Bouillon
6 janvier, 2008
Je n’ai pas de grandes ambitions carriéristes.
Enfin, disons que les ambitions qui me paraissent déjà énormes (avoir un cabinet, avoir des patients qui me respectent et qui me font confiance, et passer à leurs yeux pour un bon médecin) ne sont pas celles qui font rêver la plupart des gens.
Je n’ai pas envie d’être chef de service, je n’ai pas envie d’être prof à la fac, je n’ai pas envie de décrocher les diplômes accessoires qui feront de moi un généraliste spécialisé en veinologie ou en nutrition ou en urgences.
Mais quand-même, parfois, je rêve d’être un jour la grande chef de service, pour imposer mes lois et mes caprices.
Et pour prévenir mon équipe que :
- Dans mon service, on frappe à la porte avant de rentrer dans une chambre. Toujours. Sinon on est viré. Ahahahahhaha, oui, comme ça, pouf, c’est moi qui décide.
- Dans mon service, on appelle les gens par leurs noms, et pas « Mamie » ou « La cirrhose du cinq ».
- Dans mon service, on parle aux gens à la deuxième personne du pluriel. Pas à la troisième du singulier.
- Dans mon service, on se présente aux patients. On dit qui on est et ce qu’on va faire.
- Dans mon service, on met des draps sur les gens qui sont tout nus.
Dans ma longue série hospitalière des « N’oublie pas« , il y a tous ces détails idiots, toutes ces choses insignifiantes, mais qui prendraient si peu de temps à l’équipe soignante, et qui changeraient radicalement le vécu et l’hospitalisation des patients.
Parce qu’il est juste intolérable de voir quelqu’un surgir dans sa chambre sans crier gare, pendant qu’on est tout nu, ou en train de faire pipi, ou en train de se gratter les couilles. Parce que c’est bon, on a bien compris qu’on est là de passage, et que ce n’est pas vraiment notre chambre, mais celle de l’hôpital, celle de l’infirmière, celle du médecin. Qu’ils sont là chez eux, et qu’on est le quatre-cent-vingt-quatrième « patient de la 12 » de l’année. Qu’ils pourraient aussi pisser aux quatre coins de la chambre pour rendre les choses plus claires.
Parce que je prépare un post complet sur l’habitude insensée d’appeler les patientes par leur nom de jeune fille.
Parce que s’il est déjà pénible de s’entendre demander par la bouchère si « elle va bien ?« , alors qu’on est habillée et digne et maquillée, il est parfaitement insupportable de s’entendre demander si « elle a fait pipi ? » alors qu’on a le cul apparent dans une blouse trop petite et mal fermée, la main sur le pied à perf qu’on essaie péniblement de transporter jusqu’aux toilettes, pour, justement, essayer de faire pipi soit-même comme un adulte dans des toilettes normaux, et pitié, pitié, pas sur le bassin pendant qu’on nous regarde faire et qu’on s’impatiente parce qu’on ne va pas assez vite.
Parce qu’il y a un moment où il faut arrêter de prendre les gens pour des cons, et apprendre à faire confiance à leur sens commun. Parce que quand on se retrouve le thorax sous la sonde d’échographie d’un type qui a visiblement 26 ans, qui fronce les sourcils, qui repasse quarante fois au même endroit, qui fait traîner l’examen sur quarante minutes, qui n’explique rien, qui hésite, qui se trouble, qui finit par bredouiller qu’un « collègue va repasser pour jeter un coup d’œil », on a envie de lui dire « Écoute coco, j’ai bien vu, que tu apprends, là, que tu t’exerces. Et ça ne me dérange pas. Et je comprends qu’il faut bien que tu apprennes. Mais juste, il aurait suffit que tu me le dises, que tu te présentes, que tu me le dises, enfin, que tu es étudiant et que tu apprends à faire des échographies, et que tu me demandes l’accord que je t’aurais donné si volontiers. »
Parce qu’avec les équipes qui changent sans arrêt, sur 8 ou sur 12 ou sur 24 heures, les blouses blanches de jour, les blouses blanches de nuit, les blouses blanches du week-end, les blouses blanches des médecins, les blouses blanches du matin, les blouses blanches des infirmières, les blouses blanches de l’après-midi, les blouses blanches des aides-soignantes, on finit par ne plus savoir qui est qui et qui remplace qui.
Parce que toutes ces choses évidentes pour nous (« Bin, je suis le médecin, voyons« ) , qu’on oublie de préciser puisque pour nous, on est le médecin tous les jours, 24h sur 24, et l’externe c’est moins fort que l’interne, et le liseré bleu sur la blouse c’est pour dire qu’on est la sage-femme, ce sont des choses que ne savent pas les gens normaux. Et que oui, il faut s’astreindre à faire l’effort de le redire, à tous les nouveaux patients, tous les quarts d’heure, inlassablement.
