ai même pas l’excuse de la jeunesse, j’étais déjà interne. Sept ans d’études de médecine derrière moi, pour un cas clinique tellement évident qu’on n’oserait pas le proposer à des troisième année sans leur rajouter des détails tordus qui n’ont rien à voir pour les perdre entre-temps.
Le type que j’ai envoyé aux urgences ophtalmo avec son AVC typique, c’était mon père.
Alors venez me demander pourquoi les médecins refusent de soigner leurs proches…
Je pense que j’ai eu un neurone rebelle, qui a commencé à clignoter pour m’envoyer des signaux.
J’ai appelé un ami médecin. Je me suis entendue dire au téléphone : « Homme de 60 ans, surpoids, flutter ancien, hémianopsie latérale homonyme de survenue brutale et heu…. heu… »
J’avais encore 393 neurones qui s’accrochaient désespérément au décollement de rétine. Et puis j’ai entendu le silence de mon ami, et puis des mots qui partaient : neuro, scanner, urgences. Je ne sais plus qui les a dits.
J’ai recollé mes neurones, j’ai dit « Bon, il fait un AVC, hein ? » et j’ai rappelé ma mère.
Ne vous vexez pas si un ami médecin refuse de vous donner son avis.
Au-delà même du fait que c’est putain de relou de devoir donner des avis à tout le monde, de devoir examiner le poignet de la grand-mère de son amoureux à un repas de famille, de devoir faire comme si on n’entendait pas qu’on est en train de nous demander un avis l’air de rien entre deux verres de rouge, on ne peut pas soigner un proche.
On ne peut pas faire du bon travail, on a les neurones qui s’encafouillent, on a l’espoir que c’est pas grave qui vient submerger les données cliniques, et on se noie.
Je sais que les informaticiens viendront me dire qu’ils en ont marre de devoir donner leurs avis sur les bugs de l’imprimante de la cousine Sylvie, mais ce n’est pas tout à fait pareil. C’est relou pareil parce qu’on n’est pas payés pour bosser 24h sur 24, mais l’imprimante de la cousine Sylvie, ça ne vous remue pas les tripes, ça ne vous bouleverse pas, ça ne vous fiche pas une frousse à dégoupiller 393 neurones sur 394.
Après de deux choses l’une.
Y a les gens dont on se fout. Pour qui c’est pas le moment, pour qui on n’est juste pas en service.
Après mon braquage, alors que j’étais dehors en train de fumer une 57ème cigarette au milieu de l’équipe de flics, y a cette fliquette toute mignonne qui a lâché : « C‘est rigolo que je sois appelée chez un médecin ce soir, parce qu’avec la fièvre que je me tape depuis deux jours… »
Je l’ai regardée en coin, en tirant ma septième bouffée.
« Non parce que j’ai cru que ça allait passer, mais là ça fait trois jours et puis j’ai maaaal à la gooorge ! »
J’ai expiré la fumée de ma septième bouffée, j’ai dit : « Heu, vous seriez pas en train d’essayer de me gratter une consultation, là, par hasard ?« , elle a dit « Huhu non non j’oserais pas voyons » , et j’ai pris ma huitième bouffée.
J’ai un truc, pour les gens dont on se fout.
Quand à une soirée un type me raconte son malaise et comment il est tombé dans les pommes et comment il a vu des étoiles, je fais « Haaaaaaaaaan ! Naaaaaaan ! Ahlala putain comment t’as dû avoir peeeeur uhuhuh lol »
Je rajoute beaucoup de « lol » et de « uhuhuh la fliiiiiippe mort de rire », et la plupart du temps on me fout la paix.
Avec la grand-mère de l’amoureux qui m’explique son Pouteau-Colles en me montrant son plâtre, je dis « Ohlala ça a pas dû être faciiiiiile »
Ca, c’est la technique pour les gens dont on se fout.
A ma voisine d’en haut, j’ai dit que j’étais secrétaire, ça marche bien aussi.
Et puis y a les gens dont on ne se fout pas.
Y a ma nièce que j’ai vue avoir le mal des transports et que j’ai failli chialer tellement elle avait l’air malheureuse à avoir envie de vomir comme ça.
Y a ma sœur qui accouche et pour laquelle je guette mon téléphone portable toute cette nuit de garde, en flippant ma mère parce que je sors d’un stage d’obstétrique où j’ai vu mon lot de drames, et pour laquelle j’ai pleuré de soulagement pendant quinze longues minutes comme une idiote juste parce qu’elle avait accouché d’une enfant qui va bien comme dans 99,9% des cas.
Ne nous demandez pas de vous soigner, nous ne sommes pas bons pour ça.