Parce qu’il faut se souvenir continuellement que l’hôpital est un monde à part, plein de significations et de peurs et de croyances, et que nous avons une vie pour nous y adapter.
Alors que les patients y sont projetés du jour au lendemain, alors même qu’ils sont affaiblis et malades, et effrayés.
Epique équipe
6 janvier, 2008
Dans la plupart des services où je suis passée, j’ai été la grande chouchoute de l’équipe paramédicale.
Grâce à mes hauts faits. Très très hauts. Voyez plutôt :
- Je dis bonjour
- Je dis bonjour en souriant !
- J’essaie de contourner le sol encore mouillé qui vient juste d’être lavé au lieu de marcher dessus avec mes gros sabots genre C’est-pas-tout-ça-mais-j’ai-des-vies-à-sauver
- Je dis s’il vous plaît quand je demande un truc
- Le matin, avant le tour, dans le dossier des patients, je lis aussi les transmissions des infirmières et des aides-soignantes.
Et plus sérieusement :
- J’ai compris depuis longtemps qu’une infirmière qui a plusieurs années d’expérience dans le même service sait plus de choses que moi qui vient de débarquer, et j’écoute les conseils et les réflexions qu’on me fait.
- J’ai appris depuis longtemps que l’équipe paramédicale est une source précieuse d’informations sur le vrai état des patients. Qui disent toujours « Ca va très bien » au médecin, et « J’ai trop mal« , ou « Je suis constipée« , ou « Je ne veux pas qu’on me transfère dans cet hôpital, c’est trop loin de chez moi » aux infirmières et aux aides-soignantes.
- J’ai une sincère et profonde admiration pour leur travail, qui va très, très au delà de la bête exécution des gestes techniques qui sont prescrits.
Parce qu’elles passent chaque minute auprès des patients, de leurs douleurs, de leurs questions, de leurs plaintes, quand on peut se réfugier derrière nos dossiers et nos chiffres.
Parce qu’elles sont la chair à canon des urgences, parce qu’elles sont au front, et que ce sont elles qui reçoivent en pleine face l’agressivité des gens. Qui sont odieux avec elles et adorables avec nous, puisqu’ on est LE DOCTEUR.
Parce ce que ce sont elles que les patients engueulent quand ils attendent depuis trop longtemps dans la salle d’attente, alors que c’est nous qu’ils attendent.
Parce qu’aux urgences, elles ont la très lourde, et très médicale tâche de repérer si un patient est « grave » ou « pas grave », et de nous alerter en fonction.
Parce que ce sont elles qui attirent notre attention sur le petit qui n’a vraiment pas l’air bien, et qui, parfois, en définitive, lui sauvent la vie.
Parce qu’elles sont nos yeux, nos oreilles, notre adrénaline, et que c’est nous qu’on remercie à la fin.
Parce que pas plus tard qu’aujourd’hui, c’est grâce à l’une d’elle que j’ai pu rappeler un patient que j’avais fait partir avec une ordonnance de QUARANTE FOIS la bonne dose quotidienne de primpéran.
Bref, s’il existe un top-ten des personnes qu’on ne peut pas accuser de se la jouer « Toi et moi on n’est pas sur le même barreau de l’échelle Cocotte« , je crois bien que je mérite d’y figurer.
Et parfois, malgré tout, on se noie dans des conflits qu’on n’a pas déclenchés. Parce qu’on tombe sur quelqu’un qu’on a trop souvent pris pour un con, ou parce qu’on tombe sur un con authentique.
Parfois, tout devient sujet à polémique. C’est la compétition permanente. Ahahah, il va bien voir, l’interne, que j’en sais plus que lui et que je ne suis pas qu’une infirmière à la con.
Non mais je sais, hein, ce n’est pas la peine de t’acharner à le prouver comme ça. Ce n’est pas la peine de chercher la petite bête dans la moindre de mes prescriptions. Ce n’est pas la peine de me le dire sur ce ton triomphal. On pourrait peut-être juste discuter, simplement, de ce qu’on pense meilleur pour le patient. Sans compétition, sans concours, sans sous-entendus, sans guerre des classes inutile, inopérante et absurde. Avec des mots. En équipe.
En équipe, quoi, merde.
Tout ceci devait être le préambule à mon histoire avec le brancardier de réa.
Comme ça commence à faire long, comme préambule, je vais m’arrêter là et me garder le brancardier sous le coude.
Tu n'apprendras jamais, bis.
11 décembre, 2007
« Tu n’apprendras jamais, bis« , donc.
Ou « Tu la sens ma grosse b… bis« , au choix du lecteur.
Externat, stage de gastro.
- Mon chef de service : « Tiens, cet après-midi, tu devrais passer voir le type de la 18. Il a un foie métastatique très palpable, on sent super bien le bord inférieur et les métas. J’en ai parlé à Toncollègue1 et Tacollègue2, ils sont allés voir tout à l’heure, ils l’ont bien senti »
- Heuuu…..
- Quoi, « Heu » ?
- Bin c’est pas mon patient, quoi. Je m’en occupe pas.
- Oui, je vois, et quand c’est pas tes patients, ça t’intéresse pas, c’est ça ? Tu t’occupes des chambres 1 à 12 et faut pas te demander de pousser jusqu’à la 18 ?
- Bin non, mais heu… Enfin, jveux dire… Enfin, tu vois….
- Je vois quoi ?
- Non, rien, oublie, c’est compliqué.
Qu’est ce que tu vois ??
Tu vois la scène ?
Bonjour Monsieur ! Paraît que vous avez un super cancer trop génial, ça vous embête pas si je suis la troisième inconnue de la journée à surgir dans votre chambre d’agonie pour coller mes mains sur votre ventre ?
J’en ai pour deux minutes, hein, je sens votre grosse b. , je hoche la tête, je dis au revoir et vous ne me reverrez plus, ne vous inquiétez surtout pas.
Je n’y suis pas allée, mon chef m’a prise pour une tire au flanc jusqu’à la fin du stage, et je n’ai jamais plus eu l’occasion de palper un foie métastatique jusqu’à maintenant.
Reste à espérer que quand ça arrivera à un de mes patients, je sentirai qu’il y a quelque chose qui cloche au bout de mes doigts.
Super-Externe
30 novembre, 2007
Les ambulances, à part ramener chez eux des gens qui ont consulté à trois heures du mat pour une vague douleur qui dure depuis deux semaines, servent aussi à assurer le transport des malades d’un hôpital à l’autre. Quand on a besoin d’examens qu’on ne peut pas faire sur place, par exemple.
Et, si le patient est un peu lourd, la présence d’un « membre du corps médical » est exigée à bord.
C’est à dire qu’il faut quelqu’un pour s’occuper de lui s’il est susceptible de lui arriver quelque chose. Comme bien sûr, on ne va pas mobiliser un vrai médecin pour se coltiner 20 minutes de transport, une à deux heures d’attente sur place le temps que l’examen se fasse, 40 minutes d’attente des ambulanciers pour le trajet retour, et 20 nouvelles minutes de transport, on y colle l’externe. Quatrième à sixième année de médecine, soit deuxième à quatrième année d’hôpital.
Et dans « quelque chose », tout est possible.
Si le patient est sous oxygène, et si en passant un dos d’âne le tuyau d’oxygène se décroche, il faut un « membre du corps médical » pour prendre le bout de tuyau et le clipser sur l’embout de la bouteille d’oxygène.
Si un patient va très mal, il faut un « membre du corps médical » pour assurer la prise en charge immédiate. Genre, s’il fait un arrêt cardiaque, il faut un externe pour crier très fort « Au secoooours ! Au secoooours ! Je sais pas comment on faaaaait ! »
Pendant mon stage, je m’occupe d’un patient très lourd, au sens premier du terme. Il pèse 160 kilos.
- Comme il vient pour rectorragies (= sang dans les selles = plein de diagnostics plus ou moins graves possibles), il faut lui faire plein d’examens.
- Comme c’est toujours compliqué, on ne peut pas lui faire les examens sur place. Soit parce qu’on n’a pas du tout de quoi les faire, soit parce que le matériel qu’on a pour les faire ne supporterait pas ses 160 kilos.
- Comme il pèse 160 kilos, il doit voyager en « lit », et non en « brancard ».
- Comme il doit voyager en « lit », il doit être accompagné par un « membre du corps médical« .
Là, quand même, je m’interroge.
Parce que je suis à mi-temps à l’hôpital, et que si je dois l’accompagner partout, je suis partie pour une semaine de trajet en ambulances. Et avec un examen par jour, 4 heures d’ambulance et de salles d’attente par examen, ça s’annonce très formateur.
Que mes 5 années de médecine soient hautement indispensables pour brancher un tuyau ou pour crier au secours, soit.
Mais quel rapport avec le lit ??
Ah, m’explique-t-on.
C’est que les lits n’ont pas les dimensions qui collent avec les rails de l’ambulance.
Donc, ils ne sont pas bien fixés.
Un jour, lors d’une accélération un peu brutale, un lit est parti en arrière, a défoncé les portes de l’ambulance et s’est retrouvé sur la voie publique.
Depuis, les ambulanciers ont exigé, et obtenu, une clause qui précise qu’un « membre du corps médical » doit accompagner tous les trajets en lit.
Très bien très bien.
Bon, faisons le point sur ce qu’on attend de moi.
–> Si le tuyau se débranche, je rebranche le tuyau.
–> Si le patient fait un accident grave, je panique et je crie Au secours-Au secours.
–> Si le lit se décroche, je sors mes supers-biceps de super-externe, et je le rattrape à la volée.
C’est bien ça ?
Drame
30 novembre, 2007
Premier stage d’externe, en traumato.
Staff du matin, on se présente les dossiers des patients qu’on a vu la veille, et on discute éventuellement des cas difficiles.
La salle se remplit doucement de plein de blouses plus ou moins blanches. Dans l’ordre d’immaculité (ça existe si je veux) : le grand chef de service, les chefs de cliniques, les internes, les externes.
Mon interne, mon interne préféré, mon poisson-pilote à moi que j’ai, celui dont j’ai agrippé en début de stage, pour ne plus la lâcher, la blouse moins blanche que blanche, m’accueille avec un visage décomposé.
Il me chuchote : « Il faut que je te parle après le staff« .
Je me décompose moi aussi. Je quémande des explications, mais la salle se remplit vraiment, et l’heure n’est plus aux discussions. Il a tout juste le temps de m’expliquer que oui, c’est au sujet d’un truc que j’ai fait, et que oui, c’est assez grave. Mais pas trop-trop, ajoute-t-il devant ce qui doit me servir de visage.
La première idée qui jaillit dans mon cerveau malade :
« Oh mon dieu, j’ai tué un patient« .
Je passe le staff autour de l’hypothèse, en grand dialogue avec moi-même.
- Mais c’est pas possible ! Tu tiens des jambes au bloc, quoi ! Comment on peut tuer quelqu’un en tenant sa jambe au bloc ?!
- Et si je m’étais mal lavé les mains ? Et si j’avais refilé une infection à un patient pendant une opération ?
- Oui, bien sûr. Et sur l’analyse bactériologique, y a marqué « Infection mortelle à microbes-des-mains-de-l’externe« , et tout le monde sait que c’est toi. Idiote…
La fin du staff arrive enfin. Avec elle, le poids de mes responsabilités.
Mon interne m’emmène dans un coin, pour discuter de ma faute.
Pas la mienne, en fait, de faute, il s’avérait.
La faute à l’autre externe.
La veille, elle avait vu dans le service un patient du grand chef de service. Qui voulait le joindre.
Comme il était injoignable, elle avait pris un bout de papier et un crayon, elle avait écrit : « Je rencontre aujourd’hui votre patient Mr Truc, actuellement hospitalisé dans le service à la chambre 14bZ3, qui souhaite vous contacter« , et elle avait laissé le papier dans le tiroir-à-courrier du chef.
Voilà.
Fin de l’histoire.
C’était ça le drame.
C’était ça mon patient mort, mon ostéite fulminante, ma septicémie mortelle, ma veuve éplorée.
Une blouse grise s’était adressé directement à une blouse super-blanche, sans passer par la cohorte de blouses indéterminées intermédiaires.
Soulagement.
Ce n’était pas moi.
Consternom
25 novembre, 2007
Consultations de traumato.
J’accompagne mon interne, qui assure les consultations. Beaucoup de post-op. On regarde les radios de départ, on regarde les radios de contrôle, on regarde la cicatrice qu’elle est belle, on regarde la mobilité des gens qu’elle va revenir petit à petit.
Une très vieille dame attend sagement son tour, sur son brancard, dans le couloir.
Enfin, « sagement » est un euphémisme. On dirait une petite momie. Elle fixe le plafond en silence, parfaitement immobile, les bras croisés sur sa poitrine. Qui se soulève un peu de temps à autre, histoire de montrer qu’elle n’est pas tout à fait encore morte.
La secrétaire arrive paniquée dans le bureau de mon interne, les bras chargés de deux énormes dossiers en carton qui débordent de partout.
C’est le tour de Mme Momie. Sauf que des dossiers au nom de Mme Momie, il y en a deux. Jeanne ou Bernadette, sensiblement le même âge, et, pour une raison obscure mais probablement rigolote qui m’échappe encore, il est impossible de savoir quelle Mme Momie attend dans le couloir.
Branle-bas de combat.
Elle a appelé la secrétaire qui a pris le rendez-vous, et qui n’a ni prénom, ni date de naissance.
Elle a essayé d’appeler la maison de retraite de Mme Momie, sans succès.
Quelqu’un suggère d’appeler le chirurgien qui s’est chargé de l’opération, au cas improbable où il ait soigneusement rangé l’information inutile dans un coin de sa mémoire.
Quelqu’un suggère de regarder les antécédents chirurgicaux dans les dossiers, et de les comparer aux cicatrices de la dame. Pas de chance, deux cols du fémur, tous les deux à droite.
Ensuite vient le défi : raconter la suite de l’histoire de façon pas trop théâtrale, et de façon pas trop « Je-suis-la-reine-du-monde-et-tout-le-monde-est-un-con-sauf-moi » ; ça va être difficile.
Je me suis levée, je suis sortie dans le couloir, je me suis penchée sur le brancard de Mme Momie.
- Mme Momie ? Dites moi, c’est quoi votre prénom ?
- Jeanne, répond Mme Momie.
Voilà voilà…
Coucou ? Beuh !
24 novembre, 2007
J’aime beaucoup cette histoire. D’abord parce que c’est une histoire de chasse qui a toujours son petit succès facile dans les dîners plus ou moins mondains ; ensuite, parce que je suis fière d’avoir eu un peu de flair.
Je suis de garde aux urgences de la maternité.
Je m’occupe des urgences gynécologiques (comprendre : je m’occupe des mycoses et des problèmes non-urgents de toutes celles qui n’ont pas pu obtenir un rendez-vous avec leur gynéco avant un ou deux bons mois) et des grossesses débutantes.
Au delà de 7 mois, les patientes sont directement prises en charge par les sages-femmes, qui gèrent la plupart des situations et m’appellent si elles ont besoin de moi.
Ma collègue des urgences « normales » me passe un coup de fil pour me signaler qu’elle m’envoie une patiente de 16 ans, accompagnée par ses parents, qui consulte pour douleurs abdominales, mais qui, quand même, a un retard de règles, et, semble-t-il, un ventre assez rond pour être suspect.
Elle ne se dit pas enceinte, ses parents ne la disent pas enceinte.
Dans la salle d’attente, elle attire vite mon regard.
Je ne sais pas trop pourquoi, mais je me dis « Oooh, toi cocotte, je vais te prendre avant les autres« . Aux urgences gynéco, comme il s’agit en grande majorité de consultations sans rendez-vous, et pas d’urgences urgentes, prendre les gens par ordre d’urgence et non par ordre d’arrivée est assez rare pour être signalé.
Quand elle enlève son manteau et son pull, effectivement, elle est très enceinte.
Bon, je suppose qu’elle était aussi très enceinte avant d’enlever son manteau, mais c’était assez peu visible pour ne pas sauter aux yeux.
Je commence à la questionner.
C’est vrai, elle n’a pas eu ses règles depuis quelques mois. Quatre peut-être, ou six. Elle ne sait plus exactement. Non, ça ne lui a pas paru bizarre de voir son ventre s’arrondir.
Enfin, elle paraît quand même un peu gênée quand elle me répond. Je suppose qu’elle est coincée : si elle se sait enceinte, c’est une menteuse ; si elle ne se sait pas enceinte, c’est une idiote. Le choix est cornélien…
Je pose encore quelques questions, mais j’arrête rapidement l’interrogatoire pour l’examiner.
Fait encore assez rare pour être signalé : j’ai l’habitude des interrogatoires policiers, interminables, qui me font remonter jusqu’aux antécedents de l’arrière-grand-tante et aux amygdalectomies d’il y a 27 ans.
Je lui fais un toucher vaginal, et le temps suspend son vol.
Bon, ok, je suis en tout début de stage, et j’ai l’habitude des tout débuts de grossesse, mais quand même, si je sens au bout de mes doigts seulement ce qui ressemble fort à une tête de bébé, et du col nul part, ça s’appelle une dilatation complète, non ??
Je décroche le téléphone : SOS sages-femmes.
La cavalerie arrive, tv-ette à tout va, et confirme : dilatation complète, complètement en travail, on passe fissa en salle d’accouchement.
La rencontre avec les parents, ensuite, a été assez rigolote. Annoncer dans l’ordre :
- Mmm, oui, votre fille est enceinte.
- Elle est d’ailleurs passablement très très très enceinte
- Non, vous ne pouvez pas la voir maintenant, elle est en train d’accoucher, là.
- PS : on n’a aucune idée de l’âge de la grossesse, donc aucune idée de l’âge du bébé, donc aucun moyen de prévoir si il sera très en forme ou très prématuré en sortant de là.
- Allez, bisous !
est un exercice d’improvisation de haute-volée.
Pour la fin de l’histoire, je signalerai que le bébé était une petite fille, un peu prématurée mais pas tant que ça, très en forme, et qu’elle est repartie chez elle accompagnée d’une maman pas si mal, et de grands-parents un peu sous le choc mais néanmoins très heureux de l’accueillir.
Happy-end, donc. :)
MDR
15 novembre, 2007
Un jour, vraiment, je poserai une bombe dans une maison de retraite.
Ah, non, zut, mince, les petits vieux…
Un jour, vraiment, je poserai une bombe dans les locaux administratifs d’une maison de retraite.
A chaque fois ils nous font le coup. A CHAQUE FOIS.
Les trois dernières fois :
1) )
Elle a 84 ans. Sur la feuille des pompiers, c’est marqué qu’elle vient pour « Malaise et occlusion« .
Ahahah, ça commence bien ^^
« Malaise et occlusion« … Pourquoi pas « Douleur et cataracte » ?
(Un jour, je vous raconterai les « motifs de détresse » des pompiers. Motif de la détresse : « Un homme de 52 ans fait un malaise ». « Une femme a mal au ventre ». « Un homme est trouvé sur la voie publique ».
Ma grande préférée, indétrônée à ce jour : « Motif de la détresse : une femme de 42 ans est assise sur son canapé« . Ca ne s’invente pas…)
Bref. Celle-là vient pour « malaise et occlusion », on a dû leur dire ça à la maison de retraite. (Médicalisée, hein, la maison de retraite. Avec des infirmières et tout.)
Dans l’enveloppe qui l’accompagne, j’ai une feuille avec la photocopie de sa carte vitale. Comme ça, je sais qu’elle s’appelle Marguerite.
Dans l’enveloppe, encore, …
Ah, non, rien.
- Les coordonnées de la maison de retraite ? Il faudra utiliser les pages jaunes.
- Les antécédents ? Pour quoi faire ?
- Le traitement en cours ? C’est important ??
- L’histoire de la maladie ? Pensez-vous ! Elle viendrait pour fracture du col du fémur, je pourrais me dire que l’histoire de la maladie, c’est « A tombé« . Non. Elle vient pour « malaise ». LE problème entre tous dont le diagnostic repose à 99% sur l’interrogatoire et l’histoire de la maladie. Et comme Marguerite m’a été livrée très, très démente, je ne peux pas tellement compter sur elle pour me raconter ce qui s’est passé.
Folle de rage, j’appelle. Je tombe évidemment sur le gentil aide-soignant de nuit, qui n’a rien vu, mais qui a entendu dire qu’elle avait fait un malaise.
- Mais quel malaise ? Elle a dit j’ai la tête qui tourne ? Elle est tombée ? Elle s’est cogné la tête ? Elle a perdu connaissance ?
- Heu… Bin vous savez, moi je suis de l’équipe de nuit… Je sais qu’elle a eu un malaise pendant le repas et qu’elle a glissé de sa chaise…
- Bon. Bon bon bon. Et son état habituel, c’est quoi ?
- ….
- Je veux dire, elle est désorientée depuis la chute ?
- …..
- Je veux dire : elle est toujours folle comme ça ??
- Ah oui, ça oui, elle est un peu perdue tout le temps, vous savez.
- Bon, et cette histoire d’occlusion ?
- ….. ?
- C’est écrit « occlusion » sur la feuille des pompiers… Elle a dit qu’elle avait mal au ventre ? Ses dernières selles remontent à quand ?
- Heu…..
- Vous pouvez bien me trouver la date de ses dernières selles dans son dossier ? C’est forcément écrit quelque part…
- (De bonne volonté) : Je vais voir et je vous rappelle.
Non, ce n’était écrit nulle part. Alors dans le doute, hein, on fait un ASP (oui, pour ceux qui suivent, l’occlusion fait partie des cas où l’ASP sert à quelque chose…), un scanner cérébral, un bilan bio, on a gardé Marguerite en observation (au service portes, toujours pour ceux qui suivent, bravo) 48h et on l’a renvoyée chez elle.
2))
Il a 76 ans. Je ne sais plus pourquoi il est là.
Dans l’enveloppe qui l’accompagne, j’ai la photocopie de sa carte vitale (comme ça je sais qu’il s’appelle Raymond), et, ô, miracle, une autre feuille !!
Qui ne me dit rien de ses antécédents, rien de son traitement, rien de l’histoire de la maladie.
Par contre, je sais qu’on l’a changé à 12 et 16h, qu’il a eu un repas mixé à 11h30, qu’on lui a lavé les cheveux avant-hier et que la pédicure est prévue pour mercredi prochain.
(Je vous jure….)
3)) Elle a 78 ans. Elle vient, toujours d’après la feuille des pompiers, pour « Hypertension sévère et déséquilibre glycémique« .
Ce jour-là, miracle, encore, j’ai une photocopie d’un compte-rendu d’hospitalisation de 1995, et la liste de ses médicaments. Non datée, la liste. Ca s’trouve, de 95 aussi.
Je ne sais pas à combien était la tension chez eux, mais chez nous, à l’entrée, elle est à 14/8 ; on a vu plus sévère.
Bon. Voyons voir cette histoire de diabète. Je ne sais pas à combien était le dextro chez eux, mais chez nous, oui, il est élevé.
J’épluche…
- Médicament qui-sert-à-rien pour les oedèmes des jambes
- Médicament qui-sert-à-rien-et-qui-est-dangereux pour les troubles de la mémoire…
- Laxatif
- 2ème laxatif
- 3ème laxatif (Bon, je suppose qu’elle est constipée…)
- Traitement contre l’ostéoporose
- Antihypertenseur (Ah ! Elle est hypertendue habituellement ! On progresse…)
- Antalgique
- Médicament-qui-sert-à-rien-pour-les-vertiges
- Médicament-aux-plantes-qui-sert-à-rien-et-qui-est-dangereux pour les « troubles dépressifs mineurs »
- Crême-pour-les-escarres
Mmm. Et un médicament pour le diabète ? Non ? Vraiment ?
Parce qu’elle vient un peu pour déséquilibre du diabète, hein, à la base, je le rappelle…
Elle est juste assez lucide pour me soutenir qu’elle prend du Diamicron et du Stagid depuis des années, juste assez démente pour ne plus savoir si on lui a donné ce matin.
En appelant la maison de retraite, je tombe, sur, devinez ? un gentil aide-soignant qui ne sait pas du tout si la liste de médicaments que j’ai sous les yeux correspond à son traitement du jour ou pas, et si elle a eu, ou pas, des médicaments pour son diabète ce matin, ni quelle dose elle a d’habitude.
C’est merveilleux.
En fait, j’ai mieux que l’histoire de la bombe.
Un jour, je vous jure, je vous jure que je le ferai, je prendrai une épingle à nourrice, un bout de papier et un crayon, et je renverrai à la maison de retraite une petite dame épinglée :
» A une maladie. Lui donner des médicaments. «
La crise
15 novembre, 2007
J’ai un respect infini pour les infirmières.
Vraiment. Je ne compte plus les fois où une infirmière m’a sauvé la mise en rectifiant une de mes prescriptions (« Je suppose que tu voulais pas vraiment mettre 10 grammes de Perfalgan ?« ) ou en corrigeant un de mes oublis (« J’ai piqué les gaz du sang, hein…« )
Mais quand même, des fois, pardon, celles qui appellent la nuit dans les étages…
(Quand on est de garde, on s’occupe des urgences, et on a un bip. Qui bippe quand on a besoin de nous quelque part, le plus souvent « dans les étages », c’est à dire dans les services d’hospitalisation. Dans ces cas-là, on rappelle pour savoir qui nous demande, et on essaie d’évaluer si la situation mérite qu’on quitte les urgences en courant (au ralenti comme à la télé), ou si ça peut attendre un peu…)
- Oui, excusez-moi de vous déranger, je vous appelle parce qu’on a le monsieur du 16 qui a de la fièvre…
- Mmm, oui, quel âge ?
- …………..
- Jeune, vieux, très très vieux ?
- Heuuu, un peu vieux, quoi, normal….
- Ok, et il est hospitalisé pour quoi ? (La question qu’il ne faut JAMAIS poser, et que, naïvement, on pose toujours…)
- ………
- … ?
- …… Heu, vous savez, moi je suis là que la nuit……
- Ok, il a quoi comme constantes ?
- … Heuuuu, ma collègue est en train de les prendre….
- Ok, et il a quoi comme traitement ?
- ……..
- Bon, bah je vais monter….
Une fois là haut :
- Vous avez son dossier médical ?
- ………
- S’il vous plaît ?
- …. Vous en avez besoin ?
- Heuuu, bin oui.
- Bon, bin je vais le chercher, je reviens dans 15 minutes….
La dernière fois :
- Allo, excusez-moi de vous déranger, mais est-ce-que vous pouvez venir ? Le monsieur de la 32 fait une crise….
- Mmm… Une crise de quoi ?
- …. ????
- Une crise de goutte ? Une crise économique ? Une crise de nerfs ?
- Oui ! C’est ça ! Une crise de nerfs !
- ……
- ……
- …… Je monte…..
Le rhume à toto
9 novembre, 2007
Le stage qui a failli me faire arrêter la médecine, et retourner à mes anciennes ambitions de dresseuse d’ours.
Extraits de mails envoyés à l’époque à mes proches, je n’ai pas le courage de raconter à nouveau…
C’est long et passablement déprimant, faites-le vous en plusieurs fois… ;)
La rhumato, c’est super facile :)
- Quand une petite dame de 82ans dit « Ce matin, j’ai eu un peu mal à la poitrine« , on arrête là l’interrogatoire (qui n’a que trop duré), et on demande une tropo, un ECG et un avis Cardio.
- Quand quelqu’un a mal à x, y, n et z, on demande des radios et/ou un scanner de x, y, n et z. Sans oublier le profil, le 3/4 et les autres incidences qui existent. Ce qui permet d’affirmer sans hésitation que l’arthrose de Mme Gémaltoutpartout n’a pas tellement-tellement évolué depuis son dernier bilan en ville il y a 15 jours.
- Quand une IRM d’un patient s’annule, il faut paniquer très très vite. Parce qu’on a 4 créneaux IRM par semaine et qu’il FAUT les utiliser. Alors, on cherche parmi nos patients hospitalisés s’il n’y en a pas un qui traîne et qui n’aurait pas encore eu d’IRM. Tiens, Monsieur Machin a mal à la main, ça tombe rudement bien.
- Le self est très très bon. On choisit ce qu’on veut et même qu’il y a des frites tous les jours. Sauf le mardi. Parce que le mardi, on déjeune en salle de conférence avec le laboratoire du mardi, et ça, c’est chouette, parce que ça fait économiser un ticket repas. Un jour, je voulais des frites, et j’ai demandé à ne pas assister au topo du labo. Interdiction formelle de ma chef de service.
- L’autre jour, j’ai reçu Mme R. pour une lombocruralgie déficitaire.
65 ans, vive, dynamique, souriante, en pleine forme, un bonheur de patiente.
Au scanner (oui, parce que bon, quand même, des fois, on en demande des qui servent à quelque chose) des métas osseuses absolument partout. A la visite du lendemain, (la grande visite du jeudi avec la grande chef de service), j’explique à la grande chef de service que Mme R. a eu son scann la veille au soir et qu’elle n’est encore au courant de rien.
Et je m’entends expliquer qu’ il ne faut rien lui dire avant les résultats anapath écrits d’une biopsie osseuse qui sera faite un jour prochain, soit quelque chose comme dans 2 semaines au mieux. Mais qu’en attendant, il faut lui faire un scanner thoracique et une mammographie. Et ah oui, prendre un rendez-vous avec l’oncologue du service.
J’essaie d’expliquer mon enthousiasme modéré à l’idée de dire à cette femme qu’on va lui faire une mammo pour une douleur de la jambe, elle me répond qu’il n’y a qu’à dire « On doit faire plus d’examens » et que voilà. Elle m’interdit au passage de dire quoi que ce soit moi-même à la patiente.
- Le chef de clinique se dévoue : « J’irai lui annoncer la mauvaise nouvelle cet après-midi ».
L’après-midi même, il sort de la chambre de Mme R et me raconte : « Bon, ça y est, je lui ai dit. Je lui ai dit qu’elle avait une inflammation sur le rachis et qu’il fallait faire d’autres examens. Elle n’a pas tiqué »
Elle n’a pas tiqué ??? Vraiment ?? Ah, tiens donc…
J’ai dû appeler le médecin qui nous l’avait adressée pour qu’il passe lui parler.
Le matin de son IRM, elle s’est fracturé le col sur une méta, et elle a été transférée en chirurgie.Tout le monde n’a parlé que de cette triste histoire pendant une semaine.(Par triste histoire, j’entends le fait qu’elle ait été transférée et que par conséquent tout le bénéfice de son séjour chez nous soit gagné par l’orthopédie.)
- Hier, la grande chef de service m’a fait infiltrer une colique hépatique.
Typique, magnifique, tous les signes des livres, et l’écho qui confirme les calculs.
De signes de sciatique, aucun. Mais vraiment aucun.
Je ne suis pas plus maligne que tout le monde, c’est juste que cliniquement, le doute n’était pas possible. J’ai piqué, j’ai sorti l’aiguille, j’ai vidé l’aiguille dans la poubelle, et j’ai écrit dans le dossier « Ce jour, épidurale L5-S1″.
- L’autre a remis ça avec son histoire d’inflammation… A un homme qu’on traîne d’examens en examens depuis plus de trois semaines, qui nous disait clairement qu’il n’en pouvait plus d’attendre ce fichu diagnostic, qui nous disait qu’il « voulait savoir la vérité même si c’était un cancer« , dont la femme est morte d’un cancer du poumon il y a trois ans, qui a eu une fibro avec biopsie dont il savait qu’on attendait le résultat anapath et qui va être transféré en cancéro…
Bin il a réussi à se pointer dans sa chambre et a lui dire qu’on avait les résultats anapath et que c’était une inflammation du poumon.
- L’infirmière vient nous voir parce que la dame du 16 a mal au ventre. Interrogatoire ? Examen ? Que nenni, qu’existe-t-il qui ne se résolve pas avec un bon ASP ??
(Un ASP, c’est un « Abdomen Sans Préparation » : une radio du ventre. Qui, contrairement à ce que croient certains patients, ne permet pas du tout de « voir ce qui se passe », mais qui peut aider à confirmer ou infirmer, mettons, 2 ou 3 diagnostics, parmi tous ceux qui peuvent donner « mal au ventre »)
L’ASP, oh, surprise, est normal.
Le lendemain, quand l’infirmière est venu nous voir pour nous dire que la dame du 16 avait TOUJOURS mal au ventre (oui, c’est étonnant, les ASP ne soulagent pas la douleur…) savez-vous ce qu’il a fait….??
Oui, vous ne rêvez pas, un autre ASP.
- La chef de service et la chef de clinique sont folles toutes les deux, et se haïssent cordialement.
Enfin, je dis « cordialement » pour le style. C’est à peu près tout ce qu’on peut imaginer d’anti-cordial.
Pas un jour ne se passe sans hurlements ou rendez-vous chez le directeur de l’hôpital.
Elles ne font plus le tour ensemble.
Elles prescrivent systématiquement l’inverse de ce que l’autre a prescrit, avant même de voir le patient.
Au bout de l’ordonnancier, moi.
Elles me préviennent chacune que, si je prescris l’examen que l’autre a demandé, et si ça tourne mal, je serai seule au monde face aux juges et qu’il n’y aura personne pour me défendre.